Mort d’Yvan Colonna : La famille du militant nationaliste corse attaque l’Etat en justice

PLAINTE La famille d’Yvan Colonna, mort suite à une agression en prison, va attaquer l’Etat en justice

20 Minutes avec AFP
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Dans cette photo d'archive prise le 06 mars 2022 montre des manifestants rassemblés à Corte lors d'un rassemblement en hommage à Yvan Colonna (bannière) suite à l'agression de l'activiste indépendantiste à la prison d'Arles.
Dans cette photo d'archive prise le 06 mars 2022 montre des manifestants rassemblés à Corte lors d'un rassemblement en hommage à Yvan Colonna (bannière) suite à l'agression de l'activiste indépendantiste à la prison d'Arles. — Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP

La famille d’Yvan Colonna, le militant indépendantiste corse condamné pour l’assassinat du préfet Erignac, a engagé une action contre l’Etat mercredi devant le tribunal administratif de Marseille pour son agression mortelle par un co-détenu le 2 mars à la prison d’Arles (Bouches-du-Rhône).

Les parents, l’épouse, le frère, la soeur et les deux enfants d’Yvan Colonna « considèrent que l’administration pénitentiaire est juridiquement responsable de son décès », a expliqué Me Patrice Spinosi, l’un des avocats de la famille. « Les différents éléments d’enquête rapportés par la presse et les auditions des parlementaires n’ont fait qu’entretenir le soupçon selon lequel l’agression dont a été victime Yvan Colonna est en lien direct avec une série de dysfonctionnements administratifs », écrit l’avocat dans un communiqué.

Réclamer 200.000 euros de dommages et intérêts pour Yvan Colonna

Il rappelle que l’article 44 de la loi du 24 novembre 2009 prévoit que « l’administration pénitentiaire doit assurer à chaque personne détenue une protection effective de son intégrité physique en tous lieux collectifs et individuels ».

« L’Etat est ainsi tenu d’indemniser les ayants droit d’un prisonnier décédé du fait des violences commises au sein d’un établissement pénitentiaire par une autre personne détenue », observe Me Spinosi, qui a précisé réclamer 200.000 euros de dommages et intérêts pour Yvan Colonna et 100.000 euros pour chaque membre de sa famille.

« Un tribunal indépendant et impartial a désormais la charge de juger des liens entre l’inaction de l’Etat et la mort d’Yvan Colonna », poursuit l’avocat, selon qui « le tribunal administratif aura à se prononcer d’ici la fin de l’année sur cette demande ».

« Une strangulation à mains nues puis d’un étouffement »

Le militant nationaliste de 61 ans avait été très grièvement blessé le 2 mars par un codétenu radicalisé, Franck Elong Abé, un Camerounais de 36 ans présenté comme un « djihadiste », qui s’était acharné sur lui dans la salle de sport de la prison. Yvan Colonna avait été victime « d’une strangulation à mains nues puis d’un étouffement » avec un sac plastique, avait précisé le procureur de Tarascon, Laurent Gumbau.

Yvan Colonna, condamné par trois fois à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Claude Erignac, abattu de plusieurs balles dans la tête en 1998 à Ajaccio, est décédé le 21 mars à l’hôpital de Marseille où il avait été transféré et où il est resté en permanence dans le coma. Selon plusieurs sources, l’agresseur d’Yvan Colonna a justifié son acte par le fait que le militant corse aurait blasphémé et « mal parlé du Prophète ». Une version jugée cependant « peu crédible » par le directeur de la maison centrale d’Arles, Marc Ollier, qui a estimé, lors d’une audition devant la commission des lois de l’Assemblée nationale, que le meurtrier « voulait se payer quelqu’un de connu ».

Des manifestations parfois violentes dans toute la Corse

Cette agression a provoqué une explosion de colère à travers toute la Corse, avec des manifestations parfois violentes. Une colère motivée notamment par la longueur de l’agression d’Yvan Colonna, près de huit minutes, sous le regard d’une caméra de surveillance, sans qu’aucun surveillant n’intervienne. C’est l’agresseur lui-même qui avait alerté les gardiens, expliquant que Colonna avait « fait un malaise ».

Le directeur de la maison centrale d’Arles et le directeur de l’administration pénitentiaire Laurent Ridel ont assuré lors de leur audition à l’Assemblée nationale qu’un seul agent ne pouvait « pas voir » les 49 caméras de l’aile concernée".