Préfet Erignac : Pas de liberté conditionnelle pour Alessandri, « indignation » des élus corses

PROCES Pierre Alessandri est incarcéré depuis 1999

20 Minutes avec AFP
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Pierre Alessandri,  devant la cour de justice. (Photo by BENOIT PEYRUCQ / AFP)
Pierre Alessandri, devant la cour de justice. (Photo by BENOIT PEYRUCQ / AFP) — AFP

Le rejet jeudi par la justice d’une nouvelle demande d’aménagement de peine de Pierre Alessandri, condamné à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac, a suscité l' « indignation » des élus corses qui appellent le gouvernement à « recréer les conditions » d’une « confiance réciproque ». Pierre Alessandri avait obtenu le 12 mai une mesure de semi-liberté probatoire à une libération conditionnelle, mais le Parquet national antiterroriste (Pnat) avait fait appel.

« Suivant les réquisitions du procureur général de Paris, la chambre de l’application des peines de la cour d’appel de Paris a, ce jour, infirmé la décision rendue en première instance et rejeté la demande d’aménagement de peine formulée par Pierre Alessandri », indique le procureur général Rémy Heitz dans un communiqué.



Il s’agissait de la troisième demande d’aménagement de peine en semi-liberté déposée par Pierre Alessandri, aujourd’hui âgé de 64 ans et libérable depuis 2017.

A chaque fois, en octobre 2019, en juillet 2021, puis en mai 2022, le tribunal d’application des peines antiterroriste avait donné son feu vert, mais la décision avait été infirmée par la cour d’appel après un appel suspensif du Pnat.

Une décision « incomprise et injuste »

En apprenant la décision en début d’après-midi, le président autonomiste du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, avait appelé les présidents des différents groupes politiques de l’assemblée de Corse à se réunir pour réfléchir « ensemble à ce qu’il faut faire pour que le chemin de guerre vers lequel certains à Paris veulent nous conduire ne soit pas celui que nous empruntions. Ni nous, ni notre jeunesse ». Une référence aux émeutes au printemps dans l’île qui ont suivi l’agression mortelle en prison du militant indépendantiste Yvan Colonna, condamné lui aussi pour l’assassinat du préfet Erignac.

Après deux heures de réunion des présidents de groupes politiques, la présidente de l’assemblée de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis a lu une déclaration commune, dénonçant « cette décision de justice » comme étant « incomprise et injuste ».

Elle est « incompréhensible », l’argument des juges étant le risque d’un trouble à l’ordre public en cas de libération de Pierre Alessandri alors que les élus corses « considèrent que c’est au contraire aujourd’hui le maintien en détention de Pierre Alessandri comme celui d’Alain Ferrandi qui pourraient être générateurs d’un tel trouble ».

Gérald Darmanin attendu en Corse la semaine prochaine

Jugeant que « l’arrêt rendu ce jour contrevient à la logique d’apaisement qui conditionne le bon déroulement et la réussite du processus de négociations engagé entre la Corse et l’Etat », Mme Maupertuis, au nom de l’assemblée de Corse, a appelé le « gouvernement à recréer rapidement des conditions politiques d’un dialogue serein et de la confiance réciproque ». Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a initié en juillet un cycle de réunions avec les élus corses sur l’avenir de l’île, y compris institutionnel, est attendu dans l’île jeudi et vendredi prochains.

« En signe d’indignation solennelle », Mme Maupertuis a également annoncé que la session de l’assemblée, prévue jeudi et vendredi, était interrompue. Plus tôt, Pierre Benedetti, le chef de file du parti indépendantiste Core in Fronte, qui compte six élus sur 63, avait annoncé que « Core in Fronte suspend (ait) sa participation aux négociations à Paris ».

Josepha Giacometti, l’unique représentante du parti indépendantiste Corsica Libera à l’assemblée de Corse, avait appelé à « entrer dans une logique de rapport de force », estimant que « quand le droit devient une arme de vengeance et un artifice juridique, le peuple doit savoir se lever et réclamer justice ».

Même l’opposition de droite (17 sièges sur 63) aux nationalistes avait exprimé « un sentiment d’injustice » face à la décision judiciaire.

Décision attendue le 26 octobre

Pierre Alessandri s’est pourvu en cassation contre le deuxième refus de la justice de lui octroyer cet aménagement de peine. La Cour de cassation doit rendre sa décision le 26 octobre.

Avec Alain Ferrandi, qui demandait aussi depuis des années leur rapprochement en Corse, Pierre Alessandri a été transféré le 11 avril à la prison de Borgo, un transfèrement rendu possible par la levée de leur statut de « détenus particulièrement signalés ». Alain Ferrandi a également essuyé deux refus d’aménagements de peine.