Attentats du 13-Novembre : Dernières « excuses » et ultimes « regrets » pour les accusés avant le verdict

PROCES La cour a laissé la parole à l’ensemble des quatorze accusés présents à l'audience avant de se retirer pour délibérer

Hélène Sergent
Les accusés au procès des attentats du 13-Novembre ont exprimé pour la plupart leurs
Les accusés au procès des attentats du 13-Novembre ont exprimé pour la plupart leurs — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Après neuf mois d’audience, les magistrats professionnels de la cour d’assises spécialement composée de Paris doivent rendre leur verdict mercredi 29 juin.
  • Avant de se retirer pour délibérer, les juges ont entendu une dernière fois les 14 accusés présents au procès.
  • La plupart des accusés ont réitéré leurs « excuses » et leurs « regrets » à l’égard des victimes et de leurs proches.

A la cour d’assises spécialement composée de Paris,

La longue file qui s’est formée, ce lundi matin, devant l’entrée du palais de Justice, signe l’effervescence des derniers jours. Après neuf mois de procès – le plus long de notre histoire judiciaire depuis la Seconde Guerre mondiale – les débats se sont définitivement terminés devant la cour d’assises spéciale de Paris. Mais avant de rendre leur verdict, les magistrats chargés de juger les 20 accusés renvoyés pour les attentats du 13 novembre 2015 leur ont donné la parole, une toute dernière fois.

La peur face à l’enjeu judiciaire

Debout devant leurs strapontins à quelques mètres des bancs où se sont installées des centaines de parties civiles, les trois hommes qui comparaissaient libres à cette audience ont lutté pour masquer leur stress. Polo gris et cheveux gominés, Hamza Attou est le premier à s’avancer à la barre. Gêné de « n’avoir rien préparé » pour l’occasion, il a tout de même tenu à réitérer sa « confiance en la justice » et à adresser des remerciements aux parties civiles. Comme ses deux coaccusés placés sous contrôle judiciaire - Abdellah Chouaa et Ali Oulkadi – Hamza Attou a pu échanger à plusieurs reprises avec les victimes et leurs proches, à l’intérieur comme à l’extérieur de la salle d’audience ces derniers mois. « Je leur souhaite le meilleur et j’espère sincèrement qu’elles vont surmonter ça, même si je sais que ça va être difficile », a conclu le jeune homme poursuivi pour être allé chercher Salah Abdeslam à Paris dans la nuit du 13 au 14 novembre.

Appelé à s’exprimer juste après, Abdellah Chouaa a longuement cherché ses mots, secoué par l’émotion. Veste de costume grise sur le dos, ce père de famille a fondu en larmes, écrasé par l’enjeu judiciaire. « J’ai très peur de votre décision, j’ai tellement peur que vous fassiez une erreur car je suis innocent (…) Certes j’ai accompagné Mohamed Abrini à l’aéroport, j’ai été le chercher mais j’ai jamais su ce qu’il avait en tête, jamais ! », a-t-il insisté. Comme lors d’un de ses interrogatoires, l’homme s’est tourné vers le box et s’est adressé à son ancien ami de Molenbeek, accusé lui aussi à ce procès : « Je t’en veux frère ! T’as détruit ma vie, je sais pas si un jour je te pardonnerai ! ». Tout aussi ému, Ali Oulkadi a, lui, rendu hommage aux « témoignages bouleversants » des parties civiles et leur a assuré toute sa « reconnaissance ».

Le silence et la résignation

Derrière les vitres du box, certains ont préféré, une fois encore, garder le silence. D’un simple geste de tête, sans prendre la peine de se lever, le suédois Osama Krayem a indiqué qu’il ne souhaitait rien ajouter, lui qui est resté mutique tout au long du procès. Muhammad Usman, autre accusé qui a choisi de ne pas s’exprimer sur les faits s’est contenté d’un laconique remerciement à l’adresse de ses avocats. D’autres en revanche, ont saisi cette ultime opportunité de s’adresser à la cour et aux parties. Mohamed Bakkali, polo rayé bleu, blanc, rouge, a, pour la première fois, « condamné fermement » les attentats. De sa voix grave, ce proche des frères El-Bakraoui, considéré comme l’une des « chevilles ouvrières de la cellule » selon l’accusation, a également « présenté ses excuses aux victimes » : « Je ne l’ai pas fait avant car je considérais que ces mots n’avaient pas de place face à leur douleur mais aujourd’hui je tenais à le faire ».

Plus résigné, son voisin de box, le tunisien Sofien Ayari qui s’est enfermé dans le silence depuis des mois, a déploré une défense impossible : « Si on se défend, on a une défense de vendeur de shit. Si on se tait, c’est faire preuve de mépris. Si on ne comparait pas, c’est une attitude irrespectueuse. Je sais pas quelle attitude adopter parce que quoiqu’on dise, quoiqu’on fasse, ça manque toujours de sincérité. C’est comme ça. » Déjà condamné en Belgique pour une fusillade survenue lors de sa cavale aux côtés d’Abdeslam, Sofien Ayari a toutefois eu des mots pour les parties civiles : « Je sais pas si je peux leur souhaiter d’oublier parce que je crois pas que ce soit possible. Mais on n’a pas besoin de partager une religion ou des traditions pour savoir ce que c’est de perdre une personne proche et une partie de soi-même. »

« Je ne suis pas un assassin »

La quasi-totalité des accusés ont profité de ce moment pour clamer leur innocence ou exprimer « excuses » et « regrets ». Très volubile ces neuf derniers mois, Mohamed Abrini, alias « l’homme au chapeau », s’est contenté cette fois d’une courte déclaration. « J’ai pas attendu le procès pour avoir des remords ou des regrets. J’ai pu mettre des visages sur les victimes et j’ai conscience que ce qui est arrivé est immonde (…) je présente encore une fois toutes mes excuses aux victimes », a-t-il assené avant de se rasseoir dans le box.

Dernier à prendre la parole, Salah Abdeslam a choisi de refermer les débats sur une déclaration plus offensive et autocentrée. Regrettant que ses excuses, formulées lors de son dernier interrogatoire, aient pu être jugées « insincères », l’unique survivant des commandos qui encourt la peine de prison à perpétuité incompressible a relaté certains épisodes de violences subis lors de sa détention en Belgique.

Tourné vers les magistrats, il a salué « le travail formidable » réalisé par les avocats de la défense et a appelé la cour à ne pas commettre « l’erreur » de le condamner pour « assassinats ». « L’opinion publique dit que j’étais sur les terrasses à tirer à la kalachnikov, pense que j’étais au Bataclan à tuer des gens. Vous savez que la vérité est à l’opposé. J’ai fait des erreurs, c’est vrai, mais je ne suis pas un tueur, je ne suis pas un assassin ». Après avoir refermé les débats sur ces derniers mots, le président de la cour Jean-Louis Périès s’est retiré avec ses consœurs pour délibérer. Leur décision devrait être rendue ce mercredi, aux alentours de 17 heures.