Procès du crash de la Yemenia Airways: « J’ai mis longtemps à réaliser », 13 ans après l’accident, le procès rouvre les blessures

PROCES Treize ans après l’accident de l’avion de la Yemenia Airlines qui devait relier les Comores, tuant 152 personnes dont 66 français, le procès de la compagnie s’est ouvert en France, avec 560 parties civiles sur les bancs

Alexandre Vella
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Le procès de la Yéménia Airlines s'est ouvert à Paris ce lundi
Le procès de la Yéménia Airlines s'est ouvert à Paris ce lundi — JEANNE ACCORSINI/SIPA
  • Le procès au pénal pour déterminer les responsables du crash du vol de la Yemenia Airlines s’est ouvert à Paris ce lundi.
  • 152 personnes avaient trouvé la mort dans cet accident remontant au 29 juin 2009.
  • Parmi elles, 66 Français dont 560 les ayants droit ont pu se constituer parties civiles.

Un procès-fleuve et quelque 560 parties civiles, proches de victimes, qui vont vivre un second deuil. Treize ans après le crash en pleine mer du vol de la Yemenia Airlines qui devait gagner les Comores et dans lequel 152 personnes, dont 66 Français, ont trouvé la mort, l’audience au pénal qui devra déterminer les responsabilités s’est ouverte ce lundi à Paris. Des débats prévus pour durer un mois et qui sont également retransmis à Marseille, parfois qualifiée de seconde capitale des Comores. Près de 80.000 personnes originaires de cet archipel de l’océan indien, situé à 500 kilomètres au nord ouest de Madagascar et comptant un million d’habitants, s’y sont installées.

À l’image de Marie, qui a perdu sa mère et son petit frère dans ce tragique accident. Elle est venue avec ses deux filles et sa sœur assister à l’ouverture du procès. « Nous voulons la fin de cette histoire pour commencer à réellement faire le deuil », explique celle qui a initié une des deux associations d’aide aux victimes de cet accident d'avion. Dans la grande salle de la caserne du Muy, mise en service à l’occasion du procès des dentistes Guedj, ils ne sont pas nombreux ce lundi à avoir fait le déplacement.

« C’est trop d’émotion »

D’abord, sept, puis onze et enfin treize parties civiles sont venus écouter les débats. Beaucoup de Marseillais comoriens sont montés à Paris pour les premiers jours du procès, un bus est même parti hier de Marseille. Mais tous ne pouvaient pas, comme Fatima, pour qui « c’est une très bonne chose qu’ils retransmettent ce procès ».

Reste qu’ils écoutent avec attention la lecture du résumé de l’enquête, plutôt accablante pour la compagnie dont aucun représentant n’a fait le déplacement depuis le Yemen, pays en guerre depuis 2014. Pour Marie, la culpabilité de cette dernière ne fait pas de doute. « C’est pour ça que le procès a mis si longtemps à se tenir », croit-elle. « S’il n’avait rien à se reprocher, cela aurait été vite réglé ».

Nakyssa avait 12 ans ce funeste 29 juin 2009, jour où elle a perdu son oncle et sa grand-mère. « J’ai mis longtemps à réaliser ce qu’il s’était réellement passé, genre deux ou trois ans », raconte la jeune femme qui patiente à l’ombre d’un platane. « Maintenant, j’espère qu’ils vont assumer leurs torts ». Dans les écrans plats de télévision diffusant en direct les images du palais de justice de Partis, la présidente du tribunal égrène durant de longues minutes la longue liste des noms des morts dans ce crash. « Ça va être dur », soupire Fatima. « Ça va être compliqué, on le sent déjà », chuchote Marie. « On va devoir supporter ».

Un vieil homme décline la demande d’entretien. « Non, c’est trop d’émotion quand j’en parle », s’excuse-t-il en kandou et kofia, la tunique et le bonnet traditionnel comorien. Sur les bancs, les parties civiles présentes à Marseille se sont regroupées. Une manière de tenter de faire bloc, quoique les différentes familles qui suivent les débats ce jour-là ne se connaissent pas. Ou plutôt pas encore. Le procès durera jusqu’au 2 juin. Cela devra laisser le temps aux personnes présentes de s’y rencontrer.