Rodéo urbain : C’est quoi cette méthode du « tampon » ou « contact tactique » utilisée par la police anglaise ?

DELINQUANCE Depuis 2018, la police londonienne utilise cette technique pour appréhender les voleurs qui sévissent à moto dans la capitale anglaise

Hélène Sergent
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En 2021, 987 personnes ont été placées en garde à vue pour des rodéos urbains et 1.242 engins motorisés saisis, selon le ministère de l'Intérieur.
En 2021, 987 personnes ont été placées en garde à vue pour des rodéos urbains et 1.242 engins motorisés saisis, selon le ministère de l'Intérieur. — HADJ/SIPA
  • Un jeune homme de 18 ans a été mis en examen et placé en détention provisoire après avoir grièvement blessé deux enfants de 7 et 11 ans dans le Val-d'Oise, lors d’un rodéo urbain.
  • Déjà réprimé par le Code pénal depuis une modification de la loi 2018, ce phénomène peine toutefois à être endigué.
  • Le ministre de l’Intérieur a annoncé l’augmentation des contrôles des forces de l’ordre tout au long du mois d’août mais certaines organisations syndicales plaident pour un changement de doctrine en matière d’interpellation.

La réponse n’a pas tardé à venir. Lundi, deux jours à peine après l’accident qui a très grièvement blessé deux enfants de 7 et 11 ans dans le Val-d’Oise, percutés par un jeune homme à moto, le ministre de l’Intérieur a haussé le ton. « Le gouvernement a la main extrêmement ferme contre – non pas ces rodéos urbains que l’on présente comme un mot positif, comme si c’était un spectacle - mais contre ces actes souvent criminels qui viennent tuer, qui viennent blesser très gravement », a souligné Gérald Darmanin lors d’une visite à Marseille.

En réaction au nouveau drame de ce week-end, le locataire de la place Beauvau a également annoncé une « intensification » des contrôles des forces de l’ordre, fixant un objectif de 10.000 opérations pour lutter contre ces courses à deux-roues sur tout le territoire au cours du mois d’août. Réprimé pénalement depuis 2018 en France, ce phénomène de « rodéo urbain » peine toutefois à être endigué. Outre-Manche, la police utilise une technique d’intervention qui semble séduire les syndicats de police chez nous. De quoi s'agit-il et l’importation d’une telle méthode est-elle souhaitable ? 20 Minutes fait le point.

  • En quoi consiste cette technique ?

Expérimentée depuis 2018, la méthode d’interpellation dite du « contact tactique » a été clarifiée en 2019 par la police anglaise. Cette technique, qui nécessite une formation obligatoire pour les forces de l’ordre, permet de mettre fin à une poursuite avec un deux-roues en « établissant un contact délibéré » entre le véhicule de police et la moto du suspect.


L’évaluation de la gravité de l’infraction, du risque encouru pour le conducteur du cyclomoteur, pour les passants et le policier lui-même est indispensable pour mener à bien ce type d’opération, indiquait ainsi l’IOPC, l’Independent Office for Police Conduct, la police des polices britannique. À Londres, la Metropolitan Police use de ce contact tactique, non pas pour intervenir sur des rodéos urbains, mais essentiellement pour des vols à l’arraché commis à moto, devenus de plus en plus fréquents dans la capitale.

  • Est-elle efficace ?

Cette méthode n’est pas sans risque. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’IOPC a exigé une clarification des règles appliquées au contact tactique un an après sa mise en place. En effet, plusieurs enquêtes ont visé des policiers après des interventions ratées au cours desquelles des suspects en fuite ont été grièvement blessés par le choc avec la voiture de police. Mais le recours à cette technique est considéré comme « légitime » par Scotland Yard.

Selon la police londonienne, citée dans un article du Sunday Times, le contact tactique a contribué à la baisse significative de la criminalité commise à l’aide de motos ou scooters dans la capitale. « 12.419 délits à moto ont été signalés à Londres entre janvier et octobre 2018, ce qui représente une réduction substantielle par rapport aux 19.455 incidents enregistrés au cours de la même période l’année [précédente] », indiquait ainsi le journal britannique.

  • Qu’en pensent les syndicats de police ?

Faut-il pour autant importer cette méthode ? En France, les syndicats de police sont partagés. L’organisation Alliance y est favorable et la réclame « depuis plusieurs années » précise à 20 Minutes son secrétaire général, Fabien Vanhemelryck. « On voit bien que la pédagogie, ça ne fonctionne pas auprès des amateurs de rodéos urbains qui sont dans une forme d’impunité. On ne sait pas comment les appréhender. La méthode anglaise nous paraît plus simple », développe le policier. Conscient de la « formation nécessaire » qu’impliquerait le déploiement de cette technique, Alliance plaide également pour la modification de l’arsenal juridique afin de « protéger les policiers ».

Un élément jugé fondamental par Jérôme Moisant, secrétaire général adjoint du syndicat Unité SGP Police-FO, se montre plus circonspect. « Notre sujet, c’est avant tout la sécurité juridique des collègues. On réfléchira à l’hypothèse d’une telle doctrine le jour où on nous la proposera, uniquement et seulement si on sait qu’elle s’accompagne d’un encadrement juridique protecteur pour le policier au volant charger d’interpeller de cette façon », tranche-t-il.

Reste à savoir si cette doctrine est susceptible de convaincre le législateur. Sur ce point, rien n’est moins certain. En 2021, dans un rapport d'évaluation de la loi d'août 2018 qui réprime plus durement les rodéos urbains, deux députés insistaient sur le cadre en vigueur en France. Rappelant que policiers et gendarmes avaient pour consignes de n’engager une poursuite qu’en cas de « délits graves », pour des auteurs « susceptibles de mettre en danger la vie d’autrui », ils demandaient de privilégier les interpellations « différées », notamment en relevant la plaque d’immatriculation, plutôt que des interventions dans le feu de l’action, jugées plus risquées et dangereuses.