Affaire Delphine Jubillar : Pour les avocats de Cédric, Delphine se serait « changée pour sortir »

REMISE EN LIBERTE De nouveaux éléments à décharge selon les avocats de Cédric Jubillar ont été mis en avant ce mardi, lors de l'audience devant la chambre de l'instruction, pour plaider sa remise en liberté

Béatrice Colin
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Mes Martin, Alary et Franck, les avocats de Cédric Jubillar.
Mes Martin, Alary et Franck, les avocats de Cédric Jubillar. — B. Colin / 20 Minutes
  • Ce mardi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse examinait pour la troisième fois la demande de remise en liberté de Cédric Jubillar.
  • Selon ses avocats, des éléments versés au dossier permettent de dire que Delphine Jubillar se serait changée le soir de sa disparition avant de sortir.
  • Pour la défense, le témoignage accablant du codétenu qui aurait recueilli les aveux de Cédric Jubillar ne tient pas.

Pour la troisième fois, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse examinait ce mardi la demande de remise en liberté de  Cédric Jubillar, incarcéré depuis le 18 juin 2021 pour le meurtre de sa femme Delphine. Une audience qui s’est déroulée à huis clos durant près de cinq heures, en l’absence du principal suspect.

Si les avocats du plaquiste n’ont manqué d’aborder la question de la couette et du podomètre, deux indices importants pour l’accusation mais fragilisés depuis par les éléments du dossier, ils ont surtout développé la thèse du départ volontaire de l’infirmière de son domicile dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Et comme lorsqu'ils ont montré que la couette de la jeune femme ne se trouvait pas dans la machine à laver lors de l’arrivée des gendarmes à 4h50 du matin, ils se seraient appuyés sur des clichés pris le jour de la disparition pour le prouver selon La Depêche. « Il y a des éléments objectifs dans le dossier qui permettent de considérer qu’il est plus que probable qu’elle se soit changée pour sortir », assure l’une d’entre eux, Emmanuelle Franck.

Le même pyjama aurait été décrit par son jeune fils Louis, qui avait passé la soirée avec sa mère devant la télé avant d’aller se coucher vers 23 heures. La jeune femme aurait donc pu se changer plus tard. Et peut-être sortir seule de la maison de Cagnac-les-Mines où elle vivait toujours avec son mari, avec lequel elle était en instance de séparation.

Les accusations du codétenu en question

Une piste aux antipodes de celle suivie depuis le début par les enquêteurs de la section de recherches de gendarmerie de Toulouse. Au-delà des indices graves et concordants qui ont conduit Cédric Jubillar en prison, ces derniers se sont forgé la conviction qu’il était le principal suspect en raison de son comportement. Avant la disparition de la jeune femme, il avait répété à plusieurs reprises qu’il voulait la tuer et l’enterrer, y compris à sa propre mère. Depuis le 16 décembre, il aurait à plusieurs reprises plaisanté sur le sujet. Mais ce sont ses aveux présupposés à un codétenu qui ont continué à enfoncer le clou.

Cet homme, placé dans la cellule à proximité de celle de Cédric Jubillar et avec qui il aurait noué des liens, aurait recueilli sa confession, avant de la livrer aux enquêteurs. Selon ce témoin, le mari lui aurait avoué tuer sa femme avec un couteau après l’avoir surprise en train d’envoyer un SMS à son amant, avant d’aller cacher le corps dans une ferme, qui a brûlé depuis. Un aveu qu’il aurait fait aussi à sa nouvelle compagne, Séverine S. C’est sur le fondement des déclarations de ce codétenu que cette quadragénaire a été placée en garde à vue en décembre.

« C’est une manipulation »,

« C’est une non-information. Vous avez un codétenu, vous l’avez dans toutes les affaires criminelles, qui sort du chapeau, qui dit qu’il détient la vérité et qui généralement monnaye sa libération, et ça n’a pas manqué, puisque quelques jours après il a été libéré. C’est une manipulation », affirme Alexandre Martin, l’un des trois défenseurs de Cédric Jubillar qui devrait s’expliquer sur ces nouveaux faits devant les deux juges d’instruction au cours du mois prochain.

« Cette idée que le corps serait enterré dans cette ferme qui a brûlé est connue des enquêteurs depuis le mois de juin. Je pense que toutes les investigations ont déjà été faites à cet endroit. S’ils veulent y retourner, c’est que cela a été mal fait une première fois. Mais si cet homme nous indique l’emplacement du corps, pourquoi on ne l’a pas trouvé ? », interroge Jean-Baptiste Alary, l’avocat de la première heure de Cédric Jubillar.

Réponse vendredi

Une défense qui estime aussi que les lettres envoyées par leur client à Séverine S. depuis qu’il est en prison, dont certaines codées pour faire passer des messages intimes à sa compagne comme l’a révélé Le Parisien, ne contiennent rien qui soit à charge. « Il n’y a aucune instruction donnée dedans, le mot codé, c’est "je t’aime ma chérie, j’ai très envie de toi et allez vous faire foutre gros PD si vous arrivez à déchiffrer le code". Il n’y a rien sinon on le saurait déjà », assure Me Emmanuelle Franck.

Cette lecture du dossier, un autre avocat du dossier ne la partage pas. Laurent Boguet, qui défend les intérêts des enfants du couple a soutenu de son côté la procureure générale qui a demandé le maintien en détention de Cédric Jubillar. « Le caractère sérieux d’un certain nombre d’indices graves et concordants justifie que des investigations soient menées à terme. Nous soutenons que les choses doivent encore laisser la place aux actes d’investigations menées par la justice », a indiqué le représentant des parties civiles.

On saura le 14 janvier sur les arguments des uns et des autres ont porté leurs fruits auprès des magistrates de la chambre de l’instruction, qui à trois reprises ont refusé de remettre Cédric Jubillar en liberté.