Vingt-cinq ans après la disparition de Marion Wagon, ses parents espèrent relancer l’enquête

COLD CASE A l’occasion de la Journée internationale des enfants disparus, W9 diffuse ce mardi soir un documentaire dans lequel le père de Marion Wagon, disparue le 14 novembre 1996, témoigne pour la première fois

Manon Aublanc
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Marion Wagon, 10 ans, a disparu le 14 novembre 1996 à Agen sur le chemin de l'école.
Marion Wagon, 10 ans, a disparu le 14 novembre 1996 à Agen sur le chemin de l'école. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • Ce mercredi 25 mai marque la Journée internationale des enfants disparus. En 2020, 41.106 disparitions de mineurs ont été signalées en France.
  • A cette occasion, l’émission « Enquêtes criminelles » sur W9 revient, ce mardi soir, sur l’affaire Marion Wagon, l’une des premières disparitions d’enfants très médiatisée en France.
  • Le 14 novembre 1996, Marion Wagon, 10 ans, disparaît sur le chemin entre son école et son domicile à Agen. Malgré plusieurs pistes explorées par les enquêteurs, la fillette n’a jamais été retrouvée.

La vie des parents de Marion Wagon s’est brutalement arrêtée le 14 novembre 1996. Ce jour-là, leur fille, âgé de 10 ans, disparaît à Agen (Lot-et-Garonne) sur le chemin du retour de l’école. Seulement 400 mètres la séparent de son domicile. Pourtant, l’enfant se volatilise en plein jour, sans que personne ne voie rien. Malgré une mobilisation importante, de nombreuses recherches et une médiatisation quasi inédite à cette époque, les enquêteurs n’ont jamais retrouvé la moindre trace de Marion.

Après des années de discrétion, le père, Michel Wagon, a accepté de témoigner dans l’émission de W9, Enquêtes criminelles, diffusée ce mardi soir, à la veille de la Journée mondiale des enfants disparus. Vingt-cinq ans après sa disparition, alors que l’enquête est toujours ouverte, les parents de la fillette misent désormais sur la nomination d’un nouveau juge d’instruction pour explorer plusieurs pistes jugées plausibles par leur avocat, Me Georges Catala.

Un mode opératoire similaire à celui de Fourniret

D’abord, celle de Michel Fourniret. Si l’ogre des Ardennes a été arrêté en 2003, il était toujours actif en 1996, au moment de la disparition de la fillette, dont les circonstances rappellent fortement celles d’Estelle Mouzin, pour laquelle il a reconnu à demi-mot son implication. La fillette de 9 ans a elle aussi disparu le 9 janvier 2003 à Guermantes, en Seine-et-Marne, sur le trajet du retour de l’école. Quant à Natacha Danais, elle a été enlevée par le tueur en série en 1990 à Rezé, près de Nantes, sur un parking situé à quelques mètres de son domicile. Elle avait alors 13 ans.

« Ces types [les tueurs en séries] ont un emploi du temps, une façon de procéder, une appétence sexuelle qui peut permettre de penser que Marion aurait pu être enlevée par l’un d’eux. Cette piste est suffisamment crédible pour qu’on l’étudie, que ce soit pour fermer des portes ou pour les ouvrir », estime Me Georges Catala. Pour Patricia Tourancheau, journaliste spécialiste des dossiers criminels et des cold case, l’hypothèse est plausible : « En 1996, Michel Fourniret vit en Belgique, mais il est itinérant, il a écumé pas mal de régions en France, il aurait pu tout à fait être à Agen un moment ou un autre », explique-t-elle, ajoutant que le mode opératoire opéré par l’ogre des Ardennes correspond avec celle de la disparition de Marion. « On sait qu’il vadrouillait un peu partout dans sa camionnette blanche et qu’il pouvait rester planquer des heures en attendant de trouver une fillette », précise-t-elle.

« Une série d’erreurs »

A l’époque, c’est un autre suspect qui intéresse les enquêteurs du SRPJ de Toulouse. Quelques semaines après la disparition de Marion, ils se mettent sur la piste d’un certain Gilbert. Le jour du drame, il aurait demandé sur une radio amateur « un itinéraire discret » pour se rendre à Agen. Le profil de ce maçon d’une cinquantaine d’années intrigue les policiers. L’homme, qui travaille sur le secteur d’Agen, vient d’être incarcéré pour le viol d’une autre fillette. Ils retrouvent son véhicule, estimant qu’il aurait pu servir à transporter l’enfant, vendue entre-temps par sa fille. Ils découvrent que la banquette arrière a été partiellement brûlée. Interrogée, la jeune femme donne une drôle d’explication : elle aurait mis le feu à la banquette car elle était tâchée.

Considérant la piste comme sérieuse, les enquêteurs vont lancer d’autres investigations et explorer plusieurs grottes de la région où l’homme avait l’habitude de se rendre. Mais une décision va tout faire voler en éclat. Cinq mois seulement après le début des investigations, le SRPJ est dessaisi de l’enquête pour « manque de résultats » au profit de la gendarmerie. Résultat, les fouilles s’arrêtent, l’homme sort du viseur des enquêteurs et la piste est abandonnée. Gilbert, lui, décédera en 2003 d’un cancer à la prison de Fresnes. Pour Me Catala, « une série d’erreurs ont été commises. Peut-être pas durant vingt-cinq ans, mais au moins pendant un long laps de temps. Les choses n’ont pas été faites comme elles auraient dû ».

Une enquête sans ADN

Autre hypothèse : et si Marion n’avait pas disparu sur le trajet de l’école ? Pour Michel Wagon, sa fille a pu être enlevée au pied, dans le hall ou dans l’ascenseur de son immeuble. Un mode opératoire qui peut faire penser à celui de François Vérove. Avant de se suicider, cet ancien gendarme a laissé une lettre dans laquelle il a avoué être le tueur en série surnommé « le Grêlé », recherché depuis trente-cinq ans. Il y reconnaît notamment des faits criminels jusqu’en 1997, soit un an après la disparition de Marion Wagon. « Il faut voir si cet homme se trouvait aux alentours d’Agen, il est possible qu’on nous dise non, mais il faut le vérifier », estime Me Georges Catala.

Une hypothèse balayée par Patricia Tourancheau, auteur du livre Le Grêlé : Le tueur était un flic (Seuil, 2022). Si le mode opératoire correspond, la temporalité, elle, ne colle pas, selon la spécialiste : « En 1996, il est policier motocycliste dans les Hauts-de-Seine. Tous les actes qui lui sont reprochés se sont passés à Paris ou en région parisienne ».

Des pistes que pourraient reprendre les enquêteurs, mais sans disposer de l’ADN de la fillette. Si des cheveux de Marion ont bien été placés sous scellés après sa disparition, ils ne sont plus exploitables. « C’est très difficile d’enquêter si on n’a pas l’ADN de la personne disparue. Même avec de la bonne volonté, il y a une incurie », déplore l’avocat des parents. Seul espoir pour la famille : que le juge d’instruction reprenne l’enquête du début. « Il faut le laisser faire, il est conscient de ce gouffre vertigineux dans lequel le dossier a été précipité pendant vingt ans, mais il est d’une grande compétence », estime Me Catala.