Affaire Martine Escadeillas : Jugé 35 ans après les faits, Joël Bourgeon nie et évoque la « pression » des enquêteurs

COLD CASE Jugé depuis vendredi pour le meurtre de Martine Escadeillas, disparue il y a trente-cinq ans, Joël Bourgeon a répété qu’il était innocent et que ses aveux de 2019 avaient été formulés sous la pression des enquêteurs

20 Minutes avec AFP
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Le portrait de Martine Escadeillas, disparue en 1986 à 24 ans à Ramonville.
Le portrait de Martine Escadeillas, disparue en 1986 à 24 ans à Ramonville. — AFP
  • Le 8 décembre 1986, Martine Escadeillas, une jeune femme 24 ans, disparaissait de son domicile de Ramonville-Saint-Agne, au sud de Toulouse. Seules des traces sanglantes étaient retrouvées par les gendarmes.
  • Vendredi, le procès de son meurtrier présumé, arrêté plus de trente ans après les faits, s’est ouvert devant les assises de la Haute-Garonne.
  • Au troisième jour de son procès, Joël Bourgeon, ami de la victime et de son compagnon de l’époque, a, à nouveau, clamé son innocence, indiquant que ses aveux de 2019 avaient été prononcés sous la pression des enquêteurs.

« Je n’ai pas tué Martine Escadeillas ». Au troisième jour de son procès, Joël Bourgeon, a nié à la barre de la cour d’assises de la Haute-Garonne être l’auteur du meurtre de Martine Escadeillas, une jeune femme de 24 ans disparue en 1986 à Ramonville-Saint-Agne, près de Toulouse, et dont le corps n’a jamais été retrouvé. Ce mardi, celui qui a été arrêté plus de trois décennies après les faits, a répété qu’il était innocent.

Selon cet ancien ami de la jeune secrétaire, et de son compagnon avec qui il jouait au football, les aveux qu’il avait formulé en 2019 après son arrestation ont été dictés par les gendarmes. Il s’était rétracté une semaine plus tard. Sous l’effet de la « pression », le « stress », la « peur », « j’ai craqué et fait des aveux » au cours de la garde à vue a-t-il expliqué lors de l’audience.

« Dans un état psychologiquement lamentable »

Une version à laquelle les proches de Martine Escadeillas ne croient pas. Pas plus que leur avocat, Frédéric David, ou encore l’avocat général Nicolas Ruff et le président qui ne cachent pas leur scepticisme sur ces « pressions » invoquées par l’accusé. « Les gardes à vue qui se passent mal, ça existe », a relevé Me David, avant d’ajouter que tout semble indiquer que celle, filmée, de l’accusé n’en faisait pas partie.

Se refusant à parler de « manipulation », Joël Bourgeon estime que ses propos de 2019 lui ont été « subtilement suggérés », alors qu'« embrouillé » par les enquêteurs, il se trouvait « dans un état psychologiquement lamentable ».

Au « faisceau grave et concordant » d’indices avancés par les enquêteurs, ainsi que son départ rapide de l’agglomération toulousaine, l’accusé a répondu. Il a assuré « avoir été présent auprès de la famille » de la jeune femme au lendemain de sa disparition le 8 décembre 1986, avoir « participé aux recherches » aussi pour tenter de la retrouver. Il nie avoir eu les clés de l’appartement du couple formé par Martine Escadeillas et Thierry Milicevic, qui partageait alors sa vie.

Le corps de la victime n’a toujours pas été retrouvé

A l’heure supposée du meurtre, il reconnaît qu’il avait « pris une pause » mais sur son lieu de travail. Il réfute aussi avoir pris la fuite à Lyon dès le début de l’année 1987. Faisant référence aux fiches de paye de son employeur toulousain, il indique qu’il est parti des mois plus tard et qu’il a continué « à prendre des nouvelles de Thierry », y compris après son départ à Lyon.

La famille de la disparue aimerait de son côté « savoir où est le corps de Martine. Il faut qu’on puisse faire notre deuil, lui donner une sépulture décente », a déclaré à la barre l’une de ses sœurs, Nicole Saint-Blancat. « Je comprends tout à fait leur douleur depuis trente-six ans. Si j’avais commis ce meurtre, j’aurais eu la décence de dire où est le corps », a expliqué de son côté Joël Bourgeon.