Haine en ligne : Huit membres du groupe antivaccins « Vivi » interpellés et poursuivis pour des vagues de harcèlement

RESEAUX SOCIAUX Le coup de filet, coordonné par l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), a visé des membres du groupe d’origine italienne « ViVi » ou « V_V »

H.S. avec AFP
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La justice leur reproche d'avoir harcelé de façon concertée trois personnes entre le printemps et la fin de l'été 2021.
La justice leur reproche d'avoir harcelé de façon concertée trois personnes entre le printemps et la fin de l'été 2021. — Jaap Arriens/Sipa USA/SIPA
  • Deux hommes et six femmes ont été placés en garde à vue pour harcèlement moral en ligne a annoncé ce mercredi le parquet de Paris.
  • Âgés de 40 à 54 ans, ils sont suspectés d’avoir participé à une campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux à l’encontre de deux parlementaires et d’un médecin en 2021.
  • Ils comparaîtront dans le courant de l’année devant le tribunal judiciaire de Paris et encourent jusqu’à deux ans de prison et 30.000 euros d’amende.

Les investigations avaient démarré au printemps dernier. Après des mois d’enquête, huit membres du groupe antivaccins « V_V » ou « Vivi » ont été interpellés mardi, a fait savoir le parquet de Paris. Ces deux hommes et six femmes, âgés de 40 à 54 ans ont été placés en garde à vue en Moselle, dans le Rhône, la Seine et Marne, les Hauts de Seine et le Finistère.

Poursuivis pour harcèlement moral en ligne, ils sont suspectés d’avoir participé à des raids numériques visant deux parlementaires français et un médecin. Leur procès devrait se tenir dans le courant de l’année et tous encourent jusqu’à deux ans de prison et 30.000 euros d’amende.

Recrudescence des menaces contre les élus

Coordonné par l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), ce coup de filet a visé des membres du groupe d’origine italienne « ViVi » ou « V_V » dans le cadre d’investigations menées par le pôle national de lutte contre la haine en ligne. Parmi les personnes victimes de harcèlement figurent la députée LREM mosellane Isabelle Rauch, la sénatrice PS de Charente Nicole Bonnefoy et un chef de service du CHU d’Amiens, ont indiqué des sources proches du dossier à l’AFP.

« En ce moment les élus sont l’objet de menaces par les antivaccins et comme les discours de haine annoncent les actes de haine, il fallait agir », a expliqué à l’AFP le général Jean-Philippe Reiland, patron de l’OCLCH. La section de recherche de Moselle et d’autres services locaux ont participé aux interpellations, tandis que l’antenne cyber de Metz a facilité l’identification des suspects « tous bien insérés », mais sans lien avec une profession de santé, selon le général Reiland. Les « V_V » rassemblent environ 300 sympathisants en France, « dont une centaine vraiment actifs », selon le haut gradé.

« On a le droit de ne pas être d’accord, il n’y a pas de délit d’opinion en France, et heureusement. Mais les raids numériques, la haine en ligne, ça on n’a pas le droit (…) C’est trop simple d’être derrière un clavier », a réagi Mme Rauch, sollicitée par l’AFP. « Ils ont récupéré ma photo et l’ont utilisée sur les réseaux. (…) C’est quand même choquant de voir son visage marqué d’une croix gammée et qu’on vous traite de nazi parce que vous êtes pour la vaccination », s’est indignée de son côté Mme Bonnefoy.

Des « guerriers »

Le nom du mouvement « V_V » viendrait du verbe italien « vivere » («vivre ») et son logo, un double V rouge au centre d’un cercle, détourne celui de la BD devenue film, « V pour Vendetta ». Les membres, qui se décrivent comme des « guerriers », mettent en avant dans leurs profils numériques le masque stylisé de Guy Fawkes, popularisé par les hackers d’Anonymous et devenu emblème de la défense des libertés.

En décembre, le directeur des enquêtes sur les menaces émergentes de Facebook, Mike Dvilyanski, avait expliqué que les membres de ce groupe se coordonnaient notamment via la messagerie Telegram. Les volontaires avaient accès à des listes de personnes à cibler et à des « formations » pour échapper à la détection automatique du géant américain.

Sur les réseaux, leur tactique consistait notamment à laisser des commentaires sous les messages des personnes visées, plutôt que de poster des contenus. Pour passer au travers de la détection automatique de Facebook, ils utilisaient des orthographes légèrement modifiées comme « vaxcinati » au lieu de « vaccinati », pour dire « les personnes vaccinées » en italien.

Sous des publications d’institutions, d’élus ou d’articles de presse, on peut ainsi voir apparaître des dizaines de messages parfois parfaitement identiques, publiés dans un laps de temps court. Ils dénoncent un « chantage vaccinal », « le véritable virus (qui) est le gouvernement et le système qui tuent les personnes et détruisent la société » et disent « stop à la suppression des droits ».

20.000 partisans dans le monde

Après leur avoir consacré un article en juin 2021, le journal Le Parisien avait été victime d’un raid numérique sur sa page Facebook avec « plus de 1.400 commentaires haineux » postés en seulement trois heures. Le harcèlement, lorsqu’il est commis en ligne ou via un support numérique, est puni de deux ans de prison et 30.000 euros d’amende.

La mouvance « V_V » rassemblerait quelque 20.000 partisans dans le monde selon un rapport publié en décembre par Graphika, une société spécialisée dans l’analyse des réseaux sociaux. Certains membres ont aussi pris part à des actes de vandalisme contre des hôpitaux et à des opérations pour gêner les vaccinations, en prenant des rendez-vous médicaux sans les honorer, par exemple, selon Graphika.