Trafic de vin : Des « centaines de milliers de bouteilles » de faux bordeaux contenaient du vin bas de gamme

ENQUETE La gendarmerie vient de démanteler un trafic de faux bordeaux de grande ampleur, représentant des « centaines de milliers de bouteilles », et qui portait essentiellement sur des vins du Médoc remplacés par des vins bas de gamme

Mickaël Bosredon
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Illustration vin dans le commerce
Illustration vin dans le commerce — ROMAIN DOUCELIN / SIPA/SIPA
  • Une centaine de gendarmes ont interpellé lundi dans le médoc et dans sept départements une vingtaine de personnes soupçonnées d'avoir organisé un trafic de vin de grande ampleur.
  • Le propriétaire d’un vignoble dans le Médoc, également négociant, se procurait du vin grâce à des « contacts espagnols » et imprimait « un nombre important d’étiquettes » en toute discrétion.
  • L'instigateur, avec l'aide de trois complices, avait également « développé un réseau de distributeurs officiels et officieux constitué de sociétés, de retraités, d'autoentrepreneurs, s'étalant sur plusieurs départements. »

Un trafic de bordeaux contrefaits évalué à « plusieurs centaines de milliers de bouteilles », selon la procureure de la République Frédérique Porterie. La gendarmerie a mené lundi un coup de filet contre un réseau de contrefaçon qui vendait du vin bas de gamme en le faisant passer pour du bordeaux.

Une centaine de gendarmes ont interpellé lundi dans le Médoc (Gironde) et dans sept départements une vingtaine de personnes soupçonnées d’avoir pris part à ce trafic. Trois de ces suspects, dont le « principal instigateur », ont été présentés mercredi devant un juge d’instruction et mis en examen pour « escroquerie en bande organisée et blanchiment », « tromperie sur la marchandise » et « falsification de denrées ». Ils ont été libérés sous contrôle judiciaire avec obligation de verser des cautions de 20.000 à 50.000 euros.

Une fraude « organisée par le propriétaire d’un vignoble dans le Médoc »

En enquêtant sur un trafic de stupéfiants, les gendarmes sont tombés fortuitement en septembre dernier sur du matériel de contrefaçon, comme de « fausses étiquettes », a détaillé le parquet. Puis en octobre, des faux bordeaux étaient repérés dans le secteur de La Flèche (Sarthe). Des faits qui venaient résonner avec le signalement effectué quelques mois plus tôt par le propriétaire d'un château dans le Médoc qui avait constaté une contrefaçon de son vin et avait signalé ces faits aux gendarmes. 

Le parquet a ouvert une enquête en novembre confiée à la section de recherches avec l’appui des gendarmes de la Gironde et du groupe « vins », une cellule spécialisée de la gendarmerie de Nouvelle-Aquitaine. Les investigations ont révélé « une fraude de grande ampleur organisée par le propriétaire d’un vignoble dans le Médoc », également négociant. Ce dernier se procurait du vin grâce à des « contacts espagnols » et imprimait « un nombre important d’étiquettes » en toute discrétion tandis que des opérations d’embouteillages pouvaient se dérouler de nuit.

La contrefaçon ciblait des vins du Médoc de moyenne gamme

L'instigateur, avec l'aide de trois complices, avait également « développé un réseau de distributeurs officiels et officieux constitué de sociétés, de retraités, d'autoentrepreneurs, s'étalant sur plusieurs départements. » Les faux bordeaux étaient ensuite écoulés « par palettes entières » dans plusieurs départements grâce à « un réseau de distributeurs officiels et officieux constitué de sociétés, de retraités, d’autoentrepreneurs », selon le parquet.

Ainsi, « les clients ou consommateurs pensaient faire l'acquisition de châteaux du bordelais dont le nom et l'étiquette inspiraient confiance à des tarifs défiant parfois toute concurence alors qu'ils achetaient en réalité des vins bas de gamme ou provenant de terroirs assez éloignés » souligne le parquet. Des « commandes importantes », soit plusieurs milliers de bouteilles, étaient en outre « destinées à la grande distribution ou à des pays étrangers ».

Selon une source proche du dossier, la contrefaçon ciblait des vins du Médoc de moyenne gamme, plus faciles à falsifier que les grands crus.

« Si les faits sont avérés, nous espérons que les auteurs seront lourdement condamnés car ces pratiques portent atteinte à l’image des vins de Bordeaux et à l’image de tous ceux qui travaillent bien et respectent les règles », a réagi le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux joint, par l'AFP.