Affaire Sophie Le Tan : Près de quatre ans après, Jean-Marc Reiser jugé pour un crime « affreux »

PROCES En septembre 2018, une étudiante de 20 ans, Sophie Le Tan, disparaissait à Schiltigheim, près de Strasbourg. Quatre ans après, Jean-Marc Reiser, qui a reconnu les faits, est jugé à partir de ce lundi

Thibaut Gagnepain
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En octobre 2018, juste après l'interpellation de Jean-Marc Reiser, la famille avait organisé une action devant le tribunal de Strasbourg pendant une audition du principal accusé.
En octobre 2018, juste après l'interpellation de Jean-Marc Reiser, la famille avait organisé une action devant le tribunal de Strasbourg pendant une audition du principal accusé. — F. FLORIN / AFP
  • Le procès de Jean-Marc Reiser s’ouvre ce lundi à Strasbourg. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité si l’assassinat de Sophie Le Tan est retenu.
  • « C’est un des procès les plus terribles pour ce qui est de la souffrance de la partie civile et de l’atrocité des faits », résume à 20 Minutes Maître Gérard Welzer. L’avocat défendra la famille de l’étudiante de 20 ans, tuée en septembre 2018.
  • « Je pense qu’il parlera car il reste encore des zones grises et se défendra. Il ne reviendra pas sur ses aveux », explique de son côté Maître Pierre Giuriato, qui représentera Jean-Marc Reiser avec Francis Metzger.

Sept jours d’audience au programme, vingt-six témoins et dix experts appelés à témoigner, trois salles réservées afin d’absorber le public et les médias… Le procès hors norme de Jean-Marc Reiser s’ouvre ce lundi à la cour d’assises du Bas-Rhin à Strasbourg. Là même où Pierre Bodein, dit « Pierrot le Fou », et «  l'étrangleur de la Robertsau » Nicolas Charbonnier avaient écopé de la réclusion criminelle à perpétuité en 2007 et 2016.

Le corps de la jeune femme retrouvé un an après démembré

Celui qui a avoué le meurtre de Sophie Le Tan encourt la même peine. Pour avoir tué l’étudiante en 2018, Jean-Marc Reiser est poursuivi pour assassinat en récidive légale. Récidive car en 2003, il avait déjà été condamné en Côte-d’Or à quinze ans de prison pour deux viols en 1995 et 1996. Cette fois, sur l’échelle de l’horreur, l’affaire est encore plus grave.

« C’est un des procès les plus terribles pour ce qui est de la souffrance de la partie civile et de l’atrocité des faits », résume à 20 Minutes Maître Gérard Welzer, qui en a pourtant vu d’autres. L’avocat représentera la famille Le Tan, « anéantie depuis le 7 septembre 2018 ». A cette date où l’aînée de leurs trois enfants, Sophie, a disparu après avoir visité un appartement à Schiltigheim, juste à côté de Strasbourg. Le jour même de ses 20 ans.

Son corps n'avait été retrouvé qu'un peu plus d'un an plus tard dans la forêt de Grendelbruch, à une quarantaine de kilomètres de la capitale alsacienne. Démembré. « Après cette interminable attente, cela a été un nouveau préjudice vu les conditions dramatiques de la découverte », témoigne encore le conseil qui fera face à ses confrères Francis Metzger et Pierre Giuriato. Avec un principal enjeu : la préméditation et donc l’assassinat seront-ils retenus ?

« Il ne reviendra pas sur ses aveux »

Face au juge, Jean-Marc Reiser, qui avait été écroué très vite, a plutôt évoqué « une scène de violence suivie de la mort », dixit Pierre Giuriato. « Il dit que ce n’était pas un piège, qu’il s’est mépris sur les sentiments de la victime et qu’il a perdu pied quand elle l’a repoussé », poursuit l’avocat. « C’est alors, dans la salle de bains, qu’il lui aurait donné une succession de coups au visage, qu’elle serait tombée en arrière et aurait perdu connaissance. Une version que des experts en traces de sang et le médecin légiste ont corroborée. »

L’accusé, réputé taiseux, en dira peut-être davantage. « Je pense qu’il parlera car il reste encore des zones grises et se défendra. Il ne reviendra pas sur ses aveux », croit encore savoir l’avocat en parlant du « coup de vieux » de son client âgé de 60 ans. « Il est à l’isolement [à la prison de Strasbourg] depuis le début et ça a forcément de l’effet sur lui. Il a perdu 15-20 kg, les cheveux beaucoup plus grisonnants. Psychologiquement, il a des hauts et des bas. Ce n’est pas le genre à beaucoup extérioriser. »

« On n’attend pas grand-chose de Jean-Marc Reiser », tranche de son côté Maître Gérard Welzer. « Il a adapté ses déclarations au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête. Il n’a pas cessé de mentir et continuera. Pour nous, c’est un assassin au passé très chargé qui va être jugé pour un crime affreux. On fera surtout notre possible pour parler de Sophie qui était une jeune fille estimée de tous, courageuse. Il ne faut pas l’oublier. »