Marseille : Le dentiste accusé de mutilations reconnaît péniblement avoir été « pris dans un engrenage » à son procès

PROCES Le Dr Lionel Guedj, dentiste millionaire accusé de mutilations, a reconnu du bout des lèvres avoir commis des erreurs en traitant les patients à un rythme effréné

Mathilde Ceilles
Lionel Guedj devant le tribunal, lors de l'ouverture du procès de ce dentiste à Marseille.
Lionel Guedj devant le tribunal, lors de l'ouverture du procès de ce dentiste à Marseille. — Nicolas TUCAT / AFP
  • Ce jeudi marquait la quatrième journée du procès du Dr Lionel Guedj, dentiste millionnaire des quartiers Nord de Marseille accusé de mutilations dentaires sur 322 patients constitués partie civile.
  • Depuis le début du procès, le dentiste est sur la défensive, agressif, sans remettre en cause ses méthodes qui consistaient à enchaîner les patients à un rythme effréné.
  • La fin de la journée a toutefois été marquée par un timide mea culpa.

C’est un tout début de mea culpa, qui a surgi à la toute fin d’une quatrième journée du procès aux airs de combat de boxe entre Lionel Guedj et le reste de la salle du tribunal correctionnel de Marseille. En réponse à la procureur de la République, le débit de la voix de l’ancien dentiste​, souvent rapide et nerveux jusqu’ici, se fait plus lent. « J’ai manqué de recul, c’est certain, reconnaît Lionel Guedj. On était pris dans un engrenage et un rythme de travail important. J’ai été aveuglé par certaines choses, et il y a eu un manque de lucidité de ma part. » Et d’ajouter : « Disons qu’on avait un tel nombre de patients dans le cabinet que oui, il y a eu des erreurs médicales qui ont été faites. »

Depuis l’ouverture du procès ce lundi, c’est la première fois que celui qui fut le dentiste le plus riche de France fait le lien entre son rythme de travail effréné, près de 70 patients par jour à raison d’un patient toutes les dix minutes, et les complications nombreuses de ces derniers, qui présentent kystes et autres abcès. Pas moins de 322 d’entre eux ont décidé de se constituer partie civile dans ce procès fleuve, pour lequel Lionel Guedj est accusé de mutilations dentaires entre 2006 et 2012.

Théorie du complot

Jusqu’ici, l’ancien dentiste des quartiers Nord, comme l’a rappelé la directrice d’enquête qui l’interrogeait à la barre, « niait en bloc » les faits qui lui étaient reprochés, s’enlisant dans une théorie du complot frôlant parfois l’absurde. Ainsi, lors de son audition devant les enquêteurs, comme l’a rappelé cette même gendarme, Lionel Guedj affirmait : « La gendarmerie a exercé des pressions sur les plaignants pour qu’ils déposent plainte. » Jamais aucune excuse envers les parties civiles. En lieu et place, depuis le début du procès, Lionel Guedj clame qu’il a été formé « par les meilleurs » et qu’ils avaient une majorité de patients « heureux ».

Face à cette attitude agressive, sur la défensive, voire arrogante, la présidente du tribunal Céline Ballerini décide de diffuser en ce jeudi matin des écoutes téléphoniques. Dans l’une d’entre elles, Lionel Guedj s’entretient avec un autre dentiste. Ce dernier est censé conseiller Lionel Guedj dans un contentieux devant le conseil de l'Ordre entre le dentiste des quartiers Nord et une patiente mécontente. Et pour cause, comme s’interroge ce conseiller : « Pourquoi vous avez couronné des dents qui me paraissent saines sur la radio ? »

Les premiers éléments de l’enquête pénale laisseront entendre que cette pratique, presque systématique chez le Dr Guedj, de poser des prothèses chez des patients, y compris venus consulter pour une simple carie, avait pour unique but le profit. « En haut, vous avez fait des bridges sur des dents saines, ajoute le conseiller. Il y a eu une surconsommation des soins. » Et de le prévenir : « L’expert qui va examiner votre dossier, il n’est pas commode ! »

« Est-ce qu’il y a un seul moment où vous allez réussir à vous remettre en question ? »

Invité à réagir, Lionel Guedj fait une sélection toute personnelle de cette écoute. « Il dit bien que l’expert n’est pas du tout commode. Un point favorable pour moi ! » La présidente du tribunal prend sa tête entre ses mains, puis s’agace. « Est-ce qu’il y a un seul moment où vous allez réussir à vous remettre en question ?, s’étonne Céline Ballérini. Vous gagneriez à réfléchir. Vous êtes en train de jouer votre vie devant ce tribunal. »

Une mise en garde réitérée avant de suspendre l’audience, ce jeudi soir, et conclure ainsi la première semaine de ce procès-fleuve, face un Lionel Guedj toujours plus acrimonieux quand on l’interroge sur ses pratiques, n’hésitant pas à couper la parole. « Si vous voulez être entendu, il faut que vous fassiez un effort sur vous-même, Monsieur, lui conseille Céline Ballerini. Vous n’écoutez pas quand on vous interroge. Vous êtes aussi nerveux que sur les écoutes téléphoniques. Et ça vous nuit, Monsieur. Réfléchissez. Vous passez mal. Je vous dis les choses. » Lionel Guedj acquiesce d’une petite voix, visiblement touché. Il encourt jusqu’à dix ans de prison.