Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : La dérobade de quatre agents du renseignement

PROCES Les parties civiles avaient fait citer cinq agents du renseignement parisien qui avaient infiltré la chaîne Telegram d’Adel Kermiche, l’un des deux assaillants

Caroline Politi
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Le père Jacques Hamel a été assassiné le 26 juillet 2016 alors qu'il terminait de célébrer une messe à Saint-Etienne-du-Rouvray
Le père Jacques Hamel a été assassiné le 26 juillet 2016 alors qu'il terminait de célébrer une messe à Saint-Etienne-du-Rouvray — François Mori/Sipa
  • Ce lundi, à l’ouverture du procès de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, parmi les cinq agents du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) cités à témoigner, quatre ont produit des certificats médicaux dans lesquels ils sont déclarés « pas aptes psychologiquement à être entendus ».
  • « Une dérobade », selon Francis Szpiner, qui défend des proches du père Hamel qui risque d’alimenter « un sentiment de suspicion ».
  • La directrice du service, décrivant ses agents comme étant « brisés psychologiquement » tant par cette citation qu’ils vivent comme une « mise en cause de leur probité » que par l’attentat à la préfecture de police qui s’est justement déroulé dans ce service, a proposé de les remplacer à la barre.

A la cour d’assises spécialement composée, à Paris,

D’ordinaire c’est une simple formalité. Mais ce lundi, à l’ouverture du procès de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, le traditionnel appel des témoins a pris une tournure bien plus polémique que d’ordinaire. Parmi les cinq agents du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) cités à témoigner, quatre ont produit des certificats médicaux dans lesquels ils sont déclarés « pas aptes psychologiquement à être entendus lors du procès ». Dans ces documents, que 20 Minutes a pu consulter, les mots employés sont strictement les mêmes et ce bien qu’ils soient signés par des praticiens différents.

La citation de ces agents, par un avocat des parties civiles, font suite aux révélations, début 2018 de Mediapart et du Canard Enchaîné selon lesquelles les enquêteurs de ce service de renseignement auraient infiltré cinq jours avant   l’assassinat du père Hamel la chaîne Telegram d’Adel Kermiche, l’un des deux assaillants. Une chaîne sur laquelle ce jeune radicalisé de 19 ans, déjà bien connu des services de renseignement pour avoir tenté à deux reprises de rallier la Syrie,  ne cache pas ses velléités de passage à l’acte. « Coupez leurs têtes afin que le cœur des croisés tremble », écrit-il par exemple le 22 juillet. Mais si une note est bien rédigée, l’information n’aurait pas été transmise à la DGSI, et ce, alors même que la préfecture de police de Paris n’est pas compétente sur la région rouennaise. Selon Mediapart, cette note aurait par la suite été postdatée pour masquer cette inaction.

« Il ne s’agit pas de faire le procès des policiers »

« Nous voulons comprendre » si l’attentat aurait pu être évité, a martelé à l’audience Me Méhana Mouhou qui défend Guy Coponet, grièvement blessé lors de l’attaque. « Une dérobade », selon Francis Szpiner, défenseur des proches du père Hamel, qui risque d’alimenter « un sentiment de suspicion ». Et le ténor d’insister : « Il ne s’agit pas de faire le procès des policiers » mais de faire toute la lumière sur les circonstances de cette attaque terroriste. Un sentiment que partagent les avocats de la défense. Seul le ministère public ne voit pas de difficulté à passer outre ces témoignages.

Dans une longue lettre envoyée à la cour d’assises, la directrice de la DRPP, décrivant ses agents comme étant « brisés psychologiquement » tant par cette citation qu’ils vivent comme une « mise en cause de leur probité » que par l’attentat à la préfecture de police qui s’est justement déroulé dans ce service, a proposé de les remplacer à la barre. « On ne témoigne pas par procuration », s’est emporté Christian Saint-Palais, l’avocat des sœurs du père Hamel. D’autant, rappelle-t-il, que cette dernière n’était pas à la tête du service au moment de l’attentat. Et d’insister : « S’il y a bien un endroit où l’on peut comprendre le traumatisme d’un attentat, c’est bien ici. »

Le président, Franck Zientara, devrait indiquer dans les jours à venir si la cour d'assise passe outre ou non ces témoignages. Elle peut également demander de nouvelles expertises médicales.