Attentats du 13-Novembre : « J’étais prévu pour une attaque », reconnaît Mohamed Abrini

COMPTE-RENDU Mohamed Abrini a affirmé que Salah Abdeslam a pris sa place dans les commandos après qu’il a lui-même refusé de participer aux attentats de Paris le soir du 13-Novembre

Caroline Politi
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Mohamed Abrini était entendu ce mardi sur les faits le soir du 13-Novembre
Mohamed Abrini était entendu ce mardi sur les faits le soir du 13-Novembre — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Au 101e jour du procès des attentats du 13-Novembre, la cour d’assises spécialement composée va entendre les accusés sur la nuit des attaques.
  • Mohamed Abrini, qui avait révélé qu'il devait à l'origine faire partie des commandos de Paris la semaine dernière, est le premier à avoir été longuement questionné.

A la cour d’assises spécialement composée, à Paris

L’attente était-elle trop forte ? Une semaine après avoir promis « d’éclairer » la cour d’assises spécialement composée sur son rôle lors des attaques du 13-Novembre, Mohamed Abrini a finalement livré peu de détails, au cours des quelque six heures qu’a duré son audition. Le trentenaire, chemise blanche, cheveux courts et barbe rase, a cependant d’emblée confirmé qu’il était, selon les plans initiaux, prévu pour faire partie des commandos. « Début septembre, on m’annonce "tu vas faire partie d’un projet" », entame-t-il. Son interlocuteur n’est autre que son ami d’enfance, Abdelhamid Abaaoud, l’un des chefs opérationnels de la tuerie. « Mais je ne sais pas que c’est le Bataclan, que c’est la France, s’empresse-t-il d’ajouter. Je sais juste qu’il y a un projet. »

Les mains appuyées contre le box, ce natif de Molenbeek, en Belgique​, confie n’avoir su dire « non » à Abaaoud que le 12 novembre. Pourtant, à l’en croire, il sait presque immédiatement qu’il ne participera pas à l’attentat. « Pour moi, c’est impossible, je ne peux pas aller tuer des gens dans la rue, je ne peux pas attaquer des gens non armés. » S’il n’ose pas s’ouvrir au chef des commandos, il jure s’être confié dès le mois de septembre à Brahim Abdeslam. Pourquoi alors avoir pris part au « convoi de la mort », la veille des attaques, avant de repartir précipitamment dans la nuit ? Pour un dernier adieu, assure-t-il. Pourquoi également participer à la location d’une voiture ou de la planque s'il est décidé à ne pas y prendre part? Dès que les questions se font plus précises, les réponses, elles, sont confuses. « Moi, à cette époque, je suis perdu », « Pourquoi je fais ça ? Je n’en sais rien… »

« Tu feras partie du voyage »

Certes, il reconnaît avoir conscience que des attentats sont sur le point d’être commis, que des « gens allaient être tués », mais affirme qu’il ignorait tout des contours du projet, de la date de l’attaque aux cibles envisagés. En revanche, il est convaincu que c’est à cause de son désistement que Salah Abdeslam intègre in extremis le commando. « Même si je n’ai pas assisté à la conversation, voyant qu’il y a un gilet (explosif) en plus, Brahim Abdeslam a sûrement parlé à Salah en lui disant "tu feras partie du voyage" », assure-t-il, décrivant son co-accusé comme soumis à son grand frère. Tout au long de son audition, il a donné le sentiment de chercher à le dédouaner, affirmant que ce dernier, n’avait pas à « être dans le box », n’était « pas capable de faire cela ».

Une version qui peine à convaincre – et c’est un euphémisme – le ministère public. « Pour une telle opération, vous pensez bien qu’ils ne vont pas se contenter de quelqu’un qui hésite. Ils vous font participer parce qu’ils ont confiance en vous ! », insiste Nicolas Le Bris, l’un des trois avocats généraux, qui met méthodiquement l’accusé face aux contradictions de son récit. Pourquoi part-il à Paris sans ses clés et ne prévoit-il pas de moyen de rentrer à Bruxelles ? Pourquoi est-il choisi alors même qu’il aurait confié dès son voyage en Syrie, à l’été 2015, qu’il ne souhaitait pas combattre ? « Ce n’est pas parce que j’ai dit non, qu’ils baissent les bras directement. »

« C’est toujours pareil, je savais que je n’allais pas me faire exploser »

Si sa détermination à ne pas faire partie des commandos du 13-Novembre était telle qu’il la décrit, il aurait pu appeler la police, même anonymement, soulignent plusieurs avocats des parties civiles. Mohamed Abrini connaissait l’adresse de la planque et savait qu’il y avait des armes et des explosifs. « C’était compliqué », lâche-t-il, expliquant être pris dans un conflit de loyauté vis-à-vis de ses amis d'enfance, de ses convictions, tout en ayant peur des représailles. Et pourquoi participer, quatre mois plus tard, aux attaques de Bruxelles le 22 mars 2016 ?

Mohamed Abrini, surnommé « l’homme au chapeau » après avoir été filmé à l’aéroport de Zaventem poussant une valise remplie de TATP, un puissant explosif, avant de prendre la fuite sans déclencher sa charge, ne fournit pas vraiment d’explication, indiquant seulement que vivre dans des planques après les attentats du 13-Novembre avait mis un terme à ses projets, notamment de mariage et d’emménagement avec sa fiancée. « Quand vous suivez quelqu’un et qu’on vous met dans une planque, vous savez que tout est terminé », insiste-t-il. Le 22 mars, poursuit-il, les attaques à l’aéroport de Zaventem et dans le métro bruxellois « n’étaient pas prévues » et ont été précipitées par l’interpellation de Salah Abdeslam le 18. « C’est toujours pareil, je savais que je n’allais pas me faire exploser », assure-t-il à la cour. Cet aspect du dossier fera l’objet d’un autre procès, dès la mi-octobre à Bruxelles.