Affaire Sophie Le Tan : « Je n'ai plus d'avenir, comme la famille », pleure la mère de la victime au procès de Jean-Marc Reiser

ASSISES La famille de l’étudiante strasbourgeoise disparue en 2018, Sophie Le Tan, s’est exprimée ce mercredi. Au troisième jour du procès de l’homme qui a avoué l’avoir tuée, Jean-Marc Reiser

T.G. avec AFP
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La famille de Sophie Le Tan, avec ici sa mère (à droite) et son père (à gauche) s'est exprimée ce mercredi devant la cour d'assises du Bas-Rhin.
La famille de Sophie Le Tan, avec ici sa mère (à droite) et son père (à gauche) s'est exprimée ce mercredi devant la cour d'assises du Bas-Rhin. — PATRICK HERTZOG / AFP
  • Le procès de Jean-Marc Reiser, jugé pour le meurtre de Sophie Le Tan en septembre 2018, se poursuit devant la cour d’assises du Bas-Rhin.
  • Ce mercredi, la famille de la victime s’est exprimée. Un moment rempli d’émotion.
  • « L’horreur est inimaginable, comme un petit feu qui brûle tout doucement et tous les jours et ça ne s’arrête pas », a notamment expliqué le père de Sophie Le Tan.

Des larmes ont coulé, ce mercredi matin à la cour d’assises du Bas-Rhin, à Strasbourg. Déjà très émue et victime d’un malaise lundi à l’ouverture du procès, Thi Huong Le Tan, la mère de Sophie, n’a de nouveau pu cacher son émotion.

« J’aimais beaucoup ma fille. Je voudrais qu’elle revienne, mais comment ? », a-t-elle lancé d’une voix étouffée. Ses propos en vietnamien étaient alors traduits par une interprète. « C’était Sophie la personne principale de la famille, maintenant elle n’est plus là », a-t-elle poursuivi entre plusieurs sanglots. « Je n’ai plus d’avenir, comme la famille », a poursuivi Mme Le Tan, qui se souvient que, pour les 20 ans de Sophie, « on voulait un grand anniversaire ».

Sa fille a disparu le 7 septembre 2018, le jour même où elle devait souffler ses 20 bougies. Etudiante à Strasbourg, Sophie Le Tan allait visiter un appartement au nord de la ville. Elle ne donnera plus signe de vie. Son corps démembré a été retrouvé en forêt de Rosheim, un an plus tard, en octobre 2019. Au bout de plusieurs minutes d’un témoignage douloureux, la mère de Sophie finit par lâcher prise : « J’ai trop mal, je veux arrêter. »

Reiser ému ? Il s’essuie les yeux

L’un des avocats de la défense, Me Francis Metzger, se lève alors : « Madame, nous nous inclinons devant votre douleur. » Derrière lui, visage baissé dans son box, Jean-Marc Reiser, d’habitude impassible, ôte son masque brièvement et s’essuie les yeux.

« La famille n’a pas encore reçu le pardon de l’assassin de leur fille », a lancé le père de la victime, Tri, s’exprimant également en vietnamien. « Sophie n’est plus là, pour la famille c’est comme un phénix qui a perdu une aile, blessé pour toujours. » « L’horreur est inimaginable, comme un petit feu qui brûle tout doucement et tous les jours et ça ne s’arrête pas », a-t-il poursuivi.

« Tout ce malheur aurait pu être évité s’il n’avait pas été libéré »

Cousine de Sophie, « un rayon de soleil », Nadine a également expliqué que tous les membres de la famille sont « habités par cette horreur au quotidien ». Sans détourner le regard vers l’accusé, l’urbaniste strasbourgeoise a souligné que Jean-Marc Reiser, déjà condamné pour viols et acquitté faute de preuves dans une autre disparition, était « un récidiviste ». « Tout ce malheur aurait pu être évité s’il n’avait pas été libéré. »

Sophie Le Tan, dont le père ouvrier est arrivé du Vietnam en France en 1988, a grandi à côté de Mulhouse dans une famille très soudée, avant de faire ses études d’économie et de gestion à Strasbourg. Pour éviter d’être une charge pour ses parents, elle avait un job de réceptionniste dans un hôtel. Parlant français, vietnamien, allemand et anglais, la jeune femme était souvent l’interprète de ses parents et les aidait dans toutes les démarches administratives.

« Il n’y a plus de joie »

« Elle avait un rôle-clé dans la famille », a expliqué son frère aîné Philippe, 24 ans. C’est elle « qui me faisait avancer ». Le garçon, à l’allure renfermée, lui avait envoyé un message le 7 septembre avant d’aller en cours : « Joyeux anniversaire ! »

Ses proches l’ont décrite, à une experte mandatée par la juge d’instruction, comme bien dans sa peau, amie fidèle, fille indépendante et responsable, sœur attentionnée. Elle était aussi méfiante à l’égard des gens qu’elle ne connaissait pas. « Sophie était quelqu’un de génial, elle apportait beaucoup de bien à son entourage », a confirmé à la barre Sylvie, sa sœur cadette.

Depuis sa mort, « c’est plus pareil, ça a vraiment changé, il n’y a plus de joie, pas de moyen d’être heureux », souffle celle qui n’avait pas encore trouvé la force de se présenter au tribunal judiciaire de Strasbourg depuis le début du procès. Parmi sa famille, ses amis, ses professeurs ou employeurs interrogés lors de l’enquête, aucun ne dira un mot négatif sur Sophie Le Tan. « Non, je confirme », a répondu l’experte.