Affaire Otom : Meurtre ou suicide aux Seychelles ? Un rapport de la justice française contredit « les conclusions de l’enquête »

PROCES L'Azuréen Thomas Debatisse doit y être jugé dès ce jeudi. Le procureur de Nice, qui a demandé à enquêter sur place, n'a pas reçu de réponse des autorités seychelloises

Fabien Binacchi
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Les Français Thomas Debatisse et Emmanuelle Badibanga, sa compagne retrouvée morte dans leur chambre, étaient invités dans un hôtel des Seychelles (Illustration)
Les Français Thomas Debatisse et Emmanuelle Badibanga, sa compagne retrouvée morte dans leur chambre, étaient invités dans un hôtel des Seychelles (Illustration) — David Keyton/AP/SIPA
  • Le procès Thomas Debatisse, un Niçois poursuivi aux Seychelles pour le meurtre de sa compagne, est programmé dès le 3 février.
  • Pourtant, en France, la justice a déposé un nouveau rapport « contredisant, à ce stade, les conclusions initiales de l’enquête faite localement ».
  • Le procureur de la République de Nice annonce à 20 Minutes « n’avoir reçu aucune réponse de la part des autorités judiciaires des Seychelles » auxquelles il a notamment demandé, il y a presque trois mois, de pouvoir se rendre sur place.

EDIT : Nous remontons ce papier paru le 18 janvier car le procès débute aujourd’hui.

Devant la Cour suprême des Seychelles, où  il est « formellement inculpé » du meurtre de sa compagne, Thomas Debatisse encourra la prison avec perpétuité. Le procès de ce street artiste niçois connu sous le surnom « Otom » et incarcéré depuis le 5 mai 2021 à plus de 7.200 km de chez lui s’ouvre ce jeudi. Il y a quinze jours, sur place, les choses se préparaient déjà et « des travaux [étaient] en cours pour former un jury », indiquait la juridiction à 20 Minutes.

Le palais de justice des Seychelles, à Victoria, où va se dérouler le procès
Le palais de justice des Seychelles, à Victoria, où va se dérouler le procès - Judiciary of Seychelles

Pourtant, en France, la justice a déposé un nouveau rapport « contredisant, à ce stade, les conclusions initiales de l’enquête faite localement ». Et elle veut continuer de mener ses propres investigations. Mais le procureur de la République de Nice annonce à 20 Minutes « n’avoir reçu aucune réponse de la part des autorités judiciaires des Seychelles » auxquelles  il a notamment demandé, il y a presque trois mois, de pouvoir se rendre sur place.

« Nous avons toujours exécuté leurs propres demandes d’enquêtes très vite »

La « demande d’entraide pénale internationale que nous leur avons adressée dès le 26 octobre 2021 et qui comprenait entre autres, la demande de réaliser localement de nombreux actes d’enquêtes en présence du parquet de Nice et d’un enquêteur de la PJ de Nice » est ainsi restée lettre morte, selon le magistrat. Et ce silence « étonne » Xavier Bonhomme « car nous avons toujours exécuté leurs propres demandes d’enquêtes très vite », dit-il, « notamment en recevant un de leurs enquêteurs et en faisant appel à nos laboratoires français d’expertise, à leur demande ».

Sollicité par 20 Minutes, le procureur général des Seychelles n’a pas donné suite dans l’immédiat. Egalement contacté, Dominique Mas, l’ambassadeur de France aux Seychelles confirme pourtant que ses services ont « bien transmis » à la justice locale « la demande adressée par le procureur de Nice ».

« L’ensemble des éléments plaide en faveur d’une pendaison et non d’une strangulation »

Selon les autorités de cet archipel de l’océan indien, Emmanuelle Badibanga, retrouvée pendue, le soir du 27 avril 2021, dans la chambre qu’elle partageait avec Thomas Debatisse au Club Med de l’île de Sainte-Anne, aurait été victime de violences et d’un étranglement. Et le Niçois de 35 ans a été « formellement inculpé » pour féminicide.

Mais les conclusions entre les Seychelles et la France divergent. La thèse du suicide est envisagée dans l’Hexagone, d’autant plus que la Varoise de 32 ans « était a priori plutôt dépressive », selon des témoignages recueillis par les enquêteurs. Et le complément d’expertise demandé par le parquet de Nice viendrait confirmer ses premières analyses. Selon un nouveau rapport, déposé le 14 décembre « et établi par deux experts, professeurs de médecine et médecins légistes », « il n’y a aucun argument en faveur d’une agression sexuelle et l’ensemble des éléments plaide en faveur d’une pendaison complète ou incomplète et non d’une strangulation », détaille Xavier Bonhomme.

« Les preuves de son innocence absolue »

L’analyse des témoignages et de la vidéosurveillance du Club Med serait aussi une des clés, selon la défense de Thomas Debatisse. « Le dossier nous offre les preuves de son innocence absolue », assure de son côté Me Richard Sedillot, son avocat. A l’approche du procès, le Niçois resterait combatif même si « c’est très dur pour lui ». « On le poursuit pour avoir tué la femme dont il était éperdument amoureux », explique le conseil qui « salue la grande dignité de la famille d’Emmanuelle Badibanga ». « Mais comme tout innocent, Thomas Debatisse souhaite que tout soit mis en œuvre pour faire éclater la vérité », dit-il.

Avant le procès, « les amis et soutiens » du street-artiste réunis sous le nom « Save Otom » ont organisé une « expo-vente caritative » pour « l’aider dans le financement de sa défense et préparer son retour, que tout le collectif souhaite imminent ». Elle a eu lieu à Nice du 20 au 23 janvier.

En réponse, un collectif de « militant.e.s féministes » intitulé « Save justice Nice » a publié une tribune sur Internet. Il questionne de « quoi faut-il sauver Otom ? » en rappelant que « la vie de quelqu’un a bien basculé et s’est éteinte […] le 27 avril 2021, mais ce n’est pas [celle du graffeur] ». « Nous respectons la présomption d’innocence mais nous n’oublions pas qu’elle peut aussi déboucher au terme du procès sur la culpabilité », est-il écrit sur le site.