Le Mans : Sursis requis à l'encontre de militants animalistes pour des dégradations sur des élevages

CAUSE ANIMALE Des militants animalistes répondaient de dégradations mineures dans des élevages

20 Minutes avec AFP
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Les militants animalistes ont organisé un happening devant le tribunal.
Les militants animalistes ont organisé un happening devant le tribunal. — PATRICK SICCOLI PATRICK/SIPA

L’opinion contre les actes. Vendredi, au tribunal correctionnel du Mans, c’est ce duel qui se jouait autour du premier « procès Demeter », comme l’appelle Vincent Aubry, 34 ans, fondateur et porte-parole du collectif Animal1st, poursuivi pour 18 faits. Une référence à la  cellule Demeter, créée fin 2019 au sein de la gendarmerie nationale, destinée notamment à prévenir « des actions de nature idéologique » visant les agriculteurs. A l’intérieur du  tribunal, neuf militants  animalistes étaient jugés en correctionnelle pour des tags et des dégradations mineures dans des élevages.

« Vous n’êtes pas ici pour défendre une cause quelconque mais pour répondre de faits. Ce n’est pas une tribune », les avait mis en garde la présidente dès l’ouverture du procès. « Ce n’est pas seulement la manifestation d’une opinion, ce sont des actions menées dans une stratégie de déstabilisation de leurs victimes, de véritables agressions sur le plan intellectuel », a estimé le procureur Maxime Leconte, dans son réquisitoire. Il a requis des peines allant de 2 mois de prison avec sursis à 12 mois de prison avec sursis contre huit des prévenus et une peine de 1.000 euros d’amende pour la prévenue la moins impliquée.

« Pas un vol, une libération » pour sept agneaux

Ces actions de militantisme ont été menées en 2020-2021 dans plusieurs départements de l’ouest de la France. Il s’agit essentiellement de tags sur des bâtiments d'élevage (« Le virus, c’est le spécisme », « l’élevage nourrit les pandémies », etc.) et de dégradations souvent mineures. Un collage d’affiches (« Sauvez des vies, abolissez l’élevage ») sur un viaduc en Mayenne leur est également reproché alors que cette action n’a donné lieu à aucune plainte. Des prévenus sont aussi poursuivis pour la destruction de miradors de chasse et le vol de sept agneaux dans une exploitation agricole de l’Eure en avril 2021.

« C’était pas un vol, c’était une libération », rectifie Fabien C., 37 ans, employé de bibliothèque. Les prévenus sont enfin poursuivis pour « association de malfaiteurs », un délit pour lequel ils encourent cinq ans de prison. Cette infraction, généralement réservée à des faits plus graves, est « un outil politique au service de la répression », a dénoncé le collectif Animal1st dans un communiqué diffusé avant l’audience.

Des tags « d’une violence inouïe »

« Peu importe si j’ai participé. Les personnes qui ont fait ça, c’est de la légitime défense », a ainsi lancé Alizée Denis, 28 ans, animatrice pour enfants, poursuivie pour 16 faits. « On est du côté de la vraie justice. Vous, c’est la justice spéciste. On ne veut pas faire votre enquête », a ajouté la militante, qui a plusieurs fois comparé l’élevage à l’Holocauste et les éleveurs à des criminels. Se disant « résistant de la justice animaliste » qui « lutte au quotidien contre l’oppression banalisée », Vincent Aubry a lui dénoncé le « zèle politique » qui « entoure toute cette affaire ».

De fait, la présidente de la FNSEA, syndicat majoritaire du monde agricole, est venue apporter son soutien aux éleveurs. « Les actes de ces militants sont d’une violence inouïe et démontrent une profonde méconnaissance de ce qu’est l’élevage français », a-t-elle commenté sur Twitter, à propos des tags et collages d’affiches qui font l’objet du procès.

Une quarantaine d’agriculteurs, syndicats agricoles et sociétés diverses se sont portés parties civiles dans ce procès. « Il y avait marqué "assassin" sur les murs de mon exploitation. Pour nous, c’est impossible à comprendre », a témoigné Christophe Guicheux, éleveur qui s’est fait voler ses agneaux. Le tribunal rendra son jugement le 31 mars.