Pays basque : Procès en appel pour un double parricide tournant autour d’un héritage

FEUILLETON Après un premier procès renvoyé trois fois, l’état psychologique des accusés fait peser un doute sur le bon déroulé de ce nouveau jugement

X.R. avec AFP
— 
Kévin Rouxel avait été reconnu coupable en première instance du meurtre de ses parents.
Kévin Rouxel avait été reconnu coupable en première instance du meurtre de ses parents. — Pixabay

L’affaire est digne d’un épisode de Faites entrer l’accusé. Le 20 février 2016, les  gendarmes découvrent Yann Rouxel en état de choc dans la maison familiale de La Bastide-Clairence, au  Pays Basque, tandis que les corps sans vie des parents gisaient dans la salle à manger et la cuisine. Ce jour-là, la famille Rouxel – Yann, son frère cadet Kévin et sa femme alors âgés de 24 ans, leur enfant de deux ans, et les parents – est réunie pour un repas d’anniversaire.

Avec la complicité de son épouse Sofiya, une Kazakhe rencontrée sur Internet, Kévin est accusé d’avoir assassiné au revolver ses parents et tenté de tuer son frère aîné, atteint du syndrome d’Asperger. Kévin Rouxel, qui a reconnu les faits, avait expliqué vouloir récupérer un « pactole » estimé à 1,5 million d’euros, « voire 2 millions si on se débrouillait bien ». Une somme que ses parents comptaient léguer à son frère aîné. Il avait acheté du matériel – alcool à brûler, acide chlorhydrique – pour faire brûler la maison en emportant les biens de valeur. Une « check-list » écrite de sa main avait été trouvée.

Un premier procès renvoyé trois fois

S’il avait d’abord assuré avoir agi seul, Kévin Rouxel avait fini par accuser de complicité Sofiya, qui a depuis demandé le divorce. Le couple s’était fissuré en pleine audience devant la cour d’assises en 2018. Depuis lors, pour Kévin Rouxel, l’objectif était clair : entraîner dans sa chute sa compagne d’alors. Il l’a redit lors du dernier procès : « Sofiya et moi, on a tué ». Cette dernière, a contrario, a toujours nié son implication, dans la préparation comme dans la réalisation. Sa défense, assurée par Mes Edouard Martial et Grégoire Mouly, « ne peut pas se résoudre à ce que la condamnation de Sofiya Bodnarchuk repose sur une crédibilité supposée de Kévin Rouxel ». Le parquet, lui, voit dans cette affaire « un crime crapuleux ».

Après un premier procès, en décembre 2018, émaillé d’incidents (un malaise de Sofiya Bodnarchuk en plein interrogatoire et une tentative de suicide de Kévin Rouxel), le second, en mai 2019, avait aussi dû être renvoyé, en l’absence du principal accusé Kévin Rouxel, alors hospitalisé. Le troisième, en mars 2020, avait été interrompu par l’irruption de la crise sanitaire. Il avait fallu attendre la quatrième tentative, en novembre 2020, pour parvenir à un verdict.

L’état psychologique des accusés est incertain

Kévin Rouxel et Sofiya Bodnarchuk avaient alors été condamnés à 30 et 20 ans de réclusion pour assassinat et complicité d’assassinat par la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques. Ils comparaissent à partir de mardi devant la cour d’assises d’appel de Mont-de-Marsan. La tenue de ce procès de deux semaines reste incertaine : l’état psychologique de Kévin Rouxel, objet d’une nouvelle expertise, pourrait provoquer un report des débats s’il n’était pas en état de comparaître.

« Je le suis depuis six ans et j’ai écrit au président de la Cour d’assises car son état psychique me paraît extrêmement préoccupant », a expliqué son avocat, Me Zapirain. Sofiya Bodnarchuk avait également été brièvement hospitalisée en psychiatrie, à Pau, après sa première condamnation. Kévin Rouxel, lui, s’est fait remarquer en octobre dernier avec une nouvelle tentative d’évasion. La première remontait à 2016, alors qu’il était en détention provisoire, prenant en otage une infirmière de la maison d’arrêt de Bayonne.