Bordeaux : Des premières condamnations dans l’affaire de la messagerie cryptée EncroChat

ENQUETE Pour la première fois en France, des trafiquants ont été condamnés après des faits délictueux révélés par la captation des données du système de téléphonie illicite EncroChat

C.C.
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Un hacker devant son écran. (Illustration)
Un hacker devant son écran. (Illustration) — Isopix / SIPA

C’est une affaire qui avait fait du bruit à l’époque. En juin 2020, la police démantelait un trafic de stupéfiants grâce à la captation des données transitant par les serveurs français du système de téléphonie cryptée EncroChat, non déclaré aux autorités en dépit des obligations légales. Deux ans plus tard, le tribunal correctionnel de Bordeaux vient de condamner en première instance plusieurs personnes dans cette affaire. « Il s’agit à notre connaissance de la première décision de condamnation en France (non définitive car susceptible d’appel) de faits délictueux révélés par la captation des données du système de téléphonie illicite EncroChat », explique le parquet de Bordeaux dans un communiqué.


L’enquête confiée en avril 2020 par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Bordeaux à la section de recherches de la gendarmerie de Bordeaux avait révélé, grâce à la mise au clair des conversations écrites et des photographies transmises par Encrochat, un voyage d’importation de produits stupéfiants (étaient mentionnés de l’héroïne, de la MDMA, de la kétamine, du produit de coupe) depuis la frontière belge à destination de Bordeaux et de la Bretagne. En outre, les utilisateurs de la messagerie Encrochat relataient les multiples transactions de stupéfiants auxquelles ils se livraient pendant la période du premier confinement. Les principaux auteurs étaient interpellés le 16 juin 2020 et présentés à un juge d’instruction.

De 3 à 8 ans de prison

Lors des perquisitions, un véhicule pourvu d’une cache aménagée utilisé pour le voyage d’importation, 13.000 €, deux Rolex et un téléphone BQ pourvu de la messagerie Encrochat ont notamment été saisis. Au cours de l’instruction, les recours juridiques ont été écartés par la Cour d’appel et la Cour de cassation.

A l’audience correctionnelle du 24 mars 2022, l’auteur principal, en récidive légale et sous bracelet électronique au moment de la commission des faits, a été condamné à huit années d’emprisonnement et maintenu en détention. Ses principaux complices ont été condamnés à trois ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt à effet différé.