Affaire Sophie Le Tan : Jean-Marc Reiser condamné à la perpétuité et 22 ans de sûreté

PROCES Ce verdict est conforme aux réquisitions

20 Minutes avec AFP
— 
Jean-Marc Reiser a été condamné mardi à la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans de sûreté, pour l'assassinat de l'étudiante Sophie Le Tan en 2018.
Jean-Marc Reiser a été condamné mardi à la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans de sûreté, pour l'assassinat de l'étudiante Sophie Le Tan en 2018. — Elyxandro Cegarra / SOPA /SIPA

Le couperet est tombé. Jean-Marc Reiser, 61 ans, a été condamné ce mardi par la cour d’assises du Bas-Rhin à la peine maximale qu’il encourait, la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans de sûreté, pour l’assassinat de l’étudiante Sophie Le Tan en 2018.

A l’énoncé du verdict, Jean-Marc Reiser est resté stoïque, main dans le dos, regard vers le sol. Dans sa dernière prise de parole, il avait réclamé une peine « juste » et réaffirmé n’avoir jamais ni voulu ni prémédité la mort de Sophie. Ce verdict est conforme aux réquisitions prononcées lundi par l’avocat général.

« Il n’y avait rien de prémédité »

La famille de Sophie Le Tan, dont tous les membres étaient présents pour le dénouement de ce procès, est restée impassible. « Je souhaite que vous puissiez juger sereinement, que ce soit un verdict équitable, juste, non pas une exécution sommaire », avait demandé mardi matin le sexagénaire, dans une dernière longue prise de parole avant que les jurés ne se retirent.

« Dans cette fureur que je ne m’explique toujours pas aujourd’hui, il n’y avait rien de prémédité. Je n’en voulais pas particulièrement à Sophie Le Tan, je n’avais rien contre elle », a-t-il poursuivi. Puis s’adressant à la famille de Sophie Le Tan, mais en gardant la tête baissée, Jean-Marc Reiser a dit faire « face à leur immense douleur » et comprendre qu’ils ne puissent pas lui pardonner : « Je suis coupable de la mort de leur fille même si je ne l’ai pas voulue. Cela me hantera le restant de mes jours ».

La préméditation retenue

Les six jurés (quatre hommes et deux femmes) et les trois juges, ont répondu oui aux deux questions essentielles qui leur étaient posées : Jean-Marc Reiser a-t-il volontairement tué Sophie Le Tan, dont le squelette incomplet n’a été retrouvé qu’en octobre 2019, plus d’un an après sa disparition ? Et a-t-il prémédité le crime qui lui est reproché ?

Cette question de la préméditation était tout l’enjeu du procès. Si Jean-Marc Reiser a reconnu à l’audience, comme il le fait depuis janvier 2021, avoir tué Sophie, il a nié, tout au long du procès, toute volonté d'homicide et, surtout, toute préméditation.

« Un hasard regrettable »

Lui et ses trois avocats l’avaient martelé : c’est un « hasard regrettable » qui a mis Sophie Le Tan sur sa route. Le 7 septembre 2018, il l’aperçoit alors qu’il est en bas de chez lui. Elle venait visiter son appartement qu’il avait mis en location via un site Internet, mais lui avait oublié ce rendez-vous après avoir passé la nuit à boire.

Selon sa version, c’est chez lui, après la visite, que les choses ont dégénéré : le rejet par la jeune femme de sa tentative de « bise » plonge Jean-Marc Reiser dans un « état de fureur » incontrôlable, il la roue de coups, elle chute lourdement et reste inanimée. Prostré selon lui plusieurs heures, il prend la décision de découper le corps et de le dissimuler dans la forêt.

« Attirer sa proie dans sa toile »

Un scénario de la « rencontre fortuite » et du « pétage de câble » rejeté par l’accusation et les parties civiles : « C’est bien dans un piège qu’elle est tombée », a conclu l’avocat général Laurent Guy, balayant la thèse, portée par la défense, d’un geste impulsif que Jean-Marc Reiser aurait ensuite tenté de dissimuler dans la précipitation.

Pour l’accusation, il a au contraire publié une fausse annonce locative dans le but de piéger une jeune étudiante correspondant à son goût pour les femmes asiatiques, Sophie étant d’origine vietnamienne. Pour les parties civiles également, la préméditation « ne fait aucun doute » : « Il s’organise pour attirer sa proie dans sa toile », a estimé Me Rémi Stephan, l’un des avocats de la famille Le Tan.

Le spectre de violences sexuelles

Du côté de la défense, on a tenté d’instiller le doute dans l’esprit des jurés, essayant de les convaincre que leur client n’avait rien calculé et n’était donc pas coupable d’assassinat mais de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Un chef d’accusation qui aurait fait encourir à Jean-Marc Reiser 30 ans de réclusion et non la perpétuité.

Reste une inconnue : comment Sophie est-elle morte ? A-t-elle subi des violences sexuelles ? Les questions ont été soulevées durant les débats, même si Jean-Marc Reiser n’était pas poursuivi pour viol. « Que s’est-il passé ? Lui seul le sait (…) On n’a que la version reiserienne », a déploré Me Gérard Welzer, autre avocat des parties civiles.