Procès des attentats du 13-Novembre : Le Covid-19 s'immisce à l'audience, les débats suspendus jusqu'au 11 janvier

COMPTE-RENDU Les avocats de Salah Abdeslam ont demandé une contre-expertise médicale pour leur client, infecté au Covid-19 fin décembre et toujours positif

Hélène Sergent
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Me Olivia Ronen, l'avocate de Salah Abdeslam a demandé à la cour d'assises spéciale une contre-expertise médicale après la contamination de son client au Covid-19 fin décembre.
Me Olivia Ronen, l'avocate de Salah Abdeslam a demandé à la cour d'assises spéciale une contre-expertise médicale après la contamination de son client au Covid-19 fin décembre. — Alain JOCARD / AFP
  • Le procès des attentats du 13-Novembre s’est ouvert le 8 septembre devant la cour d’assises spécialement composée. Vingt hommes comparaissent, parmi lesquels six sont jugés en leur absence.
  • Après une suspension de quelques jours due à l’infection au Covid-19 du principal accusé, Salah Abdeslam, le procès a pu reprendre ce jeudi.
  • Mais les débats ont été monopolisés par l’épidémie, les avocats de la défense estimant que les conditions sanitaires n’étaient pas réunies pour poursuivre le procès sereinement.

A la cour d’assises spécialement composée de Paris,

Depuis le 8 septembre dernier, la cour d’assises de Paris a souvent fait office de bulle. Une enceinte imperméable au fracas du monde extérieur construite avec un objectif : rendre justice. Interrompu deux semaines seulement à l’occasion des fêtes de fin d’année, le tentaculaire procès des  attentats du 13 novembre 2015 s’est déroulé jusqu’ici sans heurt majeur. C’était sans compter sur le  variant Omicron. Avec l’envolée des courbes de contaminations de  Covid-19, une inquiétude est montée de part et d’autres des bancs des parties civiles et de la défense : L’audience pourra-t-elle se poursuivre « normalement » ?

L’annonce à la fin du mois de décembre de la contamination au coronavirus du principal accusé, Salah Abdeslam, a renforcé ces craintes. Symptomatique depuis le 23 décembre,  l’unique survivant des commandos terroristes de Paris et Saint-Denis a été expertisé le 3 janvier à la prison de Fleury-Mérogis pour savoir s’il était en état d’assister à son procès. Malgré un test PCR revenu positif en début de semaine, le médecin qui l’a examiné a conclu qu’il ne représentait pas de risque sanitaire et que le procès pouvait se poursuivre. Une « fumisterie » pour ses avocats, qui ont réclamé ce jeudi une contre-expertise et un report de l’audience.

La crainte d’une « contamination en cascade »

Le procès, comme le reste de la société, n’a pas échappé aux débats d’épidémiologistes. Pendant près de deux heures, avocats des accusés, des parties civiles et parquet antiterroriste se sont écharpés sur les risques sanitaires encourus au regard de l’état de santé de Salah Abdeslam. « Nous avons une vraie difficulté parce que nous avons un expert qui nous dit qu’il serait nécessaire d’avoir des horaires aménagés sous réserve d’un test PCR négatif », a souligné l’avocate d’Abdeslam, Me Olivia Ronen. Or, le test PCR réalisé en début de semaine était toujours positif. « C’est pourquoi nous vous demandons une contre-expertise et le report de l’audience jusque-là. Il faudrait éviter que Salah Abdeslam ne contamine ses coaccusés », a plaidé l’avocate.

Isolé depuis près de 14 jours, le Belgo-Marocain est, pendant l’audience, installé dans le box vitré aux côtés de dix autres accusés et d’une vingtaine de gendarmes chargés de les escorter. Une situation qui rend le respect des gestes barrières et des recommandations gouvernementales « impossibles », ont jugé plusieurs avocats de la défense. Une inquiétude partagée également par certains de leurs confrères, côté parties civiles. « La seule information claire, c’est qu’il est positif », a insisté Me Chirez, redoutant « les contaminations en cascade ».

Une contre-expertise ordonnée par la cour

Ce risque « d’effet dominos » était dans toutes les têtes, ce jeudi. Parmi les acteurs judiciaires du procès, beaucoup se trouvaient déjà au procès des attentats de Charlie-Hebdo et de l’Hypercacher, qui s’est tenu l’année dernière à Paris. Audiencé en plein rebond épidémique, il avait été interrompu pendant plus d’un mois après la contamination de plusieurs accusés rassemblés dans un même box. Conscients des contraintes liées à  un planning particulièrement chargé, les avocats de la défense ont appelé le président de la cour à ne pas « avancer à n’importe quel prix ».

« Il est plus prudent de perdre quelques jours plutôt que prendre le risque de créer un cluster dans le box et paralyser le procès pendant des semaines », a résumé Me Edward Huylebrouck. Une demande finalement entendue par la cour qui a ordonné la tenue d’une contre-expertise.

Allant à l’encontre des réquisitions du parquet national antiterroriste, qui souhaitait poursuivre l’audience, le magistrat Jean-Louis Périès a annoncé une suspension jusqu’au 11 janvier prochain. Deux médecins, dont une pneumologue, seront donc chargés d’examiner Salah Abdeslam et de « donner toutes précisions utiles sur sa contagiosité », et ce « plus de 10 jours après un premier test positif ».