Affaire Maëlys : Comment les enquêteurs ont coincé Nordahl Lelandais

CHRONOLOGIE Alors que le procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre de Maëlys s’ouvre ce lundi à Grenoble, « 20 Minutes » retrace la longue enquête menée par les gendarmes pour confondre le suspect

Caroline Girardon
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Affaire Maëlys: Nordhal Lelandais jugé pour le meurtre de la fillette de 8 ans — 20 Minutes
  • Nordahl Lelandais a rendez-vous une seconde fois avec la justice. Son procès pour le meurtre de Maëlys débute ce lundi devant les assises de l’Isère. En mai, il a été condamné à 20 ans de réclusion pour le meurtre du caporal Arthur Noyer.
  • Rapidement suspecté, l’ancien militaire aura mis 6 mois à avouer. Et cela uniquement, après avoir été confronté à une preuve irréfutable.
  • Evoquant une mort « involontaire », l’accusé n’a eu de cesse de changer de versions depuis le début de l’instruction.

Entre le 27 août 2017, jour de l’enlèvement de Maëlys, et le 14 février 2018, date à laquelle  Nordahl Lelandais est  passé aux aveux, il s’est écoulé six mois. Six mois au cours desquels l’ancien maître-chien, principal suspect des enquêteurs, a pourtant nié en bloc. Intimement convaincus de son implication dès le début de l’affaire,  les gendarmes ont mené de minutieuses investigations. Sans relâche. Jusqu’à le confondre en apportant des preuves irréfutables. Alors que le procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre de Maëlys  s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises de l’Isère à Grenoble, 20 Minutes retrace la chronologie des faits.

27 août 2017, le jour de la disparition

Le samedi 26 août, la famille de Araujo, qui réside dans le Jura, se rend à Pont-de-Beauvoisin (Isère) où sont célébrées les noces du cousin germain de la mère de Maëlys. Le dimanche, aux alentours de 3 heures, alors que la fête bat encore son plein, cette dernière s’inquiète de ne pas voir sa fille dans la salle des fêtes. La petite était pourtant bien présente quelques minutes plus tôt. Elle n’avait d’ailleurs même pas cherché à quitter l’endroit pour aller jouer dehors. Très vite, le DJ passe un appel au micro pour demander aux convives s’ils n’ont pas aperçu l’enfant.

La famille et les invités, encore présents au mariage, entreprennent de la chercher. Ils fouillent les moindres recoins de la salle, scrutent l’internat du lycée voisin, où dormaient certains convives, et les alentours. Rien. Les gendarmes sont appelés à 3h57.

Un important dispositif est alors mis en en place. La photo de Maëlys est immédiatement diffusée à la presse pour lancer un appel à témoins tandis que les gendarmes commencent à auditionner les 182 personnes invitées au mariage, et les 110 autres qui avaient été conviées à l’apéritif. Pendant ce temps, deux chiens de race Saint-Hubert flairent la trace de l’enfant dans la salle des fêtes et sur le parking. Nulle part ailleurs. Les enquêteurs acquièrent rapidement la conviction que la fillette est « montée à bord d’un véhicule ».

28 août 2017, la seconde audition de Lelandais et les premiers soupçons

Alors que les gendarmes fouillent les eaux des lacs alentour et recherchent des éléments en exploitant les images des caméras de vidéosurveillance, ils convoquent à nouveau Nordahl Lelandais, entendu la veille. Le nom de « l’homme aux chiens » a été mentionné par plusieurs témoins l’ayant aperçu en pleine conversation avec l’enfant.

Deux détails, et non des moindres, intriguent les enquêteurs. Le premier, livré par le marié. Alors que tout le monde s’était mis en quête de retrouver Maëlys, Nordahl Lelandais a filé à l’anglaise. Sans même prendre la peine de dire au revoir à ses hôtes. Ni à personne d’autre. Sans même s’impliquer dans les recherches. Au vu du contexte et de l’inquiétude suscitée par la disparition de l’enfant, son attitude était « bizarre », souligne le marié.

La seconde provient des images d’une station de lavage où l’on voit Nordahl Lelandais, le matin même (du 28 août), astiquer très longuement sa voiture de fond en comble. Réentendu à 18 heures, le suspect atteste qu’il s’apprête à vendre son Audi. Concernant Maëlys, ses déclarations varient. La veille, il avait assuré n’avoir jamais parlé, ni même vu la fillette. Cette fois, il finit par admettre avoir discuté de ses chiens avec elle.

Enfin, l’examen médical, pratiqué le soir après l’audition, révèle des « griffures à type estafilade » sur l’épaule gauche, la main droite, le genou gauche et la face interne du mollet droit du suspect.

31 août 2017, première garde à vue et perquisitions

L’espoir de retrouver la fillette vivante est encore là. La première étude des lignes téléphoniques, utilisées par Nordahl Lelandais, met en évidence plusieurs de ses déplacements au cours de la soirée de mariage. Déplacements au cours desquels il a coupé son téléphone principal. Notamment entre 2h46 et 3h25, moment où Maëlys a disparu. L’ancien militaire est placé en garde à vue, son domicile perquisitionné. Le suspect est incapable d’indiquer où se trouve le bermuda qu’il portait lors du mariage. « Gêné » et visiblement « stressé », il va « mettre quelques instants pour répondre ». Il finit par indiquer l’avoir jeté dans un container à ordures en bas de chez lui. La raison ? Il était « tâché de vomi ». Pas de chance pour les enquêteurs, les déchets ménagers ont été relevés le matin même.

2 septembre 2017, des traces ADN de Maëlys retrouvées dans l’Audi A3

Dans la nuit du 2 septembre, l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale met en évidence le « mélange » de deux traces ADN à partir d’un prélèvement effectué sur « le bouton d’allumage des feux » de la voiture de Nordahl Lelandais. Quelques heures plus tard, le rapport de l’expert est formel : il s’agit bien de l’ADN du suspect et celui de Maëlys. Le lendemain, l’ancien militaire est placé en garde à vue une seconde fois.

3 septembre 2017, la mise en examen de Lelandais

Au cours de son interrogatoire, Nordahl Lelandais conteste les faits. Confronté à la présence de l’ADN de Maëlys, il admet que la fillette est bien montée à l’arrière de son véhicule pour vérifier que ses chiens ne s’y trouvaient pas. Peut-être l’a-t-il touchée au moment de l’aider à descendre ? Ce qui expliquerait alors cette trace ADN, avance-t-il. Il mentionne également la présence d’un « petit garçon blond » l’accompagnant. Seulement, cet enfant n’existe pas. Quelques jours plus tard, les gendarmes vont en avoir la certitude. A l’issue de son audition, le suspect est mis en examen pour « enlèvement, séquestration et détention arbitraire de mineure de 15 ans ».

16 novembre 2017, le qualificatif de meurtre retenu

Au regard des derniers éléments de l’enquête, le procureur de la République de Grenoble émet un réquisitoire supplétif de mise en examen pour « meurtre précédé d’un autre crime » sur la personne de Maëlys. Les images des caméras de vidéosurveillance du centre-ville de Pont-de-Beauvoisin, ont repéré le véhicule de Nordahl Lelandais à 2h47, le jour du drame. Aux côtés du conducteur, se trouve un « passager de petite taille », vêtu d'« une tenue très claire ayant les mêmes caractéristiques que la robe blanche portée par Maëlys ». A son retour, entre 3h56 et 3h57, une seule silhouette se détache : celle de Nordahl Lelandais. Cette fois, les enquêteurs ont la preuve que Maëlys a bien été enlevée lors du mariage.

8 février 2018, une trace de sang de Maëlys découverte dans le coffre de l’Audi

Interrogé le 30 novembre 2017, Nordahl Lelandais maintient ses dénégations et affirme que l’Audi, repérée sur les caméras de vidéosurveillance, n’est pas la sienne. Qu’importe, les enquêteurs ne lâchent pas. Déterminés à le coincer, ils continuent d’examiner soigneusement chaque prélèvement effectué dans la voiture du suspect. Un premier rapport est déposé le 15 janvier 2018 : l’ADN de Maëlys n’a pas été retrouvé dans le véhicule.

Les gendarmes vont alors ordonner un complément d’expertise, une semaine plus tard. L’IRCGN va effectuer de nouveaux prélèvements « plus poussés » sur les zones de l’Audi particulièrement nettoyées par Nordahl Lelandais. Ils vont aussi démonter l’habillage du coffre. La chance leur sourit : une trace « brunâtre » analysée comme étant « du sang humain » est découverte sous « une garniture du coffre ». Le rapport tombe le 8 février : le sang est bien celui de la fillette.

14 février 2018, les aveux et la découverte du corps de Maëlys

Acculé par cette dernière preuve irréfutable, Lelandais craque. « Cette pauvre petite fille, je l’ai tuée involontairement », lâche le suspect en pleurant. Il indique immédiatement vouloir aider les enquêteurs à la retrouver tout en expliquant que ce soir-là, il a « paniqué ». L’ancien militaire est aussitôt amené à son domicile où il prétend avoir déposé le corps de l’enfant « le long d’un cabanon », dans un premier temps. Puis l’avoir « déplacé » en revenant définitivement du mariage. Il conduit les gendarmes sur les hauteurs de la commune d’Attignat-Oncin, en Savoie, en contrebas d’un chemin de la cascade de la Pissoire.

En fin d’après-midi, la brigade cynophile découvre de « premiers ossements », nichés dans une cavité entourée de rochers. A l’endroit précis indiqué par le suspect. Les recherches se poursuivent la nuit. Après déneigement, les enquêteurs tombent sur un trou de 80 centimètres de long, 40 de large et 30 de profondeur, dans lequel se trouvent de « nombreux ossements ». Les analyses génétiques, réalisées sur un fémur, confirment qu’il s’agit « très fortement » du squelette de Maëlys.

Dans les jours suivants, Nordahl Lelandais est hospitalisé à sa demande au Vinatier de Lyon pour y recevoir des soins psychiatriques.

19 mars 2018, nouvel interrogatoire

En pleurs, le mis en examen maintient avoir tué « involontairement » Maëlys. Il livre une version des faits qui laisse dubitatifs les enquêteurs. Selon lui, la fillette aurait insisté pour aller voir ses chiens chez lui, après avoir obtenu l’aval de sa maman. Mais dans la voiture, elle se serait mise à « chouiner ». « Là, j’ai eu le geste incompréhensible, je ne sais pas pourquoi », indique Lelandais qui évoque « un coup violent ». Un seul coup de poing au visage. Paniqué à la vue de l’enfant inanimée, il aurait roulé jusqu’à son domicile pour déposer le corps près d’un cabanon, se serait changé, puis serait revenu au mariage comme si de rien n’était. Dans un deuxième temps, comprenant que la fillette était bel et bien morte, il l’aurait emmené sur les hauteurs d’Attignat-Oncin.

21 septembre 2018, de nouvelles expertises accablantes

Des nouvelles expertises génétiques visant à déterminer les causes de la mort de Maëlys mettent à mal la version des faits de l’accusé. Sur un morceau de papier absorbant retrouvé dans la voiture de Nordahl Lelandais, les experts identifient des traces de sperme du suspect. L'autopsie révèle de multiples fractures du nez et de la mâchoire et des lésions sur le crâne. Enfin, la présence de traces de sang, relevées sur la vitre passager avant, conforte les enquêteurs dans leur conviction : un seul coup de poing asséné au visage n’aurait pas pu tuer l’enfant.

Après avoir été informé du résultat de ces expertises, Nordahl Lelandais, coincé, demande à être réentendu par les enquêteurs. Il change de version et finit par admettre avoir porté plusieurs coups à l’enfant. Pourquoi avoir menti ? « La pression médiatique », lâche-t-il pour se dédouaner.

28 septembre 2018, la reconstitution

L’ancien militaire est extrait de sa cellule pour être emmené de nuit sur les différents lieux du drame. La reconstitution va durer plus de six heures. Il explique alors aux gendarmes comment il a exfiltré Maëlys de la salle de mariage pour la faire monter à bord de son véhicule. Puis, comment il est passé en voiture, fenêtres ouvertes, devant plusieurs personnes, postées à l’entrée de la salle des fêtes. Il reproduit également les gestes fatals sur un mannequin et mène les enquêteurs jusque chez lui et à l’endroit où il s’est débarrassé du corps de la fillette.

Le qualificatif de viol n’a pas été retenu dans la mise en examen de Nordahl, les gendarmes n’ayant pu apporter de preuve irréfutable à ce sujet.