Procès du drame de Millas : Cette « odeur de sang m’a suivi longtemps »… Les séquelles des adolescents survivants

PROCES Les enfants survivants, aujourd’hui adolescents, ont témoigné de leurs séquelles durables, visibles ou non, occasionnées par l’accident de leur bus contre un train

20 Minutes avec AFP
— 
Une collision entre un autocar scolaire et un train à Millas a fait au moins cinq morts, le 15 décembre 2017.
Une collision entre un autocar scolaire et un train à Millas a fait au moins cinq morts, le 15 décembre 2017. — SIPA
  • Le procès du drame de Millas qui, le 14 décembre 2017, a coûté la vie à six collégiens, après une collision sur un passage à niveau entre un TER et un car scolaire est ouvert depuis le 19 septembre.
  • Ce jeudi les enfants survivants sont revenus sur les séquelles dont ils souffrent.
  • Ils racontent leurs traumatismes qui découlent de cet accident.

L’événement, ses souvenirs et ses sensations sont inscrits au plus profond de leur chair. « J’entends encore les cris de cette fille » : physiques ou psychologiques, acceptées ou non, les séquelles des adolescents blessés dans la collision mortelle de leur bus scolaire avec un train à Millas (Pyrénées-Orientales) en 2017 ont traversé leurs récits jeudi à Marseille.

« Aujourd’hui je fais encore des cauchemars, j’entends encore les cris de cette fille mais globalement, je vais mieux » : c’est par la voix d’un texte lu par sa mère à la barre qu’une adolescente blessée dans l’accident a choisi de s’exprimer, évoquant les plaintes d’une de ses camarades après le choc.



Comme pour beaucoup d’autres victimes - 17 enfants ont été blessés, dont huit grièvement, dans cette collision survenue à un passage à niveau le 14 décembre 2017 –, les traces cinq ans après sont aussi psychiques.

« Plusieurs mois après [les faits], je me suis effondrée comme si l’accident venait de se passer, je me suis renfermée sur moi-même, je suis devenue distante », a détaillé la jeune fille dans son texte. « Elle est devenue très agressive, j’ai eu peur pour elle qu’à un moment elle se foute en l’air », a raconté sa mère à l’audience.

Parler de l’accident ou en entendre parler a longtemps été compliqué pour Raphaël, aujourd’hui majeur. « Je n’en ai jamais parlé à qui que ce soit », a-t-il confessé jeudi à la barre. « Personnellement, je ne tiens pas à ce procès, c’était un accident et je n’en ai jamais voulu à Nadine Oliveira », a précisé ce grand jeune homme aux cheveux noués en chignon, vêtu d’un sweat bleu à capuche.

« L’enfer »

La conductrice du bus, Nadine Oliveira, 53 ans, est jugée depuis le 19 septembre pour homicides et blessures involontaires. Elle a été hospitalisée à la suite d’un malaise jeudi au tribunal et le procès se poursuit depuis en son absence.

« Le seul mot qui m’est venu à l’esprit quand je me suis réveillé par terre [après l’accident], c’est celui d’enfer », a poursuivi l’adolescent. Cette « odeur de sang, d’essence et de gasoil m’a suivi longtemps », a-t-il relaté. Quand il évoque le moment où il apprend le décès d’une camarade, le jeune homme avoue que « c’est la seule fois où [il a] pleuré », une chose que pourtant il « déteste énormément ». Rattrapé de nouveau par l’émotion jeudi, il doit marquer un temps d’arrêt.

« Personnellement, je ne pense pas avoir changé », ni avoir « eu de traumatisme de cet accident », a pourtant assuré Raphaël, qui n’a jamais souhaité bénéficier d’un soutien psychologique. Un avis que ne partage pas sa mère : « Maintenant, je sens qu’il me demande de l’aide, qu’il a du mal à trouver ce qui lui donne envie de vivre », a-t-elle témoigné.