Haine en ligne : Insultes, menaces, harcèlement... Un stage de citoyenneté pour sanctionner les auteurs

INFO « 20 MINUTES » Le parquet de Paris a signé une convention avec l'association ABC Insertion qui proposera, dès avril, des stages de deux jours aux auteurs de harcèlement sur Internet

Thibaut Chevillard
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Un jeune sur cinq est touché par le harcèlement en ligne (image d'illustration).
Un jeune sur cinq est touché par le harcèlement en ligne (image d'illustration). — Pexels/Pixabay
  • Le parquet de Paris, le tribunal judiciaire de Paris, la protection judiciaire de la jeunesse et le Service pénitentiaire d’insertion et de probation ont signé vendredi une convention avec l’association ABC Insertion.
  • Elle proposera, dès avril, des stages de deux jours aux auteurs de harcèlement, de menaces ou d’insultes sur Internet. Ces stages – payants pour les majeurs, gratuits pour les mineurs – pourront également être proposés comme alternative aux sanctions.
  • Appels au meurtre, violences verbales, menaces, insultes… Dépendant du parquet de Paris, le Pôle national de lutte contre la haine en ligne a, en un an, traité environ 500 dossiers.

Parmi les priorités de la nouvelle procureure de Paris, lutter contre la haine en ligne et le harcèlement sur les réseaux sociaux. Confrontée à des auteurs dont les profils sont très hétéroclites, la justice avait besoin d’élargir son éventail de sanctions. Désormais, les personnes identifiées lors d’une enquête du PNLH (Pôle national de lutte contre la haine) pourront être condamnées à suivre un stage de citoyenneté sur deux jours. Laure Beccuau a signé, ce vendredi, une convention avec l’association ABC Insertion qui sera chargée de leur mise en place à partir du mois d’avril. Ces stages – payants pour les majeurs, gratuits pour les mineurs – pourront également être proposés comme alternative aux sanctions. Une première en France.

« Ce stage doit avoir un aspect pédagogique », explique la magistrate à 20 Minutes. « Les réseaux sociaux favorisent les phénomènes de groupe, le harcèlement, les injures et un certain sentiment d’impunité. Les profils des auteurs sont très diversifiés, mais il faut savoir les faire tous réfléchir à l’usage des réseaux sociaux et aux conséquences du harcèlement. C’est ça l’idée de ce stage. » L’idée, poursuit la procureure, est aussi de rappeler que « ce qui est interdit sur la voie publique doit l’être tout autant sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux ». « Quand on est harcelé en ligne, ce n’est pas virtuel, c’est une vie qui change. Il faut faire prendre conscience aux auteurs qu’il y a des personnes qui voient leur vie complètement déconstruite. »

Sentiment d’impunité

Concrètement, le stage se déroulera sur deux jours, probablement à la mairie du 20e arrondissement de Paris. Chaque groupe sera composé d’une douzaine de personnes. « Dans un premier temps, il faut rappeler la loi, bien entendu. Mais il faut également stimuler l’empathie de ces personnes à l’égard des victimes, leur montrer les dégâts provoqués au-delà de l’écran », indique de son côté Céline Alhéritier, la directrice d’ABC insertion, une association qui a déjà organisé près de 600 stages de citoyenneté. « Il faut leur faire comprendre que si la haine en ligne était transposée dans la vraie vie, elle ne serait pas acceptée », souligne-t-elle. Enfin, les participants devront « réfléchir à ce qui les pousse à se lâcher, à avoir ce sentiment d’impunité derrière leur écran ».

Appels au meurtre, violences verbales, menaces, insultes… Les affaires traitées par le PNLH, qui a été mis en place au sein du parquet de Paris en janvier 2021 et qui est compétent pour toute la France, sont de plus en plus nombreuses. Les magistrats qui y sont affectés ont, en un an, traité près de 500 dossiers, dont certains très médiatiques, comme l'affaire Mila. Parmi les dossiers encore sur leurs bureaux, ceux concernant les menaces reçues par des élus ou les parlementaires qui sont visés par des « antivax ».

Habités par un sentiment d’impunité derrière leurs écrans, les cyberharceleurs ou auteurs de propos haineux ou racistes n’ont souvent pas conscience qu’ils peuvent se retrouver devant à un tribunal. Pourtant, au tribunal judiciaire de Paris, dont trois chambres sont dédiées à ce phénomène, cinq audiences sont d’ores et déjà programmées cette année.

« La haine en ligne n’est pas virtuelle »

« Les injures, les menaces, sont une réalité qui perturbent, bouleversent et peuvent détruire des victimes », rappelle Stéphane Noël, le président du tribunal judiciaire de Paris.

Ce stage, dit-il, « doit amener à une réflexion : celle de dire que la liberté est synonyme de responsabilité. La haine en ligne n’est pas virtuelle, elle est réelle car elle est ressentie très douloureusement par les victimes. Au-delà des poursuites, des audiences, des sanctions, il y a un fort enjeu pédagogique ».