Procès de l’attentat de Nice : « Qu’on me rende les organes de ma fille », clame la mère d’une victime

AUDIENCE Anne Gourvès s’est exprimée sur la question des autopsies et des prélèvements d’organes, pratiqués notamment sur des enfants sans que les parents en soient informés. Elle réclame ceux d’Amie, sa fille de 12 ans, tuée dans l’attentat

20 Minutes avec AFP
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Le procès doit se tenir jusqu'à la mi-décembre à Paris
Le procès doit se tenir jusqu'à la mi-décembre à Paris — Francois Mori/AP/SIPA
  • La mère d’Amie, 12 ans, tuée le 14 juillet 2016, a fait entendre la voix de la colère de parents meurtris au procès de l’attentat de Nice.
  • Elle réclame « qu’on [lui] rende les organes de [sa] fille avec une preuve formelle que ce sont bien [les siens] et qu’ils puissent être inhumés ».
  • Le sujet tabou des autopsies, pratiquées notamment sur des enfants sans que les parents en soient informés, pèse sur les débats.

D’une voix calme et posée, Anne Gourvès, mère d’Amie, 12 ans, tuée le 14 juillet 2016, a fait entendre la voix de la colère de parents meurtris au procès de l’attentat de Nice. « Ma fille a été assassinée deux fois. Une fois par un fou, la seconde fois par la médecine légale », a-t-elle déclaré jeudi au sujet de la question des autopsies et des prélèvements d’organes, notamment sur des enfants, sans que les parents en soient informés.

Ce sujet tabou pèse sur les débats. Et l’audition, au début du procès, de l’ancien patron de l’Institut médico-légal (IML) de Nice est loin d’avoir apporté toutes les réponses. Anne Gourvès, une institutrice niçoise de 48 ans, n’hésite pas à mettre les points sur les I. Durant deux heures, sans jamais se départir de son calme mais avec une détermination farouche, elle a demandé des comptes à l’institution judiciaire.



Pour respecter « le protocole judiciaire »

« J’entends de votre témoignage une grande souffrance à laquelle je ne peux pas répondre évidemment et j’entends beaucoup de colère aussi. A quelle condition pourriez-vous trouver un apaisement à cette colère ? », a interrogé le président Laurent Raviot. « Qu’on me rende les organes de ma fille avec une preuve formelle que ce sont bien [les siens] et qu’ils puissent être inhumés dans le caveau […] qui attend comme un berceau qu’Amie puisse enfin reposer en paix », répond la quadragénaire.

Sa demande d’expertise complémentaire à l’aide de test ADN a été refusée par la juge qui a instruit le dossier de l’attentat. Lors de son audition, l’ancien patron de l’IML de Nice, Gérald Quatrehomme, s’était abrité derrière « le protocole judiciaire » pour justifier les prélèvements. Les organes sont toujours placés sous scellés.

Percutée par le camion-bélier, Amie semblait juste égratignée quand sa mère l’a retrouvée étendue sur la chaussée, le visage et les membres intacts. La fillette, dont le père, Thierry Vimal, avait également publié un livre choc trois ans après l’attentat, s’éteindra peu après sa prise en charge aux urgences. La « percussion thoracique par un véhicule à haute énergie cinétique » est la cause du décès, indiquera l’hôpital.

« Ma fille de 12 ans a été découpée en morceaux »

Alors pourquoi pratiquer une autopsie ? « Si je ne m’étais pas démenée, je ne l’aurais jamais su », dit Anne Gourvès. Quand elle pourra enfin voir le corps de son enfant, cinq jours après l’attentat, elle découvre effarée des cicatrices sur la tête, les cuisses, les bras ou encore le thorax de sa fille qui n’existaient pas quand elle a été admise à l’hôpital.

Cœur, thymus, reins, poumons, pancréas, foie, utérus, ovaires, encéphale, dure-mère, surrénales, bloc cervical ou encore tube digestif ont été prélevés. « Ma fille de 12 ans a été découpée en morceaux, lâche encore sa mère. Pourquoi ? J’ai besoin qu’on me respecte en me disant la vérité, pas qu’on me protège. C’est ma fille qui avait besoin qu’on la protège. Je dénonce des procédures qui cachent des actes barbares indignes de notre époque. L’intégrité de nos défunts n’a pas été respectée. »