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TRIBUNAL« Un accident malheureux », la mort du maire anti dépôts sauvages jugée

Mort du maire de Signes : Au procès qui devait devenir « l’emblème des violences faites aux élus », le récit pas banal d’un tragique accident

TRIBUNALIl ne s’agit pas d’une « d’une agression délibérée », a conclu le procureur dans ses réquisitions. Le tribunal de Toulon jugeait ce vendredi le conducteur ayant mortellement percuté le maire de Signes, alors que celui-ci venait de s’interposer contre un dépôt sauvage. Récit
La mort de Jean-Mathieu Michel, le maire de Signes, avait suscité de nombreuses réactions
La mort de Jean-Mathieu Michel, le maire de Signes, avait suscité de nombreuses réactions - Alain ROBERT/SIPA / SIPA
Alexandre Vella

Alexandre Vella

L'essentiel

  • Ce vendredi, le tribunal correctionnel de Toulon jugeait L., 26 ans, accusé d’avoir mortellement percuté Jean-Mathieu Michel, le maire de Signes qui venait de s’interposer contre un dépôt sauvage.
  • Remontant à août 2019, cette affaire avait suscité l’émoi et de nombreuses réactions.
  • Le procureur a requis 3 ans de prison, dont un an ferme. Le jugement est attendu pour le 18 mars.

Le soleil tape fort en ce funeste lundi 5 août 2019 sur la commune de Signes, dans le Var. En milieu d’après-midi, L. un maçon de 23 ans, charge la camionnette d’entreprise des chutes des pierres de parement issues de la construction d’une piscine réalisée dans une villa du lotissement Bois Soleil. En route pour la déchetterie, L. décide que cette pinède bordant la route départementale ferait tout aussi bien l’affaire et, surtout, lui permettrait de gagner une heure sur sa journée. Il s’arrête et vide ses seaux, s’imaginant à l’abri des regards.

Mais Jean-Mathieu Michel, le maire de Signes, s’était donné rendez-vous sur cette parcelle avec trois de ses agents. L’élu de 76 ans, maire de sa commune depuis 1983, avait fait de la lutte contre les dépôts sauvages une priorité de longue date. Près de 140 points de déchargements illégaux de gravats, pneus, plâtre et autres avaient été recensés dernièrement dans ce massif. Surprenant le jeune maçon, il lui intime de ramasser ses déchets. L. s’exécute, puis manœuvre pour repartir. Un coup d’œil aux rétros extérieurs – ce sprinter Mercedes n’a pas de vitre arrière ni de radar de recul – fait apparaître trois personnes sur le côté. La quatrième, Jean-Mathieu Michel est en fait au téléphone, dans l’axe de la camionnette, en train d’appeler sa police municipale. Dans sa marche arrière, L. percute mortellement l’élu à une vitesse comprise entre 12 et 19 km/h, d’après le rapport d’expertise. Il poursuit sa route quelques minutes avant d’appeler les gendarmes.

« Il avait fait du combat contre les dépôts sauvages celui de sa vie et il est mort au combat »

Ce vendredi, c’est sous un ciel d’hiver couvert que L. monte les marches du tribunal de Toulon pour comparaître du chef d’homicide involontaire avec la circonstance aggravante d’avoir fait usage de stupéfiants. Journalistes et photographes sont présents en nombre, témoins de la résonance qu’avait eu ce tragique évènement. Emmanuel Macron avait adressé un message aux obsèques, Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, promis « toute la vérité ». La classe politique et les médias embrayant sur la montée de la violence contre les élus, sujet qui devait nourrir, dès septembre, les débats de la loi Engagement et Proximité, adoptée le 27 décembre 2019.

Une poussée de fièvre au cœur de l’été qu’a immédiatement rappelé la présidente du tribunal. « La mayonnaise avait été montée, on avait presque parlé de meurtre sur élu de la République », a-t-elle tancé. Et d’ajouter : « Si cela avait été volontaire, nous serions aux assises. Il s’agit d’un accident malheureux et tragique, mais d’un accident ». Dans son col roulé noir et son jean gris, avec ses cheveux mi-longs plaqués en arrière, L. bredouille et s’exprime très peu. Sa respiration est haletante, sa voix timide. « Vomissements et pleurs irrépressibles », avaient noté les gendarmes durant son audition.

Les avocats des parties civiles tentent d’appuyer sur sa consommation de cannabis. Dans un premier temps, le test salivaire pratiqué par les gendarmes s’avère négatif, ce qu’a contredit un prélèvement sanguin. « J’avais tiré quelques barres sur le joint d’un collègue [un ami en Provence] le samedi soir », s’explique le prévenu. L’expertise démontre un taux modéré, établissant une consommation passée de six à douze heures. Il dit avoir complètement arrêté depuis les faits, après lesquels il s’est vu prescrire un xanax par soir.

« Je veux convaincre votre tribunal que nous ne sommes pas dans l’aléa humain », a plaidé Jean-Claude Guidicelli pour la partie civile, évoquant un « procès sacrificiel », parlant de « Jeannot », le surnom du maire, qui « avait fait du combat contre les dépôts sauvages celui de sa vie et qui est mort au combat ». C’est « l’égoïsme du prévenu, qui ne voulait pas perdre de temps, qui a conduit à cette tragédie », a-t-il fait valoir dans une plaidoirie interrompue par la présidente. « Ça ne sera jamais suffisant pour la partie civile » dans un drame où les « témoins confirment le déroulé des faits tel que décrit par le prévenu ». Il est vrai que lors de cette audience, des faits, tristement racontés au début de cet article, il n’en a été que rapidement question. Mais pouvait-il en être autrement, finalement, dans une affaire se rapportant sur le fond à un mortel et néanmoins banal accident de la circulation, comme il en existe près de 900 par an ?

« Cette ambiance nous terrorisait »

Pascal Zecchini, avocat de la veuve du maire, a, lui aussi, tenté de replacer le débat sur le terrain de l’émotion et « d’une société où il n’est plus possible de faire la moindre remarque », appuyant « sans entrer dans les détails scabreux » sur « les traces de sang retrouvées sur le pneu ».

À l’heure des réquisitions, le procureur s’est d’abord incliné devant « le courage et le dévouement de cet élu qui a honoré sa fonction ». Puis a sobrement qualifié « un acte qui relève de la négligence, de l’imprudence et du manquement, pas d’une agression délibérée. Mais involontaire n’est pas exonératoire ». Et de demander 3 ans de prison, dont un an ferme ainsi que l’annulation du permis de conduire et l’interdiction de le repasser pour une durée de six mois.

« Nous étions un peu terrorisés à l’idée de ce procès », a débuté Alain Baduel, avocat de L. « Ce procès devait devenir l’emblème des violences faites aux élus. En septembre 2019, le gouvernement prenait des mesures en conséquence de cette affaire. On traitait mon client de meurtrier sur les réseaux sociaux, et d’assassin sur les plateaux télés. Cette ambiance nous terrorisait », livrait-il. Cette affaire est celle « d’un minot qui s’est doublement trompé ce 5 août », a-t-il conclu, plutôt rassuré par les réquisitions. Le jugement sera rendu le 18 mars prochain.

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