Pédophilie à Villefontaine : L'Etat condamné, sept ans après la révélation d'une affaire aux 48 victimes à l'école

ENQUETE Saisi par la famille d'une victime de l'instituteur isérois Romain Farina, le tribunal administratif de Grenoble reconnaît des dysfonctionnements dans la transmission d’informations entre la Justice et l’Education nationale

J.Lau.
Une centaine de personnes avaient manifesté, en avril 2015, devant l'école de Saint-Clair-de-la-Tour (Isère), où Romain Farina avait également exercé.
Une centaine de personnes avaient manifesté, en avril 2015, devant l'école de Saint-Clair-de-la-Tour (Isère), où Romain Farina avait également exercé. — ALLILI MOURAD/SIPA

Le suicide de Romain Farina, en avril 2016 dans sa cellule de la prison de Corbas (Rhône), avait privé les nombreuses familles de victimes rhônalpines d’un procès au pénal. Ce directeur de l’école du Mas de la Raz à Villefontaine (Isère), mis en examen et écroué un an plus tôt pour « viols aggravés et agressions sexuelles sur mineurs », imposait des fellations à ses élèves dans le cadre d’« ateliers du goût ». Si l’affaire aux 48 victimes dans sept écoles (à Saint-Clair-de-la-Tour, Vénissieux et Villefontaine) a éclaté en mars 2015, l’homme avait été condamné en 2008 pour détention d’images pédopornographiques.

Des faits dont le rectorat n’avait à l’époque pas été informé, ce qui avait permis à Romain Farina de continuer à exercer, et d’abuser d’enfants, durant sept années. C’est pourquoi la famille d’une victime de Villefontaine avait porté plainte en saisissant le tribunal administratif de Grenoble. Comme le révèle lundi Le Parisien, l’Etat vient d’être condamné par le tribunal administratif de Grenoble pour des dysfonctionnements dans ce dossier.

Aucun manquement reproché à l’administration pénitentiaire

Dès le 29 mars 2015, Manuel Valls, alors Premier ministre, avait estimé que « des défaillances et sans doute des fautes » avaient été commises. La non-transmission au rectorat de la condamnation par le parquet de Bourgoin-Jallieu est selon le tribunal « une faute commise par les services de l’État ». Malgré l’existence de plusieurs circulaires, celui-ci n’avait à l’époque « pas pris de mesure d’organisation spécifique » pour permettre à l’institution judiciaire de répondre à cette demande. Il a fallu le vote en 2016 d’une loi spécifique, à la suite du tollé lié à cette affaire de pédophilie à Villefontaine, pour combler ce manque.

Le casier judiciaire de l’ensemble des enseignants de France avait alors été vérifié, ce qui constituait à l’époque une première. « L’absence de communication entre les services de l’Etat n’a pas permis au rectorat chargé de la gestion de Romain Farina de prendre les mesures utiles à la protection des mineurs placés sous son autorité », viennent de conclure les juges, qui exonèrent donc le ministère de l’Education nationale. Aucun manquement n’a par ailleurs été reproché à l’administration pénitentiaire, qui n’avait pas su empêcher le suicide de Romain Farina, malgré deux précédentes tentatives.