Rennes : Vingt-quatre passeurs irakiens jugés pour traite d’êtres humains vers la Grande-Bretagne

IMMIGRATION Les passeurs réclamaient entre 6.000 et 13.000 euros sterling à des migrants pour les aider à passer en Angleterre au départ de la Sarthe

Camille Allain
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D'importants mouvements avaient été détectés sur une aire de repos proche du Mans. Une trentaine de passeurs ont été identifiés.
D'importants mouvements avaient été détectés sur une aire de repos proche du Mans. Une trentaine de passeurs ont été identifiés. — C. Allain / 20 Minutes
  • Vingt-quatre personnes originaires d'Irak seront jugées à partir de jeudi devant le tribunal correctionnel de Rennes pour leur rôle dans un réseau de passeurs.
  • Plusieurs clandestins ont payé entre 6.000 et 13.000 euros pour tenter de passer en Grande-Bretagne dans des conditions indignes.
  • Organisé sur des aires d'autoroutes notamment dans la Sarthe, ce trafic d'êtres humains a généré de fortes tensions entre passeurs, débouchant sur un meurtre.

C’est un véritable réseau de passeurs qui a été démantelé. A partir de jeudi, 24 personnes originaires d’Irak seront jugées devant la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes pour une vaste affaire d’immigration clandestine démarrée dans la Sarthe. Tous originaires d’Irak, les prévenus sont poursuivis pour avoir joué un rôle dans ce qui s’apparente à une véritable traite d’êtres humains. A chaque migrant, les passeurs demandaient entre 6.000 et 13.000 euros pour les emmener vers les îles anglo-normandes situées au large de la Bretagne.

La longue enquête avait démarré à l’été 2018 par l’interpellation d’un homme qui chargeait des migrants dans un camion à destination de la Grande-Bretagne. C’est une surveillance nocturne menée par le groupement de gendarmerie de la Sarthe sur l’aire d’autoroute de Sarthe Sarge Le Mans qui avait permis cette interpellation, puis la condamnation à un an de prison prononcée en octobre 2018.

Des conditions « à l’évidence contraires à la dignité humaine »

Après plusieurs mois d’une enquête pilotée par la JIRS de Rennes, 30 personnes étaient identifiées comme appartenant à ce réseau de passeurs. Vingt-quatre d’entre elles avaient pu être interpellées, certaines dans des squats au Mans et d’autres dans la commune de Châtellerault (Vienne). Un mandat d’arrêt a été édité à l’encontre de six autres individus. Des conditions « à l’évidence contraires à la dignité humaine », précise le procureur de la République de Rennes Philippe Astruc. Les migrants étaient parfois transportés dans des camions frigorifiques et amenés « à 14, debout, à l’arrière des fourgons qui les amenaient sur les aires ». Chaque clandestin devait débourser environ 5.000 livres sterling, soit 5.000 euros, pour cette « formule ».



La seconde technique dite « premium » était facturée jusqu’à 13.000 euros. Les clandestins montaient cette fois dans des camions avec la complicité des chauffeurs. Des cachettes spécialement aménagées ont notamment été découvertes dans des poids lourds.

Le meurtre d’un chef d’équipe

Pour se protéger de la « concurrence », ce réseau organisé avait acquis des armes et des véhicules. « Très vite, les aires de repos devenaient l’enjeu de guerres de territoires entre groupes de passeurs, ce qui aboutissait à des règlements de compte très violents, allant jusqu’au meurtre du chef d’une équipe », précise le parquet de Rennes. Les mis en examen sont âgés de 22 à 53 ans ; ils sont tous de nationalité irakienne. Certains étaient jusque-là inconnus de la justice, d’autres ont déjà été condamnés pour le même type de faits ou pour des violences commises à l’occasion de règlements de comptes entre passeurs. Ils n’ont pas d’attaches en France.

Ils encourent une peine de dix ans d’emprisonnement, doublée en cas de récidive légale, outre de fortes peines d’amendes délictuelles, et des peines complémentaires comme l’interdiction à titre définitif du territoire français et la confiscation de leurs biens. L’audience démarre ce jeudi 10 mars et devrait s’achever le 25 mars.