Procès de Dino Scala : « Si j’avais rencontré un psychiatre à l’époque, je ne serais pas là », assure l’accusé

JUSTICE Au deuxième jour du procès de Dino Scala, jugé pour viols et agressions sexuelles sur 56 victimes, la personnalité de l’accusé a été évoquée

Gilles Durand
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L'arrivée de Dino Scala dans le box des accusés, à la cour d'assises de u Nord, à Douai.
L'arrivée de Dino Scala dans le box des accusés, à la cour d'assises de u Nord, à Douai. — Benoit Perucq / AFP
  • Le deuxième jour du procès de celui que la police a baptisé « le violeur de la Sambre » était consacré à l’enquête de personnalité de l’accusé.
  • Dans cette affaire de viols et d’agressions sexuelles multiples entre 1988 et 2018, la cour d’assises du Nord, à Douai, a tenté de dresser le portrait d’un homme considéré comme « serviable et agréable ».

Qui se cache derrière le regard froid de Dino Scala ? Le deuxième jour du procès de celui que la police a baptisé « le violeur de la Sambre » était consacré à l’enquête de personnalité de l’accusé. Dans cette affaire de viols et d’agressions sexuelles multiples entre 1988 et 2018, la cour d’assises du Nord, à Douai a tenté de dresser le portrait d’un homme considéré comme « serviable et agréable ».

Comme souvent dans ce genre de dossier, c’est vers l’enfance qu’il faut se tourner pour tenter d’appréhender la psychologie du mis en cause. Et c’est la sœur cadette de Dino Scala, Linda, qui a brisé le silence. « Quand j’étais jeune, j’ai été abusée par mon père. C’était violent », affirme-t-elle d’emblée. Une agression sexuelle niée par la famille.

Coups de ceinture

« Tout le monde était au courant. Toute la famille était sous l’emprise du père de Dino », rappelle Me Margaux Mathieu, avocate de Dino Scala. « Le vieux », comme le surnomme, avec mépris, Sandrine, la deuxième femme de Dino Scala, appelée à la barre pour témoigner.

« Ni la police, ni le médecin n’ont cherché à en savoir davantage », regrette Me Mathieu. « Une omerta » que dénonce Sandrine. « Dino, il faut que tu brises l’omerta de ta famille ! », lui demande-t-elle, en se tournant vers lui. L’accusé reste impassible.

Une chose est sûre, Dino Scala, enfant de chœur jusqu’à 18 ans, a été élevé dans une éducation très stricte. Trop ? Les coups de ceinture semblent avoir jalonné l’enfance de l’accusé qui assure « avoir souffert du manque d’amour de ses parents ». Dino Scala a-t-il aussi été violent vis-à-vis de ses enfants ou de ses deux femmes ? Les témoignages divergent, sur fond de conflits entre les belles familles.

« Papa poule »

Côté pile, il est présenté comme un « papa poule » par Sandrine, sa deuxième femme. Côté face, sa fille, Lucie, issue d’un premier mariage, parle d’un « père violent ». Une double personnalité que l’enquêtrice tente de retracer. « Il s’est beaucoup occupé de son beau-père, atteint d’un cancer, qui le considérait comme son fils, raconte-t-elle. Mais il semble peu affectueux envers sa femme. C’est un homme pour qui le sens du devoir est important. Il ne quitte pas sa femme pour ne pas fracasser la cellule familiale. »

Dans le box, Dino Scala ne cesse d’afficher sa moue figée. Il écoute, baisse parfois la tête, mais aucun sentiment ne transparaît. Même quand l’émotion submerge la salle d’audience lors du témoignage de sa femme Sandrine. Perruque sur la tête pour préserver en partie son anonymat, elle éclate régulièrement en sanglots.

« Je n’arrive pas à y croire. Je cherche des détails dans notre vie, mais je ne trouve pas. Je n’ai rien soupçonné sinon je l’aurais dénoncé », déclare-t-elle, en pleurs. Se tournant vers les victimes, elle s’excuse, mais réitère néanmoins son soutien à son mari. « Oui, j’ai pris une claque, mais il n’a jamais été violent », avoue-t-elle.

« J’ai menti longtemps et souvent »

Pourquoi l’accusé est-il un jour passé à l’acte ? En 1984, alors qu’il a 25 ans, il reconnaît s’être jeté sur une amie de la famille. Deux ans plus tard, il pénètre par surprise dans le lit de sa belle-sœur, Corinne, en pleine nuit. Elle se réveille, il s’enfuit. Il a toujours nié les faits, sauf aujourd’hui. « L’idée n’était pas l’agression sexuelle, mais de me faire passer pour son mari. Pourquoi j’ai eu cette idée ? Je ne sais pas », avoue Dino Scala.

Corinne évoque aussi « l’impression d’avoir été droguée », tout comme son autre sœur, Betty. « Chaque fois que je mangeais et dormais chez lui, je me réveillais vaseuse. Un jour, je me suis retrouvée en débardeur avec une drôle d’impression. Pour moi, c’est sûr, ce mec est un pervers. Il manipule et endort tout le monde, pour mieux avoir ses proies », explique-t-elle à la cour.

« Depuis l’âge de 12 ans, je suis habité par quelque chose qui ne va pas envers les femmes. Il m’arrive des pulsions, des mal-être, reconnaît Dino Scala. Je ne sais pas pourquoi. J’ai l’impression d’être sorti de mon adolescence après mon arrestation. Depuis mon incarcération, je travaille beaucoup là-dessus. Si j’avais rencontré un psychiatre à l’époque, je ne serais pas là. Mais un psychiatre, c’était pour les fous. J’avais honte de tout ça. Et dans ma famille, parler de ça, c’était tabou. »