Procès de Dino Scala : Plus de 30 ans de crimes et 56 victimes pour le « Violeur de la Sambre »

ASSISES DU NORD La cour d’assises du Nord, à Douai, va juger, à partir de vendredi, Dino Scala, un homme de 61 ans, accusé d’avoir violé ou agressé sexuellement 56 adolescentes ou femmes pendant une trentaine d’années

Gilles Durand
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Un portrait de Dino Scala.
Un portrait de Dino Scala. — L'observateur de l'Avesnois / AFP
  • A 61 ans, Dino Scala va se présenter, vendredi, devant la cour d’assises du Nord, à Douai.
  • Il est accusé de viols avec arme, d’agressions sexuelles et de tentatives à l’encontre de 56 victimes qui se sont portées partie civile dans ce procès.
  • L’enquête a duré vingt ans entre la France et la Belgique où les faits étaient commis au petit matin, durant l’automne ou l’hiver.

Trente ans de crimes et vingt années d’enquête. Le 26 février 2018, lorsque les policiers mettent la main sur Dino Scala, les justices française et belge ont dû pousser un grand ouf de soulagement, tout comme les victimes. Depuis le mois de mars 1988, des dizaines de viols et tentatives de viol s’étaient produites entre la France et la Belgique, sans que les enquêteurs ne soient parvenus à mettre un visage sur le moindre suspect.

A 61 ans, c’est un homme sans casier judiciaire, installé à Pont-sur-Sambre, près de Maubeuge, qui va se présenter, vendredi, devant la cour d’assises du Nord, à Douai. Celui que la police avait surnommé « le violeur de la Sambre » est accusé de viols avec arme, d’agressions sexuelles et de tentatives à l’encontre de 56 victimes qui se sont portées partie civile. Trois d’entre elles sont décédées.

« Jamais vu ni reconnu » par ses victimes

C’est donc un procès hors norme qui va se tenir pendant seize jours, jusqu’au 1er juillet. « Il n’y a pas de profil type des victimes », souligne Me Fanny Bruyerre qui assiste neuf victimes âgées de 13 à 45 ans, au moment des faits. En revanche, le mode opératoire semblait plutôt bien rodé. L’agression survenait au petit matin, plutôt en automne ou en hiver, profitant de la pénombre.

« L’agresseur arrivait par-derrière, saisissait sa victime par le cou parfois avec l’aide d’une cordelette ou d’un foulard. Une fois l’acte accompli, il s’enfuyait après avoir demandé à sa victime de compter avant de pouvoir se retourner. De ce fait, il n’était jamais vu, ni reconnu », raconte encore Me Bruyerre. Et le nombre de victimes n’a cessé de grandir pendant trente ans.

Comment le suspect a-t-il pu passer si longtemps à travers les mailles de l’enquête ? L’avocate esquisse une hypothèse. « Les plaintes étaient déposées dans plusieurs petits commissariats de l’Avesnois, explique-t-elle. Il a fallu du temps pour recouper tous les faits. » Ainsi, l’information judiciaire n’a été ouverte qu’en décembre 1996, près de huit ans après la première tentative de viol. Mais l’enjeu principal de ce procès sera de comprendre ce qui poussait ce paisible technicien de maintenance, investi dans un club de football local et qui faisait bonne figure, à passer à l’acte ?

Des traces ADN en France et en Belgique

« Il a reconnu la plupart des faits qui lui sont reprochés, avance son avocate Me Margaux Mathieu. Il a conscience de la gravité de ses actes et ressent une forte culpabilité. Il a la volonté d’apporter les réponses pour permettre de comprendre les mobiles inconscients de ces actes et d’expliquer la coexistence des deux facettes opposées de sa personnalité. » Selon son avocate, l’accusé a « envisagé de se faire suivre par un psychologue, mais il ne l’a jamais fait ».

Et puis un jour, le 5 février 2018, une adolescente de 17 ans est menacée d’un couteau et sexuellement agressée à Erquelinnes, en Belgique. La vidéosurveillance permet de découvrir un homme à bord d’un véhicule se stationnant à l’heure des faits, près du lieu de l’agression. La police belge enquête aussi sur le même individu qui a laissé des traces ADN à de nombreuses reprises. Elle transmet les informations à son homologue française. Les recherches permettent d’interpeller un suspect trois semaines après l’agression. Son analyse ADN colle parfaitement avec le génotype identifié dans les nombreuses autres affaires.

Des victimes sans suivi psychologique

Selon l’avocate de Dino Scala, cette arrestation est un « acte manqué ». « Lorsqu’il est arrêté, il remercie la police, précise Me Mathieu. Six ans après la dernière tentative d’agression, il récidive en se garant pour la première fois tout près de l’usine où il travaille et où il sait qu’il y a une caméra. Il cherche clairement à ce que tout s’arrête. »

La cour d’assises reviendra sur l’analyse de sa personnalité qui s’est construite dans un contexte incestueux. Car pendant trente ans, ces traumatismes de l’enfance de Dino Scala en ont engendré d’autres. « Elles gardent encore de lourdes séquelles, assure Me Bruyerre. Le retentissement psychologique persiste encore aujourd’hui et, à l’approche du procès, tout refait surface. Toutes ne viendront pas témoigner. »

D’autant que, selon elle, « lorsqu’elles ont porté plainte, à l’époque, les policiers n’ont pas été forcément très tendres avec elles », rappelle Me Bruyerre. « L’accueil des victimes n’était pas le même. C’était un sujet tabou dans les cercles familiaux et elles n’ont bénéficié d’aucun suivi psychologique ». La plus jeune, violée à l’âge de 13 ans, lui a avoué : « J’aurais préféré mourir ».