Ultradroite : Trois groupuscules dissous par le gouvernement en moins d’un an

VIOLENCE Les groupuscules les Zouaves Paris, Génération identitaire et l’Alvarium, accusés d’opérations violentes ou d’inciter à la haine, ont tous trois récemment été dissous

20 Minutes avec AFP
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Le groupe des Zouaves Paris était à Villepinte au meeting d'Eric Zemmour, le 5 décembre.
Le groupe des Zouaves Paris était à Villepinte au meeting d'Eric Zemmour, le 5 décembre. — MUNSCH FREDERIC/SIPA

Accusés d’opérations violentes ou d’inciter à la haine et à la violence, trois groupuscules d’ultradroite aux modes d’action différents ont été dissous en moins d’un an par le gouvernement : les Zouaves Paris,  Génération identitaire et l’Alvarium.

Les « hooligans » des Zouaves Paris

Les Zouaves Paris (ZVP) sont revenus dans la lumière début décembre. Ils sont soupçonnés d’avoir participé aux violences qui ont visé des militants antiracistes lors d’un meeting du candidat d’extrême droite à la présidentielle  Eric Zemmour en décembre à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Dans la foulée,  le gouvernement a annoncé le 5 janvier la dissolution de ce groupe informel apparu en 2017 et qui rassemble une vingtaine de membres. Il est accusé d’être « à l’origine de nombreux (…) agissements violents », de « propager un discours ouvertement raciste » et de diffuser « régulièrement des images reprenant les symboles de l’idéologie nazie ».

Celui qui est soupçonné d’être le chef du groupe, Marc de Cacqueray-Valmenier, a été mis en examen – avec une autre personne – pour violences volontaires après les incidents de Villepinte. Le militant de 23 ans a aussi été incarcéré le 20 janvier pour ne pas avoir respecté son contrôle judiciaire en participant cinq jours plus tôt à une manifestation parisienne contre le pass vaccinal au cours de laquelle deux journalistes de l’AFP ont été agressés. C’est donc du box des prévenus qu’il a appris vendredi sa condamnation à un an de prison ferme pour l’attaque d’un bar parisien de la mouvance antifasciste en juin 2020.

Cette opération avait été revendiquée par les Zouaves Paris, qui se rassemblent pour « un moment, une action » violente à la façon des hooligans, explique le chercheur Nicolas Lebourg. S’ils n’étaient pas constitués en association, ils représentaient un « groupement de fait » de militants identitaires et néofascistes « déjà engagés auparavant au sein du GUD ou du Bastion social [tous deux dissous] », ajoute la chercheuse Marion Jacquet-Vaillant. Ils se glorifient de leurs actions violentes, notamment contre les « antifas », sur la boucle Telegram « Ouest Casual ».

Génération identitaire et le « happening »

A la différence des Zouaves Paris, Génération identitaire (GI) était une association loi 1901 jusqu’à sa dissolution le 3 mars 2021​. Créée en 2012, GI est accusée d'« incitation à la discrimination, à la haine et à la violence » et d’avoir la « volonté d’agir en tant que milice privée », notamment depuis une opération contre les migrants dans les Pyrénées conduite en février 2021. Ces activistes, identifiés par leur doudoune bleue, avaient déjà défrayé la chronique au printemps 2018 en menant des patrouilles antimigrants dans les Alpes ou en occupant des bâtiments, dont la mosquée de Poitiers (Vienne) en 2012.

Leurs opérations « de happening » et « d’agit-prop » étaient relayées par des vidéos léchées et diffusées à un large public, afin « d’attirer l’attention des médias sur des problèmes de notre société pour ensuite avoir des répercussions politiques », selon leur dernière porte-parole, Thaïs d’Escufon. A la différence des Zouaves Paris, Génération identitaire, dont le nombre de militants et sympathisants était estimé à 800 tout au plus, ne promeut pas la violence physique comme mode d’action.

Initialement constitué comme la branche jeunesse des Identitaires, GI défend avec cette mouvance de l’ultradroite une vision ethnique et culturelle de l’Europe blanche et chrétienne, dans laquelle l’islam n’a, selon elle, pas sa place. Le groupuscule prône ainsi la « remigration », le retour de tous les immigrés dans leur pays d’origine. Damien Rieu, leur ancien porte-parole et ex-militant du Rassemblement national, a rejoint Eric Zemmour.

L’Alvarium et son local angevin

Egalement constitué en association, l’Alvarium a été dissous le 17 novembre. Le groupuscule angevin est impliqué, selon les autorités, « dans des faits de violence » et propage « un discours et des idées assimilant l’immigration et l’islam à des menaces que les Français doivent combattre ». Les mois précédents, plusieurs de ses habitués avaient été condamnés par le tribunal correctionnel d’Angers pour des violences en réunion et des vols de drapeau.

Selon le politologue Jean-Yves Camus, l’association, qui se dit « à la confluence des doctrines nationalistes et du catholicisme social », était « surtout connue pour les escarmouches régulières autour de son local » qui opposent « le noyau des militants identitaires angevins aux antifascistes locaux ». Créée en janvier 2018, l’association, qui se présente comme « un centre communautaire d’actions sociales et culturelles en Anjou », avait également occupé illégalement un immeuble vacant en 2020. Sur sa façade, ses militants avaient déployé des banderoles « La France aux Français » et « Logement : appliquons la préférence nationale ».