Burkini dans les piscines municipales : Face au conseil d’Etat, Eric Piolle brandit des maillots de bain et des burkinis

LAICITE Le conseil d’Etat examinait mardi le recours de la ville de Grenoble qui a vu son nouveau règlement des piscines annulé par le tribunal administratif. Eric Piolle, le maire de la ville, était présent à l’audience

C.G. avec AFP
Eric Piolle, le maire de Grenoble a défendu son nouveau règlement des piscines municipales devant le conseil d'Etat.
Eric Piolle, le maire de Grenoble a défendu son nouveau règlement des piscines municipales devant le conseil d'Etat. — Sameer Al-DOUMY / AFP
  • Le conseil d’Etat examinait mardi le recours de la ville de Grenoble qui conteste l’annulation de son nouveau règlement des piscines par le tribunal administratif.
  • Ce règlement autorisait à porter tous types de maillots près du corps, dont les burkinis.
  • Pendant l’audience, Eric Piolle, maire de Grenoble, a exhibé différents maillots de bain et burkinis pour démontrer le bien-fondé de son règlement.

Le conseil d'Etat a examiné mardi le recours déposé par la ville de Grenoble après la suspension par le tribunal administratif de son  nouveau règlement des piscines municipales. Un règlement qui devait lever tous les interdits, autorisant, de fait, le port du burkini. Pendant l’audience, le maire de Grenoble, Eric Piolle n’a pas hésité à se lancer dans un véritable exposé.

Brandissant tour à tour des burkinis ainsi que différents modèles de maillots de bain, certains avec une jupette, l’élu a souhaité montrer qu’ils étaient généralement acceptés en piscine municipale et pas forcément portés pour des raisons religieuses.

Le maire s’est ensuite lancé dans une diatribe technique sur les maillots qui doivent être portés près du corps car l’eau accumulée dans une tenue plus large pourrait compliquer le « remorquage » d’une personne en détresse. Jusqu’à la « mi-cuisse », cela ne pose pas de problème, précise Eric Piolle. « Pourquoi les shorts sont interdits ? », questionne avec scepticisme la représentante de l’Etat Pascale Léglise. « L’hygiène », répond l’intéressé avant que son interlocutrice lui suggère d'« exiger qu’ils [les baigneurs] le mettent sur place. »

Atteinte au principe de laïcité et de neutralité

Le burkini avait déjà fait l’objet d’une polémique nationale à l’été 2016, quand une trentaine de villes les avaient interdits sur leurs plages. Avant que le Conseil d’Etat n’annule leurs décisions jugées démesurées.

Cette fois, « il ne s’agit pas de manifester une expression religieuse dans l’espace public », avance la représentante de l’Etat, mais « bien de parler de l’adaptation d’une règle », d’un service public « aux seuls fins de satisfaire des intérêts religieux » – ce qui porte selon elle atteinte à son principe de neutralité et de laïcité. « Evidemment », souligne-t-elle, le « contexte » d'« entrisme » islamiste, de « séparatisme » et la « vague de terrorisme » doivent être pris en compte.

« Le service public est fait pour tous »

« Le service public est fait pour tous », rétorque l’avocat de la ville de Grenoble, Me Olivier Coudray. Le nouveau règlement de la piscine « ne fait rien de préférentiel », « ne compromet pas le bon fonctionnement du service : il permet simplement à plus de monde d’en profiter ».

Mais pour la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et l’association Alliance citoyenne, qui s’est battue à Grenoble pour l’autorisation du burkini, les « usagers » du service public ont le droit d’y « manifester leur appartenance religieuse par leur tenue vestimentaire ». Le burkini n’est « ni plus ni moins » que la transcription du foulard à la piscine ou à la mer, soutient Marion Ogier pour Alliance citoyenne. « C’est une polémique qui dépasse très largement de simples enjeux juridiques », assure à son tour Patrice Spinosi pour la LDH, dénonçant un « coup de force de l’Etat » sur la définition des limites de la laïcité.

La décision sera rendue dans les prochains jours.