Mort d’Adama Traoré : Pour la mère d’un gendarme mis en cause, « crier au scandale et à la justice ne le ramènera pas »

interview Virginie Gautier, la mère d’un des gendarmes impliqués dans l’arrestation d’Adama Traoré, revient sur cette affaire dans un livre écrit avec le journaliste Erwan Seznec

Propos recueillis par Thibaut Chevillard
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Une manifestation avait été organisée, en juillet 2016, à Beaumont-sur-Oise, par le Comité Adama, pour rendre hommage au jeune homme originaire de la ville.
Une manifestation avait été organisée, en juillet 2016, à Beaumont-sur-Oise, par le Comité Adama, pour rendre hommage au jeune homme originaire de la ville. — AFP
  • Adama Traoré, un jeune homme noir de 24 ans, est décédé en 2016 lors d’une interpellation par les gendarmes.
  • Six ans plus tard, l’enquête menée pour déterminer les causes de sa mort n’est toujours pas bouclée.
  • Virginie Gautier, la mère de l’un des trois gendarmes impliqués dans l’interpellation d’Adama Traoré, prend la plume pour dénoncer le traitement médiatique de cette affaire et rectifier ce qu’elle estime être des mensonges.

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré mourait dans la cour de la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise). Depuis six ans, la justice enquête pour faire la lumière sur les causes de son décès. Les gendarmes qui l’ont poursuivi pour l’interpeller sont-ils responsables ? Le jeune homme de 24 ans a-t-il succombé parce qu’il souffrait d’une pathologie cardiaque alors non détectée ? Les expertises et contre-expertises médicales réalisées n’ont toujours pas encore permis à la juge d’instruction de trancher formellement la question. Virginie Gautier, la mère d’un des trois militaires mis en cause, a toutefois le sentiment que seule la version de la famille du jeune homme a été reprise dans les médias.


Viriginie Gautier, la mère de Romain, l'un des trois gendarmes mis en cause dans la mort d'Adama Traoré.
Viriginie Gautier, la mère de Romain, l'un des trois gendarmes mis en cause dans la mort d'Adama Traoré. - Adelaïde Yvert

Bien qu’aucun gendarme n’ait été mis en examen dans cette affaire, la mort d’Adama Traoré a été érigée en symbole des violences policières, et prouverait l’existence d’un supposé racisme d’État. Une version portée par le Comité Adama qui, selon Virginie Gautier, ne colle ni aux éléments contenus dans le dossier d’instruction, ni à la personnalité de son fils.

Son livre, coécrit avec le journaliste Erwan Seznec, s’attache donc à rétablir ce qu’elle estime être la vérité. Publié chez Robert Laffont, Mon fils n’est pas un assassin raconte comment elle a vécu l’affaire et aborde le Comité Adama, avec à sa tête la demi-sœur d’Adama, Assa Traoré. Viriginie Gautier s’est confiée jeudi à 20 Minutes.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

J’ai collecté des milliers d’articles sur le sujet. Et je me disais qu’il y avait tellement d’incohérences qu’il était nécessaire de remettre de l’ordre dans tout ça. Il m’a donc fallu un an pour l’écrire. A travers ce livre, j’ai voulu montrer la vérité, c’est-à-dire ce qui s’est vraiment passé, et comment les faits se sont déroulés. Je n’ai pas de haine, je suis calme, mais il fallait dire les choses telles qu’elles sont.

De son côté, Erwan Seznec a travaillé pour montrer un peu toutes les chevilles qui articulent le comité Adama. Ils ont saisi l’opportunité et fait d’un fait divers une affaire. Mais il n’y a pas d’affaire !

Justement, que pensez-vous des accusations du Comité Adama, qui met en cause votre fils et ses deux collègues dans la mort du jeune homme ?

« Tous les gendarmes, policiers sont des racistes, ils sont tous au Front national… » Au bout d’un moment, ça suffit. Leurs accusations, ce n’est pas du délire, mais on n’en est pas loin. Pendant des années, ils ont eu un magnifique boulevard, car il n’y avait personne en face pour les contredire, pour leur répondre que ça ne s’est pas passé comme ils le prétendent. Assa Traoré est une égérie fabriquée par les médias.

Pourtant, il n’y a rien, dans le dossier, qui puisse mettre mon fils et ses deux collègues en accusation. En tant que militaire, il a un devoir de réserve. Il fallait donc que quelqu’un se dresse et dise : « Ça suffit. S’il vous plaît, ne dites pas n’importe quoi ».

Comment, en tant que mère de gendarme, avez-vous vécu l’affaire ?

C’est insupportable de lire que son fils est un assassin, qu’on pense qu’il agit avec préméditation, et même par vengeance. Comment peut-on accepter que son fils, qui fait son métier avec sincérité, puisse être accusé de meurtre avec préméditation ? C’est insensé !

C’est pour ça que c’est important, dans le livre, d’expliquer qui je suis, d’où je viens, qui est mon fils. Avec l’éducation que je lui ai donnée, il ne peut pas, ne pouvait pas faire ce dont on l’accuse. Dans ce livre, je ne parle pas pour lui, mais pour moi.

Quelles répercussions a eues cette affaire sur la vie de votre fils ?

II n’a quasiment jamais arrêté de travailler, sauf pendant deux mois et demi. Lui, sa femme et sa petite fille avaient été mis sous protection de la gendarmerie, car tous trois étaient menacés de mort. Depuis, il a repris à une autre place. Mais il vit très mal les choses. Il n’a pas voulu lire mon livre, même s’il estimait que j’avais le droit de l’écrire.

La famille d’Adama Traore demande désormais la récusation de la juge d’instruction. Que pensez-vous des derniers développements de l’affaire ?

C’est encore du pipeau. Si un nouveau juge d’instruction est nommé, l’affaire va encore prendre du retard. Mais si on ne la récuse pas elle, et qu’elle requiert un non-lieu, on va dire que la justice est aux bottes de l’Etat. C’est épuisant, j’ai l’impression qu’on ne va jamais s’en sortir.

Je pensais que tout serait fini en juin dernier. Que les dernières expertises montraient qu’il était mort par asphyxie, et pas asphyxié. C’est toute la différence. Adama Traore était malade, il avait trois maladies. On était en pleine canicule, il a fait un coup de chaleur. C’est triste pour lui, pour sa famille, sa mère. Perdre quelqu’un de proche, je sais aussi ce que c’est. La douleur, elle est là pour tout le monde. Mais crier au scandale et à la justice ne ramènera certainement pas Adama Traore, ce n’est pas la peine de foutre tout le monde par terre.

Mon fils n’est pas un assassin, de Virginie Gautier et Erwan Seznec, Editions Robert Laffont, 242 pages.