Marseille : Les victimes du dentiste accusé de mutilations dentaires ont trouvé une « famille » au procès

PROCES Le procès du dentiste millionnaire marseillais Lionel Guedj, accusé de mutilations dentaires sur des centaines de patients, se mue en un moment à part pour les centaines de victimes

Mathilde Ceilles
Une victime du procès Guedj lors du premier jour
Une victime du procès Guedj lors du premier jour — Nicolas TUCAT / AFP
  • Depuis six semaines se tient à Marseille un des procès les plus attendus de l’année : celui de Lionel Guedj, dentiste accusé de mutilations dentaires.
  • Pour la centaine de victimes qui assiste depuis le début aux débats, ce procès est l’occasion d’accepter leur sort et de partager leurs douleurs avec d’autres.

Ils sont là, à l’arrière de l’immense salle construite pour cette audience hors-norme, afin de les accueillir, elles, les 327 parties civiles, toujours entourées de bénévoles de l’Association d’aide aux victimes de délinquance (Avad). Depuis six semaines, des dizaines et dizaines de victimes assistent avec assiduité au procès Guedj, du nom de ce dentiste  marseillais ​des  quartiers Nord accusé d’avoir massivement mutilé ses patients à des fins mercantiles.

Nombreuses sont ces victimes qui, assises sur ce banc des parties civiles, subissent encore de graves séquelles de leur passage chez les docteurs Guedj. Aussi, au fil des heures passées à écouter, attendre, parfois s’émouvoir ou s’indigner, le procès est devenu une expérience humaine pour ces hommes et ces femmes cabossés. « Depuis un mois et demi, j’arrive à parler de choses dont je ne parlais même pas à ma propre famille, souffle Frédérique. Je pensais vraiment être la seule à vivre ça. » « Mais on se rend compte qu’on n’a pas été les seuls à subir ces traitements. » « Et petit à petit, on devient une famille », confie Zohra. « On vient à plusieurs à ce procès pour se soutenir dans notre malheur », lance Louisa.

« Je suis beaucoup moins stressé dans ma tête »

Une manière surtout pour ces victimes de prendre conscience de ce qu’elles ont subi. « Moi, avant, je ne savais pas que les dents, c’était un truc aussi important, lâche Michel. Un truc vital. J’ai appris ça à travers le procès. » « Moi, je ne veux pas perdre une miette de ce procès, poursuit Zohra. Je veux absolument tout voir car je cherche en Lionel Guedj un peu de compassion. J’ai beaucoup culpabilisé d’avoir envoyé mon mari. J’ai pleuré aussi toutes les larmes de mon corps quand la jeune fille est venue témoigner l’autre jour, en expliquant qu’il l’avait touché alors qu’elle n’avait que 13 ans. »

« Les victimes ont trouvé la ressource de venir témoigner, de donner des leçons de résilience, de dignité. »

Pendant quinze jours, une centaine de personnes s’est succédé à la barre du tribunal correctionnel de Marseille pour raconter ce que le procureur de la République Michel Sastre qualifiera lors de son réquisitoire de « cauchemar ». « Les victimes ont trouvé la ressource de venir témoigner, de donner des leçons de résilience, de dignité. » Un passage obligé vécu comme une véritable angoisse pour certains. « Je faisais des cauchemars de tout ça, raconte Abdelhamid. Je ne dormais plus. Et après avoir témoigné, je me suis senti soulagé. Depuis, je suis beaucoup moins stressé dans ma tête. »

Reste désormais une seule obsession pour ces victimes, un même leitmotiv qui revient après quelques minutes seulement de conversation. « J’espère qu’il fera un peu de prison quand même », souffle Noël. « Mais bon, on a appris que c’est la même juge qui a jugé Guérini, s’amuse Michel. Quand j’ai su ça, je me suis dit que ça allait le faire ! » Céline Ballérini a en effet, entre autres, présidé le procès de l’ancien sénateur des Bouches-du-Rhône. « Elle est super cette présidente, se réjouit Frédérique. Elle est vraiment humaine, et à l’écoute. » Ce lundi, le ministère public a requis dix ans de prison ferme contre Lionel Guedj, soit la peine maximale, et quatre ans de prison ferme contre son père, également son associé. Le jugement sera rendu le 8 septembre.