Attentats 13-Novembre : Restés mutiques ou refusant l'audience, qui sont les accusés visés par la perpétuité ?

TERRORISME Les avocats des accusés qui encourent les plus lourdes peines doivent plaider à partir de ce lundi

Hélène Sergent
Le parquet antiterroriste a requis la prison à vie pour 4 accusés, en plus de Salah Abdeslam.
Le parquet antiterroriste a requis la prison à vie pour 4 accusés, en plus de Salah Abdeslam. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Parmi les 20 accusés au procès des attentats de Paris et Saint-Denis, 13 hommes dont Salah Abdeslam encourent la peine de prison à perpétuité.
  • Lors de leurs réquisitions, les magistrats du parquet national antiterroriste ont réclamé cette peine maximale pour 10 d’entre eux mais seuls 4 sont présents à l'audience.
  • Moins médiatiques que l’unique survivant des commandos du 13 novembre 2015, ces hommes ont, selon l’accusation, été des « pièces centrales » de la cellule djihadiste.

Depuis neuf mois, tous comparaissent devant la cour d’assises spéciale de Paris. Assis dans le même box vitré aux côtés de l’unique survivant des commandos des attentats du 13-Novembre - Salah Abdeslam - leurs noms restent méconnus du grand public. Le trentenaire qui a grandi à Molenbeek a « focalisé toutes les attentions, les attentes, les colères », a concédé l’avocate générale, Camille Hennetier.

Ecopant des réquisitions les plus lourdes, la perpétuité incompressible, l’homme n’est pourtant pas le seul à avoir essuyé les foudres du Parquet national antiterroriste (Pnat). Qualifiés par l’accusation de « combattants aguerris » ou de « cheville ouvrière » de la cellule djihadiste, Mohamed Abrini, Osama Krayem, Sofien Ayari et Mohamed Bakkali ont tous été visés par une peine de prison à vie lors du réquisitoire choral du Pnat.

Mohamed Abrini, l’accusé volubile

Avec son voisin et copain de quartier Salah Abdeslam, Mohamed Abrini est peut-être l’accusé le mieux identifié de cette audience. Longtemps surnommé l'« homme au chapeau » après avoir pris la fuite lors des attentats de Bruxelles en mars 2016, Mohamed Abrini a reconnu à l’audience qu’il était « prévu » pour les attaques du 13-Novembre. Présent à Paris la veille des attaques aux côtés des autres membres des commandos, le Molenbeekois a assuré qu’il avait renoncé à son destin djihadiste bien avant cette date et qu’il s’était contenté d’accompagner le reste du « convoi de la mort » pour dire adieu à ses amis. Flambeur invétéré addict aux casinos et délinquant notoire, l’accusé a expliqué avoir été profondément marqué par la mort de son petit frère parti rejoindre Daesh en Syrie. Informé de son décès alors qu’il purgeait une peine de prison, Abrini s’est dit « effondré » et animé par une seule envie : « aller en Syrie ». C’est ce qu’il fera dès sa sortie de détention, avant de rentrer en Europe à l’été 2015.

En septembre 2015, a-t-il expliqué, « on m’annonce : tu vas faire partie d’un projet. Mais je ne sais pas que c’est le Bataclan, que c’est la France. Je sais juste qu’il y a un projet. ». N’hésitant pas à justifier les attentats comme une « une réponse aux bombardements » de la coalition internationale en Irak et en Syrie, Mohamed Abrini n’a pris aucune « distance avec l’état islamique » a estimé l’avocate générale, Camille Hennetier. Le parquet a requis à son encontre la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans.

Osama Krayem, « combattant aguerri » ou « quidam » de Daesh ?

A 29 ans, le Suédois Osama Krayem a été l’un des accusés « fantômes » du box. Refusant à de nombreuses reprises d’assister à l’audience, il a exercé son droit au silence trois mois à peine après le début du procès. « Personne n’est ici pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé et avoir des réponses (…) nous faisons tous semblant. Ce procès est une illusion », avait-il expliqué dans un courrier lu à la cour par son avocate. Mutique, Osama Krayem n’aura rien dit ou presque de son parcours de Malmö à Raqqa. A la barre, seul un ancien professeur de français bénévole qui l’a accompagné pendant quatre ans lors de sa détention a évoqué « la parcelle d’humanité » perçue chez l’accusé.

Parti en Syrie pour rejoindre les rangs de Daesh dès l’année 2014, Osama Krayem est accusé d’avoir projeté un attentat à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam (Pays Bas), le jour des attentats du 13 novembre 2015. Intégré à la cellule clandestine avant et après les attaques de Paris et Saint-Denis, ce jeune Suédois aurait également renoncé à la dernière minute à déclencher sa bombe dans le métro bruxellois le matin du 22 mars 2016. Pour le parquet antiterroriste, ce « combattant aguerri » était loin d’être un « quidam » au sein de l’organisation terroriste. En témoigne sa présence sur une vidéo insoutenable de propagande de Daesh dans laquelle un pilote jordanien est brûlé vif dans une cage. Poursuivi pour complicité de meurtres en bande organisée, Osama Krayem a fait l’objet de lourdes réquisitions : la perpétuité assortie de 30 ans de sûreté.

Sofien Ayari, le silence ou l’espoir

Tunisien né le 9 août 1993, Sofien Ayari, 28 ans, a été le compagnon de cavale de Salah Abdeslam en Belgique. Après avoir rejoint Daesh en Syrie fin 2014, il est revenu en Europe en 2015 en même temps qu’Osama Krayem. Son ADN a été retrouvée dans plusieurs planques ayant servi à la préparation des attentats du 13-Novembre et les enquêteurs le soupçonnent d’avoir voulu commettre ou préparer, avec Osama Krayen, un attentat à l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol parallèlement aux attaques parisiennes.

Dans le sillage de son acolyte suédois, Sofien Ayari a rapidement fait valoir son droit au silence. Interpellé à Bruxelles en même temps qu’Abdeslam en mars 2016, il a déjà été condamné à une peine de vingt ans de réclusion en Belgique pour avoir tiré sur un policier. « Je vais me défendre comme un acharné pendant deux ans pour finalement prendre 80 ans ? Pour les gars comme moi, avoir de l’espoir, c’est dangereux », a-t-il lancé à la cour avant de se murer dans le silence. Le ministère public, estimant qu’il a « pleinement fait partie du dispositif du 13-Novembre », a requis contre lui la perpétuité et une peine de sûreté de 30 ans.

Mohamed Bakkali, l’ami « utile » ou la « cheville ouvrière »

C’est la seconde fois en moins de deux ans que ce Belgo-Marocain de 35 ans fait face à la justice française. En décembre 2020, Mohamed Bakkali a été condamné à vingt-cinq ans de prison au procès de l’attentat du Thalys. Poursuivi pour avoir conduit Abdelhamid Abaaoud et l’auteur de l’attaque, Ayoub El-Khazzani jusqu’à Bruxelles à l’été 2015, il a fait appel de cette décision. Interrogé en janvier sur les faits qui lui sont reprochés dans le dossier du 13-Novembre, cet accusé a lui aussi décidé d’opposer son silence aux nombreuses questions de la cour d’assises. « Je n’ai plus la force de me battre et de m’expliquer (…) quoi que je dise, quoi que je fasse, ma parole est toujours suspecte », avait-il regretté.

Ses liens étroits avec les frères El-Bakraoui, deux kamikazes des attentats de Bruxelles, la location sous une fausse identité de planques mises à disposition de la cellule et les documents djihadistes retrouvés dans son ordinateur intéressaient pourtant particulièrement les magistrats. Surnommé « le Barbu », cet expert en contrefaçons a été, selon l’accusation « une pièce centrale » de la cellule djihadiste, « sa cheville ouvrière ». Soulignant à plusieurs reprises « l’intelligence » de cet accusé diplômé d’une licence de sociologie, Camille Hennetier a prévenu : « Il a voulu apparaître comme l’idiot utile. Utile sans aucun doute, idiot certainement pas ». La perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté a été requise contre lui.