Féminicide à Saint-Ouen : L'ex-compagnon de l'étudiante en médecine condamné à 20 ans de réclusion

MEURTRE Audrey Coignard, étudiante de 27 ans, a été tuée de 20 coups de couteau dans son appartement par son ancien concubin

20 Minutes avec AFP
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(Illustration) Manifestation contre les violences faites aux femmes à Lyon?
(Illustration) Manifestation contre les violences faites aux femmes à Lyon? — KONRAD K./SIPA

Elle avait 27 ans et le cœur sur la main. La cour d’assises de Seine-Saint-Denis a condamné ce vendredi à 20 ans de réclusion criminelle l’ex-compagnon d’Audrey Coignard, une étudiante en médecine, pour l’avoir tuée de vingt coups de couteau à  Saint-Ouen​ en 2019.

Après trois heures de délibération, la cour a reconnu Rifat Abbas, Soudanais aujourd’hui âgé de 34 ans, coupable du meurtre de la jeune femme en septembre 2019, avec la circonstance aggravante d’avoir été son concubin. L’avocat général avait requis 30 ans de prison ce vendredi matin. « Monsieur Abbas ne l’a pas tuée parce qu’il l’aimait. Il l’a tuée parce qu’il perdait sa situation », avait affirmé ce magistrat, Bertrand Macle.

« Elle apportait du bien »

Très investie dans l’aide aux migrants, c’est par ce biais que l’interne de l’hôpital Jean-Verdier à Bondy originaire de Normandie avait rencontré l’accusé. Le couple avait entretenu une relation à laquelle elle avait mis un terme quelques mois avant le drame. Elle continuait d’héberger son ex-compagnon, en situation irrégulière, mais lui avait demandé de lui rendre les clés le soir de sa mort.

« L’aide qu’elle apportait (aux migrants) se transformait en amitié et on la respectait pour ça », a témoigné l’un des migrants à qui elle était venue en aide et désormais proche de la famille. « Elle apportait du bien aux autres donc elle ne voyait pas pourquoi on lui ferait du mal », a rapporté mercredi à la barre la mère de la victime, partie civile aux côtés d’autres membres de la famille. Tout au long du procès, des portraits d’Audrey Coignard faisaient face à la cour.

« Forte, sensible, douce, protectrice »

« Très fier » de sa fille, le père, ancien agriculteur, a loué sa « force physique et mentale » et son caractère « passionné ». C’était « une femme qui avait confiance en l’humain et ne voulait pas se laisser aller à la peur de l’inconnu », a résumé sa sœur aînée et confidente, enceinte au moment des faits, qui confie avoir « été incapable » depuis la mort de sa sœur de retourner à son travail.

« Forte, sensible, douce, protectrice », « avec un sens de l’amitié incroyable » et « pleinement épanouie » dans son travail : c’est le portrait qu’a dressé à la barre une amie proche de la victime l’ayant vu deux jours avant sa mort.

Reconstruire les derniers moments de la jeune femme étudiante en médecine et comprendre ce qui a poussé l’accusé à passer à l’acte ont été au cœur du procès.

Un accusé prostré

Rifat Abbas, à la personnalité « immature » selon les différentes parties, a conservé une attitude prostrée pendant les quatre jours d’audience. « Qu’elle ait été un ange ne fait pas de lui le diable », a défendu son avocate Me Chloé Arnoux. Dans sa plaidoirie, elle avait appelé la cour à juger son client à l’aune de sa vie « misérable » et des traumatismes subis lors de son parcours migratoire chaotique passé par la Libye où il a été torturé.

Affirmant avoir peu de souvenirs des faits, Rifat Abbas avait reconnu lors de son interrogatoire jeudi avoir « poignardé » la victime, « pour la faire taire ». « J’avais peur que les voisins entendent et que la police vienne », a-t-il dit.

Il n’a pas donné d’explications supplémentaires à son geste meurtrier, s’excusant à plusieurs reprises auprès de la famille. Le procès a « libéré d’un poids » la famille, a déclaré ému le père d’Audrey Coignard : même si « ce n’est peut-être pas assez, on va de l’avant ».