Rennes : « C’est surréaliste »… Un magicien de 36 ans jugé pour des viols et agressions sur 27 enfants

Pédocriminalité Récidiviste, Sébastien C. a sévi pendant plus de quinze ans auprès d’enfants âgés de 3 à 15 ans après avoir gagné la confiance de leurs parents

Camille Allain
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Rennes: Une des victimes du magicien accusé de viols témoigne — 20 Minutes
  • Un procès hors norme s’ouvre le 30 septembre devant la cour d’assises des mineurs d’Ille-et-Vilaine pour des faits de viols et agressions sexuelles sur 27 enfants.
  • L’accusé est un magicien âgé de 36 ans qui avait l’habitude de se lier d’amitié avec les parents avant d’abuser des enfants.
  • Déjà condamné pour des faits similaires en 2011, l’accusé a continué ses agissements sans que les parents ne se doutent de rien. Une plainte a cependant été ignorée.

« C’est tellement impensable, surréaliste. J’ai encore du mal à concevoir que ce soit vrai. » A la veille du début du procès devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, Sandra est très anxieuse. Depuis cinq ans et les révélations d’attouchements dont ont été victimes ses deux enfants, cette maman installée près de Rennes n’a toujours pas compris comment celui qui était « son ami, presque un frère » était en fait un menteur. A partir de vendredi, Sébastien C. (lire encadré) sera assis seul dans le box pour répondre des multiples faits de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs dont il est accusé.

Ce magicien âgé de 36 ans est au cœur d’une affaire hors-norme de pédocriminalité qui regroupe 27 enfants. Depuis plus de quinze ans, ces garçons et ces filles qui étaient âgés de 3 à 15 ans au moment des faits ont été abusés par un homme décrit par tous ses proches comme « adorable ». Un homme qui avait déjà été condamné en 2011 pour atteinte sexuelle sur une fillette de 9 ans alors qu’il était animateur dans un centre aéré des Côtes-d’Armor. Mais qui avait pu continuer à exercer auprès de mineurs pendant des années, suscitant la colère froide des parents des victimes. Son mode opératoire était à chaque fois le même. Gagner la confiance des parents, dont beaucoup sont devenus des amis, afin de se rapprocher des enfants pour en abuser.

Vingt-sept. Le nombre de victimes glace le sang. Mais il est déjà avéré qu’elles sont plus nombreuses, puisque d’autres faits seront jugés après ce procès aux assises qui durera quinze jours. Muets pendant des années, tous ces enfants ont fini par parler quand leurs parents les ont interrogés sur les faits et gestes de Sébastien C. En novembre 2017, le magicien avait pris son téléphone pour alerter certains de ses amis qu’il allait devoir aller en prison. Il avait même raconté à certains les atrocités commises sur leurs enfants, avant de pousser les portes du commissariat de Rennes pour livrer son affreuse vérité. Avant cela, il avait pris le temps de détruire ses fichiers informatiques compromettant. Pendant plusieurs heures, il avait ensuite expliqué ses agissements aux enquêteurs de la brigade des mœurs. Il avait livré des noms de victimes aussi. Sa petite sœur, ses cousines, ses nièces, les enfants de ses amis parmi les plus proches.

Il se rapprochait des parents avant d’abuser des enfants

Pendant ses multiples interrogatoires, le mis en cause avait décrit « un mode opératoire » à chaque fois identique. Après s’être rapproché des parents, il se faisait inviter à dormir, partait même en vacances avec eux. « C’était comme un membre de la famille », se remémore une maman. « Il s’est immiscé dans leur vie, a endormi sa vigilance. Ma cliente l’a présenté à ses amis, à leurs enfants. Aujourd’hui, elle s’en veut terriblement. Elle a l’impression d’avoir été trompée », livre Me Agnès Cœtmeur, avocate de l’une des victimes. Habile manipulateur de ballons, il émerveillait les plus jeunes en les sculptant.

A chaque fois, l’accusé passait beaucoup de temps avec les enfants afin de gagner leur confiance. Il leur offrait des cadeaux. Et avant chaque passage à l’acte, il leur prêtait son téléphone, comme pour les distraire. Les enfants étaient alors dans « un état de dissociation hypnotique », selon une psychologue. C’est à ce moment qu’il agissait. Des caresses, des masturbations, des mains glissées sous les vêtements des filles et des garçons. Quand il restait dormir la nuit, il tentait régulièrement des pénétrations digitales vaginales ou anales. Certains enfants pleuraient, disaient que ça leur faisait très mal. Mais il leur promettait qu’ils deviendraient leur assistant pour les tours de magie. L’homme filmait également les enfants nus avec son téléphone. Il montrait parfois les photos de ses autres victimes, faisant croire aux enfants que ce qu’ils vivaient était « normal ». « J’étais trop jeune, je ne comprenais pas ce qu’il se passait, si c’était bien ou c’était mal », témoigne une victime, aujourd’hui majeure. Comme elle, la plupart des enfants ne disaient rien à leurs parents, de peur d’être grondés ou punis, comme s’ils avaient fait une bêtise. L’accusé, qui était alors leur ami, leur martelait que ce secret devait être bien gardé. Ce qu’ils ont tous fait, ou presque.

Une plainte déposée en 2014 mais jamais traitée

L’horreur aurait pu prendre fin en 2014 si la plainte déposée par une maman pour des attouchements sur sa fille de 3 ans et demi avait été entendue. Alors qu’il intervenait pour décorer un appartement pour un anniversaire, Sébastien C. s’était enfermé avec une fillette dans la salle de bains. Des enfants l’avaient vu et avaient alerté les parents que le magicien avait embrassé la très jeune victime sur la bouche. Questionnée, la petite avait expliqué que le magicien lui avait frotté le sexe, en passant sa main sous les vêtements. Il lui avait touché les fesses aussi. Quand elle sera entendue par la police, l’enfant ne dira rien. Sa mère, elle, témoignera, livrant la carte de visite du mis en cause. Le magicien, pourtant en sursis avec mise à l’épreuve de sa condamnation de 2011, ne sera même pas entendu. Il faudra attendre presque quatre ans pour que le dossier refasse surface. « Pendant ces quatre ans, il a fait des ravages partout. Il y a eu un énorme loupé de la police », glisse, amer, un avocat. Souvent sur les routes, le magicien a fait des victimes partout. En Bretagne, où il a longtemps habité, mais aussi dans les Vosges, où il partait en vacances, dans les Deux-Sèvres et même en Suisse et au Royaume-Uni où il est parti comme animateur de colonie.

Au moment de la condamnation de son frère, la sœur de l’accusé avait pourtant eu le courage d’en parler à leur père. Elle avait évoqué les attouchements subis par son frère alors qu’elle n’avait que 6 ou 7 ans, parlant également d’un viol, de fellations.

Elle n’avait rien dit au moment des faits « car elle pensait que c’était normal », avait-elle déclaré aux enquêteurs.

A l’époque, son père avait chassé son fils du domicile et lui avait interdit de revenir, sous peine de déposer plainte. Il était loin d’imaginer que son fils s’en prendrait à d’autres enfants. Aux enquêteurs, le magicien expliquera se considérer comme « un déséquilibré » en raison de son attirance pour les jeunes enfants. Il parlera de « pulsions » au moment de passer à l’acte.


Le procès du magicien se tiendra dans la salle d'audience principale de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine pendant deux semaines.
Le procès du magicien se tiendra dans la salle d'audience principale de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine pendant deux semaines. - C. Allain / 20 Minutes

Sa condamnation pour agression sexuelle n’avait rien changé à ses orientations. Pire, elle semblait les avoir renforcées. Alors que ses proches n’avaient « rien remarqué » pendant des années, ils ont commencé à voir leur ami « devenir très tactile ». Ce dernier commençait même à faire de plus en plus de blagues à caractère pédophile. Alors qu’il avait une vingtaine d’années et étudiait à l’université de Rennes, l’accusé avait incité une adolescente de 13 ans qu’il avait violée à le dénoncer. Il était son ami. Il lui avait conseillé d’aller porter plainte pour « le faire tomber ». La jeune fille, déjà fragile psychologiquement, ne l’avait pas fait. Depuis, elle a multiplié les tentatives de suicide.

Le magicien finira par se confier à une amie, connue pour des escroqueries, qu’il côtoyait à Nice. Il avait évoqué son attirance pour les enfants, avant d’avouer être déjà passé à l’acte. « Il ne cherchait pas de compagne. Il disait qu’il voulait des femmes qui portent du 32 ou du 34, sans fesses, ni formes, ni seins », avait-elle expliqué aux enquêteurs. C’est cette amie qui lui avait demandé de se livrer à la police, ce qu’il avait fini par accepter en novembre 2017. Ce jour-là, Sébastien C. avait prévenu certains proches qu’ils ne le verraient plus pendant un moment, parlant même de prison. Il avait ensuite déballé son histoire aux policiers, évoquant deux viols par un inconnu dont il aurait été victime dans un camping lorsqu’il avait 6 ans. Il n’en avait jamais parlé. Il avait ensuite donné plusieurs noms de ses victimes qu’il fallait contacter. Puis d’autres se sont ajoutées. Puis d’autres, puis d’autres. Placé en détention provisoire depuis novembre 2017, Sébastien C. encourt une peine de vingt ans de prison. Le procès, qui se tiendra à huis clos, doit durer quinze jours.

Pourquoi 20 Minutes ne donne pas de nom

Pour traiter ce procès, 20 Minutes ne citera que le prénom de l’accusé. Un choix assumé pour protéger l’identité des victimes de ce dossier.