Procès : « C’était l’occasion de tuer… » A Nîmes, un assassinat gratuit devant les assises

PROCES Mathieu D. est soupçonné d'avoir tué une femme qu'il avait pris en stop pour assouvir le fantasme de meurtre qu'il nourrissait depuis des années

Caroline Politi
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  • Mathieu D., 26 ans, comparaît aux assises du Gard à compter de ce lundi pour l’assassinat de Claire, une auto-stoppeuse de 39 ans, tuée de 17 coups de couteau.
  • Tout au long de la procédure, l’homme a reconnu les faits, expliquant avoir voulu assouvir une « envie » qu’il nourrissait depuis plusieurs années.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

« On ne peut pas savoir si on aime un plat avant d’y avoir goûté. » La comparaison est si absurde, aberrante même, qu’elle pourrait prêter à sourire si elle ne cachait pas un crime d’une violence inouïe. A partir de ce lundi et pour trois jours, un homme de 26 ans est jugé pour  assassinat devant la cour d’assises du Gard,  soupçonné d’avoir tué une auto-stoppeuse un soir de juin 2018. Avec pour seule motivation le désir de connaître la sensation d’ôter la vie. « En retournant vers mon véhicule, je me suis dit que c’était un endroit isolé, qu’il faisait nuit, qu’il n’y avait personne et que c’était l’occasion de tuer », a-t-il confié sans détour lors de sa garde à vue.

Mathieu D. s’est rendu de lui-même aux autorités, deux jours après avoir commis son  crime. Aux gendarmes médusés, il raconte le scénario d’un crime gratuit. Le 19 juin, entame-t-il, il prend en stop Claire, 39 ans, qui souhaite se rendre de Montélimar à Sommières, entre Nîmes et Montpellier. Il n’a pas prévu de se rendre dans cette petite ville à près d’une heure et demie de chez lui, mais consent pourtant à y conduire sa passagère. Sur place, raconte-t-il, ils visitent ensemble la ville, dînent d’une pizza, vont se promener dans les alentours. Dans la soirée, Mathieu D. lui propose une relation sexuelle qu’elle décline. Alors qu’elle lui demande de s’en aller, l’homme fait mine de retourner dans sa voiture, attrape le petit poignard qui y était caché, et s’acharne sur sa victime. 17 coups, dans la carotide d’abord, puis la tête et le cœur.

Une « envie de meurtre »

A quel moment la mécanique sanglante s’est-elle enclenchée ? L’accusé assure agi ainsi pour assouvir une « envie de meurtre » qu’il nourrissait depuis des années. En garde à vue, il précise même avoir affirmé à sa victime qui l’implorait que son geste n’avait rien de personnel, qu’elle ou une autre, ça aurait été pareil. « Ce crime, c’est la rencontre d’une âme fragile et d’une âme criminelle », résume l’avocat des proches de Claire, Me Anthony Chabert. Une fois le meurtre commis, l’homme explique être rentré chez lui, s’être simplement couché. Le lendemain, il est allé se promener.

Ni devant les gendarmes, ni devant la juge d’instruction ou les experts psychiatres, Mathieu D. n’a émis des regrets ou exprimé une forme de culpabilité. « Tout au long de l’entretien, il est resté stoïque et n’a marqué aucune émotion ou expression sur le visage », note le gendarme qui a procédé à sa garde à vue. Tout juste a-t-il confié ne pas avoir aimé la sensation de tuer, déçu notamment de ne pas ressentir le plaisir ou la montée d’adrénaline qu’il imaginait. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il s’est rendu avant même que le corps soit découvert (il l’a été sur ses indications). « La famille redoute beaucoup ce face-à-face et la froideur de cet homme, confie l’avocat des parties civiles. Est-ce qu’il aura ce même détachament devant la cour que pendant l’enquête ? »

Une dynamique « que l’on retrouve chez les serial killers »

Trois expertises psychiatriques livrent en substance le même diagnostic : l’accusé ne souffre d’aucun trouble psychiatrique et est donc pleinement accessible à une sanction pénale. Sa clarté d’esprit ce soir-là est « entière » et « son intentionnalité ne fait aucun doute », assure l’un des experts. La dangerosité de Mathieu D. est avant tout d’ordre criminologique et tous soulignent un risque de récidive non négligeable. Le jeune homme l’a d’ailleurs reconnu, s’il avait aimé la sensation de tuer, il ne serait pas rendu. Un comportement qui fait dire à Roland Coutanceau, psychiatre habitué des prétoires, que la dynamique de Mathieu D. est « celle que l’on retrouve chez les serial killers ». Son acte, explique-t-il dans son rapport, est pour lui, une manière de marquer sa singularité et constitue « une réalisation », voire « une œuvre ».

Reste une question qui sera sans nul doute au cœur des débats : celle de la préméditation. Au terme de l’instruction, la qualification d’assassinat a été retenue, notamment parce que Mathieu D. nourrissait depuis longtemps l’intention de tuer – au point d’évoquer cette envie avec ses parents – et avait caché un poignard dans sa voiture « au cas où l’opportunité se présenterait ».

Une analyse que réfute son avocat, Me Jérôme Arnal. « S’il a envisagé un meurtre, il n’a pas mûri le projet de tuer cette femme qu’il ne connaissait pas quelques heures plus tôt, dans ce lieu dans lequel il n’était jamais allé auparavant. Il y a dans cette affaire un dramatique concours de circonstances. » La nuance à son importance : l’assassinat, qui requiert donc la préméditation, est passible de la réclusion criminelle à perpétuité, le meurtre de 30 ans de prison.