Le Mans : « Spécisme, virus mortel »... Neuf activistes jugés pour des dégradations chez des éleveurs

AGRICULTURE Ces militants sont jugés ce vendredi au Mans à la suite de plusieurs intrusions et tags chez des agriculteurs

Julie Urbach
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Un tag antispéciste en Loire-Atlantique
Un tag antispéciste en Loire-Atlantique — Animal1st
  • Ce vendredi, neuf militants de la cause animale, âgés de 21 à 41 ans, seront jugés pour une dizaine de faits de diffamation, dégradations ou destructions de biens.
  • «Une expérience traumatisante, très violente sur le plan psychologique», explique l'un des agriculteurs victimes.

« Sauvez des vies, abolissez les élevages », « Lavez vos mains tâchées de sang », «  Spécisme, virus mortel »... Voilà le type de messages que plusieurs éleveurs de l'Ouest de la France ont retrouvé tagués sur des murs de leurs exploitations ces derniers mois. Ce vendredi, neuf militants de la cause animale, âgés de 21 à 41 ans, seront jugés devant le tribunal du Mans pour une dizaine de faits de diffamation, dégradations ou destructions de biens, commis ces deux dernières années.  Ces antispécistes, trois femmes et six hommes, sont aussi accusés de « participation à une association de malfaiteurs ».

L’audience, qui doit durer toute la journée, reviendra sur ces diverses intrusions, qui se sont déroulées principalement de nuit. Le 31 décembre 2019, plusieurs des prévenus avaient par exemple visé l’exploitation d’Etienne Fourmont, un éleveur de vaches laitières sarthois mais aussi  star de Youtube. « Ils sont entrés chez moi alors que je faisais la fête en famille, se rappelle l’agriculteur. Je m’en suis aperçu le lendemain en découvrant ce tag : 2020 abolition. C’est une expérience traumatisante, très violente sur le plan psychologique. J’avais déjà été confronté aux menaces sur les réseaux sociaux, mais là on franchit une étape. Il faut que ça cesse avant que ça ne dégénère. »

Après cette nuit-là, la petite bande aurait multiplié les opérations de ce type. Héric, Casson... Les signalements se sont faits plus nombreux, relayés par la FNSEA qui demande alors davantage de protection. En avril 2021, sept agneaux sont carrément volés dans un élevage de l’Eure. Sur une vidéo filmée par les activités eux-mêmes, on voit des individus vêtus de noir s’emparer des animaux et les embarquer dans le coffre d’une voiture. L’agriculteur victime se trouvera sur le banc des parties civiles, ce vendredi, aux côtés notamment de la FNSEA et de certaines de ses antennes locales.

« La justice cherche à criminaliser les animalistes »

Du côté des prévenus, on dénonce un « procès politique ». Vincent Aubry, qui rapporte avoir agi en tant que « lançeur d’alerte » pour « sauver des vies », estime que « la justice cherche à criminaliser les animalistes ». « Depuis fin 2019 et l’annonce de la création de la cellule Demeter, il était clair que les animalistes deviendraient une cible prioritaire du gouvernement et donc de la répression », indique le fondateur du collectif Animal1st, faisant référence à cette cellule de gendarmerie mise en place en 2020, après une hausse des atteintes au monde agricole.

Dans un mail transmis à la presse, une autre prévenue, Alizée D., dénonce elle aussi . Celle qui se présente comme « l’avocate de milliards d’animaux sans avocat » rapporte avoir déjà été condamnée à du sursis en 2019 « pour avoir libéré des dindes, cochons et poules ». Cette fois, des peines de prison fermes pourraient être prononcées, alors que plusieurs prévenus sont sous le coup d’un sursis.

Une manifestation de soutien aux activistes doit se dérouler devant le tribunal, dès 8 heures. La FNSEA annonce de son côté la venue de sa présidente, Christiane Lambert.