Crash du Mont Saint Odile : Les rescapés et les proches des victimes seront réunis sur le site 30 ans après l’accident

DRAME Trente après le crash d’un Airbus A 320 aérien sur le Mont Sainte Odile (Bas-Rhin), rescapés et proches des victimes se retrouveront le 23 janvier sur les lieux de la catastrophe

G.V. avec AFP
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Crash d'un Airbus A320 au Mont Saint Odile (Bas-Rhin) en 1992.
Crash d'un Airbus A320 au Mont Saint Odile (Bas-Rhin) en 1992. — FRANCK FIFE, CHRISTOPHE SIMON / AFP
  • Le 20 janvier 1992 un Airbus A320 qui avait décollé de Lyon à destination de Strasbourg s’était écrasé alors qu’il avait entamé sa descente, à une vingtaine de kilomètres de l’aéroport d’Entzheim.
  • Sur les 96 passagers et membres d’équipage, neuf avaient survécu. S’en était suivie une véritable saga judiciaire qui n’a finalement pas été favorable aux victimes et laisse encore un profond « sentiment de colère et d’injustice » auprès des rescapés et proches des victimes.
  • Ils se réuniront sur le site du crash le 23 janvier prochain à l’occasion des trente ans du drame.

Le 20 janvier 1992, après un vol sans encombre, un Airbus A320 qui avait décollé de Lyon à destination de  Strasbourg s’était écrasé alors qu’il avait entamé sa descente, à une vingtaine de kilomètres de l’aéroport d’Entzheim. Sur les 96 passagers et membres d’équipage, neuf avaient survécu.

Trente après le crash sur le Mont Sainte Odile (Bas-Rhin), rescapés et proches des victimes se retrouveront le 23 janvier sur les lieux de la catastrophe, sur le site même de l’accident, où une stèle a été dressée. Une commémoration en « famille » à la mémoire des 87 personnes disparues. Un « retour » à l’initiative de l’association Echo (Entraide de la catastrophe des hauteurs du Sainte Odile), organise une commémoration. « Ce sera l’occasion de rappeler les circonstances du crash et de faire appel à des témoignages, selon les sensibilités des uns et des autres », explique Pierre Laumon, son président, qui a perdu son frère dans l’accident. « C’est aussi l’occasion de se retrouver collectivement et amicalement autour d’un souvenir commun, même dramatique », souligne-t-il. « Nous avons tissé des liens très forts entre nous ». Certains adhérents parlent de l’association comme d’une « deuxième famille », tant Echo a joué un rôle prépondérant, notamment dans la bataille judiciaire visant à obtenir un procès pénal.

Air France, qui cherchait à engager la responsabilité de l'Etat dans le crash d'un Airbus A320 sur le Mont Sainte-Odile (Haut-Rhin) ayant fait 87 morts en 1992, a été débouté vendredi par la cour administrative d'appel de Nancy.
Air France, qui cherchait à engager la responsabilité de l'Etat dans le crash d'un Airbus A320 sur le Mont Sainte-Odile (Haut-Rhin) ayant fait 87 morts en 1992, a été débouté vendredi par la cour administrative d'appel de Nancy. - Franck Fife AFP/Archives

Car à l’issue d’une instruction judiciaire longue de treize ans et une incroyable saga judiciaire, six personnes – un contrôleur aérien et cinq anciens cadres de l’Aviation civile, d’Air Inter et d’Airbus Industrie – avaient été mises en examen et renvoyées devant le tribunal pour « homicides et blessures involontaires ». En première instance, en 2006, les juges avaient relaxé les prévenus, tout en reconnaissant, au civil, les responsabilités des compagnies Air France (qui avait absorbé Air Inter), et Airbus, pour une « négligence » dans la conception du cockpit de l'A320. L’association Echo avait obtenu 500.000 euros au titre des frais d’avocats. Mais en appel, deux ans plus tard, la justice  avait finalement écarté la responsabilité civile d’Airbus et supprimé les indemnités attribuées à Echo. La décision avait été confirmée en cassation.

« Un sentiment de colère et d’injustice »

Une issue qui laisse encore un profond « sentiment de colère et d’injustice » à Alvaro Rendon, le président d’honneur de l’association, dont l’épouse est décédée lors du crash. « Nous avons la conviction que ce qui s’est passé, la justice française ne l’a pas reconnu. En appel, j’ai failli avoir une crise cardiaque  à l’écoute du délibéré du juge. Pour un peu, il nous disait que c’était la faute des victimes », se remémore-t-il. « Je ne pense pas que les autorités ont appris de cette catastrophe », juge-t-il encore. « Les femmes et les hommes qui ont perdu un proche ont besoin de savoir la vérité, que ce soit jugé, et pas des années après comme ça se passe à chaque fois », déplore-t-il, évoquant le crash du vol Rio-Paris, survenu en 2009 et dont le procès n’a pas encore eu lieu, ou  celui de la Germanwings en 2015, dont l’instruction se poursuit. Pour les proches des victimes, l’absence de condamnation a été d’autant plus mal vécue que la catastrophe a mis en lumière certaines faiblesses réglementaires et techniques : les avions d’Air Inter étaient dénués d’avertisseurs de proximité du sol, non obligatoires à l’époque. Et un bouton de sélection du cockpit de l’Airbus, qui cumulait deux fonctions, a vraisemblablement été à l’origine d’une erreur des pilotes sur la vitesse de la descente de l’appareil, causant l’accident.

Le président de l'association des victimes du crash du Mont Saint-Odile, Alvaro Rendon
Le président de l'association des victimes du crash du Mont Saint-Odile, Alvaro Rendon - Olivier Morin / AFP

Les secours en question

Mais pour certaines familles, l’aspect le plus douloureux de cette catastrophe reste la désorganisation des secours, qui ont mis plus de quatre heures à retrouver l’épave, arrivant sur place après des riverains et des journalistes. Les premières personnes évacuées l’ont été « soit à dos d’homme, soit à bras soit encore à l’aide de brancards de fortune », note le rapport d’enquête.

Selon ce rapport, six victimes « auraient probablement survécu » si les secours étaient intervenus plus rapidement. Mais l’éventuelle responsabilité des autorités dans ces dysfonctionnements avait été écartée au cours de l’enquête judiciaire. « On a tendance à oublier un peu trop les choses », estime aujourd’hui Pierre Laumon. « C’est un crash survenu en France, aux portes de Strasbourg, avec un avion considéré comme français. Il ne faut pas oublier. C’était il y a trente ans. C’était hier ».