Eric Zemmour relaxé en appel après avoir affirmé que Pétain avait « sauvé » des juifs

NEGATIONNISME Il était jugé pour « contestation de crime contre l’humanité »

20 Minutes avec AFP
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Le candidat d'extrême droite aux législatives Eric Zemmour le 7 mai 2022.
Le candidat d'extrême droite aux législatives Eric Zemmour le 7 mai 2022. — Jeanne Accorsini/SIPA

Ses propos avaient provoqué une onde de choc. Elle ne se traduira pas en justice. La cour d’appel de Paris a confirmé ce jeudi la relaxe prononcée en première instance en faveur d’Eric Zemmour.

L’homme politique d’extrême droite était jugé pour « contestation de crime contre l’humanité » pour avoir soutenu que le maréchal Pétain avait « sauvé » des juifs français durant la Seconde Guerre mondiale. « La cour confirme la décision de première instance », a indiqué le président de la cour d’appel.

« La cour lit l’histoire à l’envers »

Si les propos d’Eric Zemmour « peuvent heurter les familles de déportés », ils « n’ont pas pour objet de contester ou de minorer, fût-ce de façon marginale, le nombre des victimes de la déportation ou la politique d’extermination dans les camps de concentration », a expliqué la cour. La cour a rappelé que Philippe Pétain n’avait pas été poursuivi « pour un ou plusieurs crimes contre l’humanité » lors de son procès à la Libération.

« La cour lit l’histoire à revers », a réagi l’avocat de SOS Racisme​, l’une des associations parties civiles, Me Patrick Klugman. « Je n’aurais jamais pensé être autant heurté par la motivation d’une décision de justice que par le propos poursuivi, surtout en matière de négationnisme », a-t-il ajouté avant d’annoncer un pourvoi en cassation. « La Cour de cassation dira le droit et espérons les faits », a-t-il dit.

« La liberté d’expression a gagné »

L’ancien candidat à la présidence de la République n’était pas présent à l’audience mais son avocat, Me Olivier Pardo a exprimé son « immense satisfaction » après la décision de la cour. « C’est un message à tous ceux qui veulent lancer des attaques infamantes, utilisant les drames de la Seconde Guerre mondiale pour des affaires politiques. C’est la liberté d’expression qui a gagné », a-t-il dit à la sortie de la salle d’audience.

« Ceux qui me traitent de pétainisme ont moralement, historiquement et désormais juridiquement tort », s’est félicité de son côté Eric Zemmour sur son compte Twitter. La cour n’a pas suivi les réquisitions de l’avocat général qui, lors du procès en appel, en janvier, avait réclamé une peine de 100 jours-amendes à 100 euros, soit une peine de 10.000 euros d’amende.



Du « révisionnisme » ou du « réel »

Les propos contestés d’Eric Zemmour remontent au 14 octobre 2019, lors d’un débat, dans l’émission « Face à l’info » dont il était le chroniqueur vedette sur CNews, avec  Bernard-Henri Lévy. « Un jour (…) vous avez osé dire que Pétain avait sauvé les juifs français. C’est une monstruosité, c’est du révisionnisme », s’était indigné « BHL ». « C’est encore une fois le réel, je suis désolé », lui avait répondu Eric Zemmour.

Lors du procès en première instance, Eric Zemmour s’était défendu de toute contestation de crime contre l’humanité et avait estimé que le débat sur le rôle du régime de Vichy (1940-1944) envers les citoyens juifs français devait être tranché par les historiens et non par la justice.

Zemmour, le multirécidiviste

Dans son jugement le relaxant, le tribunal avait estimé que les propos contestés d’Eric Zemmour avaient été prononcés « à brûle-pourpoint lors d’un débat sur la guerre en Syrie ». Le tribunal avait néanmoins reconnu que ses mots contenaient « la négation de la participation [de Pétain] à la politique d’extermination des juifs menée par le régime nazi ».

Les sorties controversées d’Eric Zemmour lui ont valu une quinzaine de poursuites en justice, notamment pour injure raciale, provocation à la haine ou contestation de crime contre l’humanité. Il a été condamné à plusieurs reprises par des tribunaux au pénal, dont la dernière fois en janvier 2022 pour « provocation à la haine et à la violence » et « injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur origine » pour des propos sur les mineurs migrants isolés. Il a fait appel de ce jugement. Il a aussi été définitivement condamné à deux reprises pour « provocation à la haine », pour des propos tenus en 2010 et 2016.