Inondations à Lamalou-les-Bains : Prison avec sursis requise contre les anciens maires

RESPONSABILITE En 2014, quatre personnes sont mortes dans l’inondation d’un camping

Jérôme Diesnis
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Les inondations avaient fait quatre morts en 2014, à Lamalou-les-Bains.
Les inondations avaient fait quatre morts en 2014, à Lamalou-les-Bains. — APERCU/SIPA
  • Des peines de prison avec sursis de 18 et 24 mois ont été requises vendredi au procès de deux ex-maires de Lamalou-les-Bains, jugés devant le tribunal correctionnel de Béziers pour homicides et blessures involontaires après les inondations de 2014.
  • En 2014, une violente crue de la rivière Bitoulet avait provoqué la mort d’un couple, ainsi que d’une femme et de sa fille, qui séjournaient au camping municipal.
  • Les deux ex-élus se sont rejeté les responsabilités, lors du procès.

Des peines de prison avec sursis de 18 et 24 mois ont été requises vendredi au procès de deux ex-maires de Lamalou-les-Bains (Hérault), jugés devant le tribunal correctionnel de Béziers pour homicides et blessures involontaires, huit ans après des inondations qui avaient fait quatre morts et onze blessés.

Dans la nuit du 17 au 18 septembre 2014, une violente crue de la rivière Bitoulet, un affluent de l’Orb, avait provoqué la mort d’un couple, ainsi que d’une femme et de sa fille, qui séjournaient au camping municipal de cette station thermale. Installé en 1982, ce camping, qui surplombait d’environ trois mètres le cours d’eau, était en partie situé dans une zone déclarée inondable. C’est la rupture d’un embâcle, un barrage naturel, qui avait provoqué une vague et subitement inondé le site, selon les experts.

Les deux ex-élus se sont rejeté les responsabilités

Marcel Roques, 73 ans, maire de Lamalou de 1983 à mars 2014, avait quitté ses fonctions six mois avant la catastrophe, comme il l’a rappelé à l’ouverture de son procès, mercredi, devant le tribunal correctionnel de Béziers. Trois « fautes » peuvent toutefois lui être reprochées, a estimé vendredi le vice-procureur : « s’être abstenu de mettre en œuvre la sécurité du camping », « ne pas avoir mis en œuvre les conditions du Plan communal de sauvegarde (PCS) en ne nettoyant pas le Bitoulet en amont du camping » et « avoir fait déclasser le camping en 1992, alors qu’il était (en zone) inondable depuis 1982 ». « Pour moi ce sont les fautes les plus graves », a estimé le représentant du ministère public, en requérant une peine de deux ans de prison avec sursis.

A son successeur, Philippe Tailland, 73 ans, le vice-procureur a reproché de ne pas avoir mis en œuvre la sécurité du camping, de « ne pas avoir donné l’ordre d’évacuer » le soir même ou encore d’avoir « prolongé la date d’ouverture » jusqu’à l’automne, saison durant laquelle les orages sont fréquents dans cette région. Il a requis contre lui une peine de 18 mois de prison avec sursis. Mercredi, il a expliqué qu’il avait trouvé, à sa prise de fonctions, une mairie où « il n’y avait plus ni téléphones, ni ordinateurs » et qu’il n’avait dès lors « pas vu dans les [risques] d’inondations une priorité immédiate ».

Pour le vice-procureur, les deux anciens élus, qui se sont rejeté la responsabilité, « ne se sont pas inscrits dans le temps long de la prévention des risques naturels » et « n’ont pas pris en compte les événements du passé, notamment deux évacuations du camping en 1992 et 1996 pour une rupture d’embâcle ». Après les plaidoiries de la défense, ce vendredi, le jugement devrait être mis en délibéré à une date ultérieure.