Gard : Réclusion à perpétuité pour le meurtrier qui voulait « connaître la sensation » de tuer

PROCES En 2018, l’homme a tué une femme de 39 ans, qu’il avait prise en auto-stop

Jérôme Diesnis
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La Cour d'assises de Nîmes
La Cour d'assises de Nîmes — Jérôme Diesnis / Agence Maxele Presse

L’homme, jugé pour avoir tué une femme afin de « connaître la sensation d’ôter la vie », a été condamné mardi soir à la réclusion à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans, par la cour d'assises de Nîmes (Gard). La cour l’a reconnu coupable de meurtre avec préméditation, et a estimé qu’il était responsable de ses actes. « Votre état de dangerosité est extrêmement préoccupant. Vous avez la possibilité de progresser, mais ça dépend de vous, et nous ne pouvons pas prendre ce risque », lui a expliqué le président de la cour d’assises du Gard.

La cour a ainsi suivi le réquisitoire de l’avocat général. « Je vous demande de prononcer une peine d’élimination, votre main ne doit pas trembler », avait lancé, à la fin de son réquisitoire, le magistrat, en qualifiant l’accusé de « bombe à retardement » : « Il ne doit pas penser qu’il a une possibilité de sortir », avait-il martelé devant la cour.

Une « très grande violence »

Le 21 juin 2018, ce jeune homme, jusque-là sans histoire, se présentait au commissariat de sa ville natale de Montélimar (Drôme) pour avouer un homicide commis deux jours plus tôt à Sommières, dans le Gard. Après avoir dîné avec sa future victime, une femme qu’il avait prise en auto-stop, il l’avait tuée de plusieurs coups d’une dague de chasse achetée trois semaines plus tôt. La victime, âgée de 39 ans, avait reçu 17 coups de dague, portés avec une « très grande violence », dont le dernier, mortel, avait atteint le cœur en transperçant le sternum, selon le médecin légiste.

La peine requise est « une peine lourde, très lourde, une peine d’élimination, que l’on retrouve pour les crimes les plus graves », comme ceux du 13 novembre 2015 au Bataclan, avait regretté dans sa plaidoirie l’avocat de l’accusé, Jérôme Arnal, estimant que son client pourra, un jour, « reprendre pied » dans la réalité. Les psychiatres s’étaient succédé à la barre depuis mardi matin, au second jour du procès, pour tenter de trouver des explications à cet acte « dépourvu de toute trace d’humanité », selon les mots de l’avocat général. Tous avaient écarté une quelconque maladie mentale qui le rendrait irresponsable de ses actes, et c’est donc au niveau de sa psychologie, de type mégalomaniaque, et de son parcours de vie, où les échecs scolaires et amoureux se sont succédé, qu’ils avaient émis quelques hypothèses, mais pas de réelle explication.

« Je me trouve abject »

Fan de mangas violents, l’homme s’est « créé un personnage de héros noir pour exister et laisser une trace », il n’a pas tué dans le cadre d’une « expérimentation », avait estimé l’avocat de la famille de la victime, Anthony Chabert.

« Je cherche quelque chose à dire, je sais à quel point je leur ai fait mal », avait déclaré l’accusé en s’exprimant une dernière fois avant que les jurés se retirent pour délibérer, à l’adresse des proches de sa victime. « Mais ça sonnerait faux et vous n’en croiriez pas un mot », avait-il ajouté, une nouvelle fois incapable d’exprimer le moindre regret.

« Je sais que je pourrais être profondément ému par tout ce qui a été dit, mais ça n’a pas été le cas. Moi aussi, je me trouve abject. » Il avait toutefois assuré ne pas courir « après la gloire, la célébrité ». « Quand ils parlent d’un enfermement dans un personnage, ce n’est pas quelque chose que j’ai choisi. Depuis mon incarcération, je suis en thérapie, parce que je sais très bien que quelque chose ne tourne pas rond. Je ne cherche pas à devenir un tueur en série, j’en ai peut-être le potentiel, mais je fais tout ce qui est possible pour ne pas le devenir ». L’homme a dix jours pour faire appel.