Confinement à Marseille : Prison ferme requise contre trois organisateurs d’une fête clandestine XXL

PROCES Trois jeunes hommes ont comparu devant le tribunal correctionnel de Marseille pour avoir organisé une fête clandestine géante en plein confinement

Mathilde Ceilles
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Une nuit en discothèque (illustration).
Une nuit en discothèque (illustration). — Piqsels
  • Ce mercredi s’est tenu devant le tribunal correctionnel de Marseille le procès de trois jeunes hommes à l’origine d’une fête clandestine géante en décembre 2020, en plein confinement.
  • Les prévenus ont expliqué avoir organisé dans ce hangar des quartiers Nord cette soirée afin de pouvoir de nouveau se divertir.
  • Pour le ministère public, l’argent demeure le mobile principal.

L’affaire avait fait scandale, en boucle en une poignée de secondes sur toutes les chaînes d’information. A quelques jours des fêtes de Noël, alors que la France connaît une deuxième vague épidémique de coronavirus, une agitation anormale bruisse dans un hangar des quartiers Nord de Marseille​. Ce 10 décembre-là, pourtant, les boîtes de nuit sont fermées, et toute sortie prohibée en ce deuxième confinement.

Or, au même moment, les forces de l’ordre sont informées qu’une fête bat son plein en pleine nuit boulevard de Plombières, dans le 14e arrondissement de la cité phocéenne. « Les invités devaient payer une somme minimale de 75 euros par personne, et à partir de 1h30, les portes étaient fermées pour éviter l’intervention de la police », rappelle le président de la 6e chambre du tribunal correctionnel de Marseille, Pierre Jeanjean, chargée d’examiner cette affaire ce mercredi.

Une boîte de nuit reconstituée dans un hangar

« Quatre messages vidéo parviennent aux forces de l’ordre, poursuit-il. Le premier, pris à l’intérieur de la soirée, montre un très grand nombre de personnes, évaluées à plus de 500. Le deuxième est un flyer annonçant la soirée en décembre 2020 avec les mots "Private party". Le troisième est une courte vidéo d’une jeune femme invitant les clients potentiels à se présenter à la soirée à 21 heures. Le quatrième est une vidéo présentant dans la soirée des gens par centaines, dont certains inhalent du protoxyde d’azote. »

A l’intérieur de ce hangar, les policiers retrouvent une boîte de nuit entièrement reconstituée, du DJ aux multiples serveurs débauchés d’une autre discothèque, fermée, et payés au noir, en passant par les tables et autres chaises. A la tête de ce business clandestin, trois jeunes hommes, âgés de 20 à 35 ans au moment des faits, aujourd’hui poursuivi pour travail dissimulé et mise en danger de la vie d’autrui. Passionnés de motocross, et a priori très éloignés du monde de la nuit dans lesquels ils ne travaillent même pas, ils avaient loué ce hangar pour une durée de trois mois.

« Pas David Guetta mais trois pieds nickelés »

« Nous n’avons pas eu à notre connaissance de personnes qui auraient contracté le Covid-19 au cours de la soirée, précise le président du tribunal Pierre Jeanjean. Mais quand même, imaginez si quelqu’un s’était présenté avec le Covid, et aurait contaminé quelqu’un d’autre. Et si la personne allait voir ses grands-parents après ? »

« A vrai dire, sur le moment, je n’y ai pas pensé, confesse Senad, l’un des trois organisateurs. Aujourd’hui, avec le recul, je me dis que c’est quelque chose d’assez immature. J’ai agi de la sorte parce que, à un moment donné, on ne sortait plus et on avait envie de retrouver cette ambiance de soirée. » « Vingt ans en 2020, Monsieur le président, c’est compliqué, abonde Me Jean Voisin, avocat d’un des trois prévenus. Il ne faut pas oublier qu’à ce moment-là, tout était fermé et qu’on a dit à notre jeunesse : "Tu ne sortiras plus. Tu resteras sur ton canapé à regarder Netflix." Rappelons-nous de notre jeunesse à 20 ans. Est-ce que nous n’avions pas envie de bouffer le monde ? » Et d’affirmer : « On a pas David Guetta et cinquante amis qui ont organisé une soirée. On a trois pieds nickelés. »

L’argent comme mobile

« On a trois jeunes hommes qui nous indiquent faire la fête, rétorque la procureure de la République Emilie Almero. Il ne s’agit pas d’une soirée privée d’une vingtaine de personnes dans un appartement. Il s’agit d’une organisation professionnelle. Tout a été pris en charge : les tarifs variables entre garçon et fille, le prix, l’alcool, les chichas et l’azote. On nous parle même d’un chef de rang. Chacun avait un rôle. » Et de lancer : « Le but de l’opération a l’air d’être l’argent. Et cet argent, ils en ont eu. On nous dit qu’ils ont gagné 200 euros. On a envie d’en rire. La soirée a rapporté plusieurs milliers d’euros. »

Impossible toutefois de connaître avec exactitude le bénéfice de cette soirée, dont une partie a été dépensée par l’un des organisateurs présumés au casino de Monaco. Outre une amende de 6.000 euros pour chacun des prévenus, la procureure requiert des peines allant jusqu’à un an de prison ferme, deux des trois prévenus ayant déjà été condamnés dans le passé, notamment pour des faits d’escroquerie à la carte bleue.

« Des peines d’emprisonnement ? Les bras m’en tombent, s’étrangle Me Philippe Jacquemin, avocat de la défense. Ces garçons, il s’agit de ce qu’on appelle dans le jargon marseillais des carteurs. C’est la réalité d’un dossier ! » Et de souligner : « Qu’il y ait eu le fait d’un rassemblement qui présente des risques de contamination, c’est indéniable. Mais y avait-il un risque immédiat, grave pour les participants ? Je ne vois pas dans le dossier d’élément qui permette d’asseoir cet élément. » « Je voudrais pas qu’on fasse de cette tribune judiciaire une exemplarité qui montre qu’on doit frapper durement ces jeunes gens-là », craint l’avocat. La décision a été mise en délibéré au 15 juin prochain.