Affaire Tony Vairelles : « Je voulais juste récupérer mon petit frère », clame l’ex-footballeur à son procès

CORRECTIONNELLE L’ancien attaquant du RC Lens, « Tony Goal », est jugé à Nancy depuis lundi pour une fusillade survenue à l’entrée d’une boîte de nuit fin 2011

Thibaut Gagnepain
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Tony Vairelles ce mardi devant le tribunal correctionnel de Nancy.
Tony Vairelles ce mardi devant le tribunal correctionnel de Nancy. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • A 48 ans, l’ex-footballeur Tony Vairelles comparaît depuis lundi devant le tribunal correctionnel de Nancy pour violences en réunion, avec préméditation et avec arme.
  • Trois videurs des Quatre as, une boîte de nuit de l’agglomération nancéienne, avaient été blessés par balle en octobre 2011 après une bagarre impliquant l’ancien joueur et trois de ses frères. Cette affaire, qui s’était soldée par plusieurs mois de détention pour l’international de football, avait mis un terme définitif à sa carrière sportive.
  • Ce mardi, « Tony Goal » s’est défendu. « Je voulais juste récupérer mon petit frère » a assuré l’ancien buteur, qui prétend avec ses frères n’avoir pas tiré le moindre coup de feu.

A la cité judiciaire de Nancy,

Pull, jean et masque noir. Petite houppette. Pas de coupe mulet et de cheveux au vent comme pendant ses plus belles années sur les terrains. Depuis lundi à Nancy, Tony Vairelles joue la sobriété. Il faut dire que les stades qui l’acclamaient au tournant des années 2000 sont loin : l’ancien buteur est poursuivi pour « violences aggravées » avec trois de ses frères et risque jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Pour une affaire vieille de plus de dix ans.

Cette nuit du 22 au 23 octobre 2011 avait été violente à l’intérieur puis l’extérieur de la boîte de nuit « Le 4 As », à Essey-lès-Nancy. Ses deux benjamins, Giovan et Jimmy, expulsés sans ménagement de l’établissement par des videurs, l’ex-footballeur avait été appelé en renfort avec son cadet Fabrice. Résultat : de nombreux coups échangés, des barrières lancées mais aussi et surtout des tirs d’armes à feu. Trois des hommes qui tenaient l’entrée s’étaient ainsi retrouvés blessés par balle, dont l’un grièvement.

Par qui ? « On ne nie pas qu’ils ont été touchés mais on n’a pas tiré sur qui que ce soit », a assuré ce mardi l’aîné des Vairelles. « Aucun de vous n’a tiré ? », a alors relancé la présidente Dupont à l’encontre des trois autres derrière lui. Réponse en chœur de « Tony Goal » and co : « Non ! » L’homme aux 8 sélections en équipe de France n’a cessé de défendre les siens ce mardi. Avec une ligne directrice claire : ses frères ont été lynchés par les physionomistes après une altercation sur la piste puis il a été appelé à la rescousse.

La salle d'audience où comparaît Tony Vairelles.
La salle d'audience où comparaît Tony Vairelles. - T. Gagnepain / 20 Minutes

« Giovan m’a dit qu’il s’était fait agresser. Il était en panique. J’ai prévenu Fabrice […] Je voulais juste récupérer mon petit-frère », a clamé l’ancien buteur du RC Lens (1995-1999), avant de livrer sa version de cette fameuse nuit. « Je ne savais pas où était cette discothèque car je sors peu. Je lui ai donné rendez-vous sur le parking d’une jardinerie. Quand je suis arrivé, j’ai fait monter Giovan et Jimmy. Ils étaient bien arrangés, il y avait du sang partout. »

La suite ? Tony Vairelles a expliqué avoir envoyé son grand-frère au « 4 As » « par erreur ». « J’ai mal compris sa question. Je lui ai montré l’endroit et il y est parti en voiture. Je l’ai suivi. » Quelques instants plus tard, la fratrie arrivait en ordre dispersé sur le parking de la discothèque, où la situation a encore dégénéré. « J’ai rattrapé Fabrice et j’ai vu un videur venir et sortir une matraque téléscopique. J’ai dit « Ho, ça va pas » et c’est là qu’une autre personne derrière lui m’a aspergé de gaz lacrymogène. » Ses frères affirment tous aussi avoir été « gazés ». Avant de décrire une scène de grande confusion où ils ont « reçu des barrières et des coups » et… « entendu » des coups de feu.

Les nombreux dossiers de l'instruction de
Les nombreux dossiers de l'instruction de - T. Gagnepain / 20 Minutes

Cette version a notamment été mise a mal par une témoin. « J’ai vu une voiture arriver, un homme sortir et tirer […] J’ai vu l’homme qui a tiré. C’était un homme âgé, c’était le père Vairelles (Guy). Je sais que c’est lui car je connais un peu la famille », a relaté la présidente du tribunal. Sans que la famille Vairelles ne sursaute. « Ce n’est pas nous », lui a répondu l’aîné de la fratrie. La réaction a été la même quand la lecture de l’expertise balistique a révélé des traces et des résidus de poudre sur les vêtements de Giovan et Fabrice. Ceux de Tony, eux, n’avaient pas été analysés.

« On ne me les a jamais demandés », a encore justifié l’ancien joueur, tancé avec ses frères par le procureur de la République qui les soupçonne de « réécrire l’histoire ». Celle-ci, très confuse jusque-là, pourrait s’éclaircir un peu ce mercredi avec le nouveau passage à la barre des videurs. « Tony Goal » suivra tout ça assis sur un banc. Plus que jamais sur la touche.