1er-Mai : La femme qui a agressé le pompier condamnée à 10 mois de prison, en son absence et celle de ses avocats

COMPTE-RENDU Habituée des manifestations, Hager A., 38 ans, était jugée ce mercredi au tribunal correctionnel de Paris pour violence, outrage et rébellion

Manon Aublanc
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Un pompier a été agressé lors de la manifestation du 1er-Mai à Paris, ce dimanche.
Un pompier a été agressé lors de la manifestation du 1er-Mai à Paris, ce dimanche. — Alain JOCARD / AFP
  • Hager A., une femme soupçonnée d’avoir agressé un pompier qui tentait d’éteindre un incendie de palettes allumé en marge de la manifestation du 1er-Mai à Paris, était jugée ce mercredi au tribunal correctionnel de Paris.
  • Habituée des manifestations, présente ce jour-là comme « street medic », elle a été condamnée à dix mois de prison ferme et à une interdiction de manifester pendant un an.
  • La prévenue était absente, ce mercredi, et ses avocats ont décidé de quitter la salle après le refus de leur demande de renvoi.

« Elle était déterminée, elle était accrochée moi et à ma lance et elle ne voulait absolument pas lâcher ». Un geste pour lequel Hager A., la femme qui a agressé un sapeur-pompier lors de la manifestation du 1er-Mai, a été condamnée à dix mois de prison ferme et à un an d’interdiction de manifester, ce mercredi. Cette mère de famille de 38 ans était renvoyée devant le tribunal correctionnel de Paris pour « violences sur personne chargée d’une mission de service public, outrage, rébellion, participation à un groupement en vue de commettre des violences ou dégradations lors d’une manifestation et entrave à l’arrivée des secours destinés à combattre un sinistre dangereux pour les personnes ».

Sur les vidéos prises ce jour-là, qui ont tourné en boucle pendant plusieurs jours, Hager A., tente d’arracher la lance à incendie d’un pompier en train d’éteindre un feu allumé par des manifestants. Après plusieurs essais infructueux, elle lui assène deux coups sur le casque, dont la visière se fêle, avant d’être maîtrisée.

« On va vous défoncer comme en 2019 »

Pourtant, ce mercredi, la prévenue n’a pas pu expliquer son geste. Cette mère, habituée des manifestations des gilets jaunes et contre le pass vaccinal, ne s’est pas présentée devant le tribunal. Ses deux avocates, qui demandaient un renvoi, ont évoqué une fragilité psychologique et des crises d’angoisse, avançant qu’elle s’était rendue aux urgences psychiatriques et qu’un arrêt de travail lui avait été prescrit. « Elle n’entend pas se soustraire à la justice, elle entend s’expliquer, mais elle n’est pas en état de comparaître actuellement », ont-elles plaidé.

Une raison insuffisante pour le président qui leur a opposé une fin de non-recevoir. En signe de protestation, les deux avocates ont décidé de quitter la salle, arguant n’avoir pas mandat pour la défendre. Une décision qui a fait réagir jusque dans les bancs du public : « Vous allez juger quelqu’un en son absence parce qu’elle est à l’hôpital public », s’est écrié un homme, avant d’être expulsé par les forces de l’ordre.

C’est donc sans prévenue et sans avocate que l’audience a débuté, en commençant par le témoignage du jeune pompier de 21 ans qui tentait au moment des faits d’éteindre un feu risquant de se propager à un immeuble d’habitation. « Elle m’a dit à plusieurs reprises " on va vous défoncer comme en 2019 " », en référence aux manifestations du mouvement des « gilets jaunes », a-t-il raconté à la barre, expliquant l’avoir repoussé d’une main. « Tu oses t’en prendre à une femme ? », lui a alors lancé Hager A., avant de le frapper à la tête. « Ça m’a surpris, mais ma priorité, c’était de pas lâcher ma lance », a-t-il raconté devant une salle remplie, en grande partie de journalistes.

Une peine au-delà des réquisitions

« Il aura fallu ce dossier pour que la population et la France réalisent la réalité de ces hommes qui se font frapper et insulter tous les jours », a regretté Me Jérôme Andréi, l’avocat du pompier, mais aussi du préfet de police de Paris, qui s’est constitué partie civile. Car à l’inverse, « si c’est elle qui avait été blessée, lui n’aurait pas hésité à risquer sa vie », a-t-il plaidé rappelant à la salle la devise des sapeurs-pompiers de Paris, « Sauver ou périr ».

Pour le procureur, cette ancienne « aide-soignante », présente comme « street medic » à la manifestation - ces bénévoles qui procurent les gestes de premiers secours aux personnes blessées –, « avait le dessein, l’envie et l’intention de participer à un mouvement violent », a-t-il martelé, rappelant qu’un marteau et un masque avaient été retrouvés dans son sac, ainsi que des écussons de police et de pompiers, probablement volés pendant des manifestations. Des clichés d’elle portant un gilet jaune ou posant en treillis de combat ont également été retrouvés dans son téléphone par les enquêteurs.

Evoquant « une personne réticente aux institutions », le procureur a réclamé huit mois d’emprisonnement. Mais le tribunal a été plus sévère en condamnant Hager A. à dix mois de prison ferme. A la sortie de l’audience, Me Jérôme Andréi s’est dit satisfait : « C’est une peine juste, à la hauteur de la gravité de l’agression de ce pompier », a-t-il déclaré. « On aurait préféré qu’elle soit à la barre, mais elle a fait le choix de ne pas venir. Elle ne pouvait pas prendre le tribunal en otage », a-t-il ajouté. En plus des dix mois de prison et de l’interdiction de manifester, la prévenue devra verser 700 euros au pompier au titre du préjudice moral, et un euro symbolique au préfet de police.