Affaire Maëlys : « Si j’avais eu une réponse, la petite serait encore là »… Ce SMS qui « aurait tout changé », selon Nordahl Lelandais

PROCES Jugé pour le meurtre de Maëlys, Nordahl Lelandais a assuré que le drame aurait pu être évité si sa compagne de l’époque avait daigné répondre à l’un de ses messages

Caroline Girardon
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Nordahl Lelandais a estimé que si sa compagne avait répondu à l'un de ses textos, le soir du drame, la petite Maëlys "serait encore là"
Nordahl Lelandais a estimé que si sa compagne avait répondu à l'un de ses textos, le soir du drame, la petite Maëlys "serait encore là" — J.P Ksiazek / AFP
  • Au cinquième jour de son procès devant la cour d’assises de l’Isère, Nordahl Lelandais est brièvement revenu sur le meurtre de Maëlys dont il est accusé.
  • Le drame aurait pu, selon lui, être évité si sa compagne, qui dormait, avait répondu à l’un de ses messages.
  • « Cela aurait tout changé, la petite serait encore là », a-t-il lâché.

A la cour d’assises de l’Isère

« Il pouvait être menteur, manipulateur… » Une fois encore, Anouchka en a eu la preuve. Vendredi, la jeune femme est venue à Grenoble témoigner de ses amours passées avec Nordahl Lelandais, jugé pour le meurtre  de Maëlys. Une épreuve. L’accusé n’a pas manqué de lui certifier que la vie de l’enfant ne tenait… finalement qu’à elle. Une manière peu élégante de se dédouaner de sa propre responsabilité. Avec un aplomb déconcertant, Lelandais a préféré rejeter la faute sur elle. Elle qui n’était pas présente le soir du drame, et qui ne savait même pas que son Jules était à la noce.

Tous deux entretenaient une relation toxique depuis le mois de décembre 2016. La nuit du mariage, l’accusé lui envoie un texto à 1h38. Une simple question : « Tu dors ? » Pas de réponse.

« La petite serait encore là »

« Cela aurait tout changé », estime Nordahl Lelandais. De quoi faire bondir la présidente de la cour. « Si votre compagne vous avait répondu ce soir-là, il se serait passé quoi ? », demande Valérie Blain. « Je serais parti du mariage, la petite serait encore là ». Silence glacial dans la salle d’audience. « Cela dépend d’une réponse à un SMS ou de vous ? », relance la magistrate. « Je serais allé dormir chez elle, je serai parti du mariage », répond-il.

Les mains fourrées dans les poches de son blouson, l’intéressée se tourne vers le box des accusés. « Je me sens trahie, utilisée », lâche-t-elle. « Vous n’avez aucune raison de culpabiliser par rapport à ce qu’il s’est passé. Soyez-en certaine », la rassure Fabien Rajon, avocat de la mère de Maëlys. Seulement, le mal est fait. La jeune femme essuie discrètement ses yeux avec un mouchoir.

« Je suis accusé d’un truc de fou »

Ce n’est pas la première fois que Nordahl Lelandais la tient pour responsable. En témoigne cette conversation téléphonique d’octobre 2017 au contenu édifiant, diffusée durant l’audience. L’accusé, incarcéré depuis un mois, persiste à clamer son innocence auprès de son amante. « Cela me rend fou leurs histoires. Mon cœur, tu n’as pas à douter de moi. C’est aberrant, c’est un truc de malade. Je suis accusé d’un truc de fou. Tu imagines dans quel état est mon cerveau ? Il faut que les enquêteurs avancent, qu’ils trouvent la petite. » Et d’enchaîner : « Pourquoi tu n’as pas répondu à mon message ? Cela aurait tout changé (…). Là, je suis enfermé dans un cagibi, je ne vois personne. »

Anouchka apprendra la vérité quelques mois plus tard, lorsque Nordahl Lelandais finira par passer aux aveux. Contactée une nouvelle fois par téléphone, la coiffeuse est distante. Mais déterminée à comprendre. Au fil de cette ultime conversation téléphonique, diffusée à la demande de l’avocat général, l’ancien militaire se braque. Le ton devient agressif. « Je n’ai pas envie de parler de ça (…). En fait, tu veux juste que je te réponde. Tu t’en bats les c…. de moi ! », lâche-t-il d’un ton méprisant avant de se murer dans le silence.

Consternation dans le prétoire. « Il y a, dans cette conversation, des éléments intéressants permettant de mieux cerner la personnalité de l’accusé… », souffle Jacques Dallest, l’avocat général. Dans les têtes, résonne cette phrase d'une ancienne professeur de français amenée à décrire l'élève Lelandais : « Il aimait arriver à ses fins par n'importe quel moyen. Il était sournois, faisait preuve de beaucoup de stratégie. Il avait déjà un fort aplomb. »

L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le 18 février.

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