Une nouvelle plainte pour « tortures » déposée contre le patron émirati d’Interpol, arrivé en France

ENQUETE Elu fin novembre à la tête d’Interpol, Ahmed Nasser Al-Raisi avait déjà été visé par deux plaintes mais celles-ci avaient été classées par le Pnat pour absence de compétence

Manon Aublanc
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Ahmed Naser al-Raisi a été élu président d'Interpol en novembre 2021.
Ahmed Naser al-Raisi a été élu président d'Interpol en novembre 2021. — Francisco Seco/AP/SIPA

Une nouvelle plainte pour « torture » et « actes de barbarie » a été déposée, ce mardi à Paris au pôle crimes contre l’humanité du parquet antiterroriste (Pnat), contre  l’Emirati Ahmed Nasser Al-Raisi, nouveau président  d’Interpol qui se trouverait actuellement en France, a annoncé une source proche du dossier.

Elu fin novembre à la tête de l’organisation internationale de coopération policière, Ahmed Nasser Al-Raisi avait déjà été visé par deux plaintes mais celles-ci avaient été classées par le Pnat pour absence de compétence : l’intéressé ne résidait pas en France et ne se trouvait pas non plus sur le sol français.

« Des conditions moyenâgeuses »

L’une de ces deux plaintes avait été déposée le 7 juin par l’ONG Gulf Centre for Human rights (GCHR). Elle présentait l’opposant Ahmed Mansoor comme détenu à Abou Dhabi « dans des conditions moyenâgeuses constitutives d’actes de tortures ». C’est cette organisation qui a de nouveau déposé mardi une plainte simple contre Ahmed Nasser Al-Raisi. Tweets de ce dernier à l’appui, l’ONG explique qu’il « se trouve sur le sol français » actuellement, à Lyon où se trouve le siège d’Interpol, ce qui suffirait à rendre la justice française compétente.

L’ONG exclut d’emblée son éventuelle immunité liée à sa fonction car le général émirati exercerait toujours également des fonctions policières à Abou Dhabi où Ahmed Mansoor serait toujours détenu dans des conditions toujours constitutives de « torture », selon les plaignants. Ahmed Nasser Al-Raisi serait donc, selon l’ONG plaignante, l’un des responsables actuels de ces tortures, un motif d’exception à l’immunité diplomatique dont il bénéficie selon l’accord de 2008 régissant les relations entre la France et Interpol, organisation dont elle accueille le siège.

Une élection contestée

« Faire procéder à son interpellation immédiatement est une obligation impérative de la France aux termes des conventions internationales qu’elle a signées », déclare Me William Bourdon, avocat de l’ONG. L’autre plainte avait été déposée début octobre par Rodney Dixon, l’avocat de deux plaignants britanniques, Matthew Hedges et Ali Issa Ahmad, qui ont rapporté en octobre à Lyon des faits de détention arbitraire ou de torture en 2018 et 2019.

L’élection d’Al-Raisi, à Istanbul le 25 novembre, s’était faite au grand dam des défenseurs des droits humains et de responsables politiques qui estimaient qu’elle portait atteinte à la mission de l’organisation. La fonction de président est essentiellement honorifique, le vrai patron de l’organisation étant son secrétaire général.