Affaire Tony Vairelles : Dix ans après les faits, le procès de « Tony Goal » et de ses frères s’ouvre lundi à Nancy

RECIT Le 23 octobre 2011, l’ancien attaquant du RC Lens était interpellé avec trois de ses frères après une fusillade survenue à l’entrée d’une boîte de nuit d’Essey-lès-Nancy

Hélène Sergent
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L'ancien joueur de foot, Tony Vairelles, lors d'un match caritatif organisé à Bordeaux en mai 2019.
L'ancien joueur de foot, Tony Vairelles, lors d'un match caritatif organisé à Bordeaux en mai 2019. — U.Amez/SIPA
  • A 48 ans, l’ex-footballeur Tony Vairelles va comparaître devant le tribunal correctionnel de Nancy pendant une semaine pour violences en réunion, avec préméditation et avec arme.
  • Trois videurs des Quatre as, une boîte de nuit de l’agglomération nancéienne, avaient été blessés par balle en octobre 2011 après une bagarre impliquant l'ancien joueur et trois de ses frères.
  • Cette affaire, qui s’était soldée par plusieurs mois de détention pour l’international de football, avait mis un terme définitif à sa carrière sportive.

C’est un voyage dans le temps que s’apprête à effectuer le tribunal correctionnel de Nancy. Plus de dix ans après la fusillade survenue à l’entrée de la boîte de nuit Les Quatre as, dans l’agglomération nancéienne, le procès de l’ex-attaquant star du RC Lens, Tony Vairelles, doit s’ouvrir lundi. Un « soulagement » pour l’ancien footballeur impliqué dans cette rixe, qui entend pouvoir « s’expliquer enfin » après une interminable procédure.

Comme trois de ses frères – Fabrice, Giovan et Jimmy –, « Tony Goal » est poursuivi pour violences en réunion, avec préméditation et avec arme. Face à eux, quatre vigiles se sont constitués partie civile mais trois devront aussi répondre de « violences aggravées » à l’encontre des cadets Vairelles, Giovan et Jimmy.

Des coups, des tirs et trois blessés

Le 25 octobre 2011, c’est la sidération en Meurthe-et-Moselle. Tony, une figure locale, ex-gloire du club de Lens et sélectionné à huit reprises sous le maillot de l’équipe de France, est mis en examen pour « tentative d’assassinat ». Trois de ses frères, tous biberonnés au football sous l’impulsion du patriarche, Guy Vairelles, ont eux aussi été interpellés et placés en garde à vue. Les faits remontent à la nuit du 22 au 23 octobre. Après une fête de famille, Jimmy et Giovan prennent la route des Quatre as. Mais dans cette boîte de nuit de la banlieue de Nancy, la soirée tourne mal. Expulsés sans ménagement par les videurs de l’établissement, les deux frères appellent Tony et Fabrice, leurs aînés, à la rescousse.

A leur arrivée, peu après 3h du matin, une bagarre éclate entre les vigiles et la fratrie. Les coups pleuvent puis des tirs résonnent sur le parking. Le bilan est sérieux : trois des quatre videurs sont touchés, dont l’un grièvement. Rapidement envoyés sur place, les policiers de l’équipe de nuit de la BAC de Nancy notent la « confusion » qui règne parmi les clients de la boîte. Une balle et une ogive sont retrouvées au sol, et les traces récupérées sur les lieux – un pendentif et une basket appartenant aux frères de « Tony Goal » – orientent les enquêteurs vers la famille Vairelles.

Des versions contradictoires

Interpellés dès le lendemain de la fusillade, Tony et ses frères sont placés en détention provisoire. L’ex-joueur à la célèbre coupe mulet, qui nie catégoriquement être à l’origine des coups de feu, passera cinq mois derrière les barreaux. Au fil des mois, les investigations mettent en lumière les contradictions des uns et les omissions des autres. Selon les vigiles, les frères Vairelles les auraient attaqués à coups de batte de base-ball et de chaîne métallique avant de leur tirer dessus. Une version fermement démentie par Giovan, Jimmy, Fabrice et Tony qui présentent, eux aussi, des blessures significatives et des traces de coups. Des armes seront toutefois retrouvées au domicile du joueur lensois mais aucune ne correspond aux projectiles de calibre 22 long rifle, utilisés lors de la fusillade selon les experts balistiques mandatés lors de la procédure.

Pour les enquêteurs, les difficultés s’accumulent. Le dispositif de vidéosurveillance installé dans la boîte de nuit n’était pas activé le soir des faits. Et des témoins, présents à l’extérieur et à l’intérieur de l’établissement viennent fragiliser la version livrée par les videurs. Contacté par 20 Minutes, leur avocat n’a pas donné suite à nos sollicitations. En mars 2012, Tony Vairelles est libéré et placé sous contrôle judiciaire. Mais le dossier traîne et les années passent. En 2018, le contrôle judiciaire du footballeur est finalement levé. Deux ans plus tard, nouveau soulagement pour la famille : le juge d’instruction en charge du dossier requalifie les faits en « violences aggravées ». La fratrie échappe aux assises et sera jugée par un tribunal correctionnel.

Des souvenirs lointains

Marqué par sa détention, l’ancien footballeur va pouvoir « enfin s’expliquer », salue son avocate, Me Virginie Barbosa, qui représente les quatre frères poursuivis. « Evidemment, mes clients sont stressés par cette audience mais c’est surtout un soulagement pour eux. Ils attendent de pouvoir s’exprimer depuis dix ans et tous ont vu leur vie bouleversée par cette affaire », explique-t-elle à 20 Minutes.

Mais le procès s’annonce compliqué. « La longueur de la procédure complexifie forcément les choses. Faire citer des témoins qui sont en mesure de se rappeler précisément des faits qui se sont déroulés il y a si longtemps, c’est difficile », explique l’avocate. Pour dénouer le fil de cette soirée d’octobre 2011, cinq journées d’audience sont prévues devant le tribunal correctionnel de Nancy. A 48 ans, Tony Vairelles encourt jusqu’à dix ans de prison.