Ultradroite : Jugé pour terrorisme, l’ex-militaire Aurélien Chapeau condamné à neuf ans de prison

PROCES Il a été reconnu coupable de « préparation individuelle à la commission d’un acte de terrorisme » visant la communauté juive de Limoges

20 Minutes avec AFP
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Le tribunal judiciaire de Paris
Le tribunal judiciaire de Paris — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné vendredi à neuf ans de prison Aurélien Chapeau, un ex-militaire adepte du néonazisme et des armes, pour « préparation individuelle à la commission d’un acte de  terrorisme ». Aurélien Chapeau, 38 ans, était-il un « loup solitaire »  d'ultradroite s’apprêtant à commettre une « tuerie de masse » comme l’a martelé l’accusation ? Ou un troll d’Internet, comme il en existe « des dizaines et des centaines et qui heureusement ne passent pas tous les jours à l’action », dépeint par sa défense ?

« Le tribunal ne lit pas les augures », a évacué le président de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris en rendant son jugement. « Nous ne sommes pas là pour savoir si oui ou non vous seriez passé à l’acte sans l’intervention des services de police », a-t-il ajouté, assurant avoir constaté « la multiplicité des actes préparatoires » et à « très haut niveau d’intensité » de l’ex-militaire radicalisé.

Sous le pseudo « Ayatjouz » (« I hate Jews », je hais les juifs), cet ancien cuistot de l’armée reconverti en agent de sécurité fréquentait depuis 2010 des forums de l’ultradroite. Aurélien Chapeau avait déjà eu maille à partir avec la justice. En mai 2019, il avait été condamné à quatre mois de prison ferme pour des menaces à l’encontre de membres de l’association SOS Racisme.

Interpellation en mai 2020

Malgré cette première condamnation, derrière son écran, il s’était progressivement mis, à partir de 2019, à multiplier les messages de plus en plus menaçants. Pour le ministère public, tout était réuni pour qualifier le projet de « terroriste », à savoir : l’idéologie, la détention d’armes, et surtout le repérage de cibles.

Lorsqu’ils l’ont interpellé le 26 mai 2020 à son domicile à Limoges, après un signalement des cyber-patrouilleurs du renseignement intérieur, les enquêteurs ont mis la main sur des explosifs artisanaux, mais surtout sur trois armes à feu, dont un fusil mitrailleur, et des centaines de munitions correspondantes.

Selon les éléments de l’enquête, Aurélien Chapeau avait effectué sur Internet des recherches concernant des lieux fréquentés par la communauté juive à Limoges, mais aussi à Strasbourg et dans la région parisienne et publié sur des forums des captures d’écran de certaines adresses. Le potentiel « loup solitaire » avait bien tenté de prendre contact avec des groupes d’ultradroite constitués, notamment le groupuscule néonazi américain « Atomwaffen Division ». Ces tentatives n’avaient pas abouti.

Obsédé par les juifs et le « grand remplacement »

Pendant trois jours, le tribunal a dressé le profil d’un homme très isolé, peu éduqué, en échec professionnel et personnel et à la masculinité fragile. Se disant « intoxiqué », via son écran, aux idées les plus violentes de l’ultradroite, l’agent de sécurité était autant obsédé par les juifs que par la crainte d’un « grand remplacement » racial en Occident.
Auprès de sa communauté, il se présentait en adorateur de Brenton Tarrant, l’Australien suprémaciste blanc accusé d’avoir tué 51 personnes dans deux mosquées de Nouvelle-Zélande en mars 2019.

Un modèle qu’il voulait suivre, comme il le disait sur Internet ? « J’ai pas acheté ces armes pour tuer qui que ce soit, je le jure devant Dieu, je mérite d’être puni pour la propagande que j’ai diffusée mais il n’y a jamais eu de projet d’attentat, », a assuré l’homme aux cheveux blonds ras et à la posture raide. « Oui, il n’y a rien de concret, vous n’êtes pas sorti avec votre arme pour tirer sur les gens. Mais on est au stade du projet, on intervient en amont », avait soutenu le procureur qui avait comparé l’idéologie d’Aurélien Chapeau à celle d’un « jihad blanc ».

Cette condamnation intervient alors que la mouvance de l’ultradroite qui prolifère sur le Net comme dans la rue au carrefour de la crise sanitaire et de l’élection présidentielle inquiète de plus en plus en France les autorités, qui cherchent des moyens de riposter.